Médée Kali
de Laurent Gaudé

critiqué par Pucksimberg, le 30 juin 2018
(Toulon - 40 ans)


La note:  étoiles
Médée, Méduse et Kali
Laurent Gaudé s'est longtemps interrogé sur la manière de renouveler le mythe de Médée et de Jason. Il ne voulait pas une simple relecture. Ici Médée a la parole, devient parfois Méduse, mais aussi la déesse hindoue Kali. C'est un nouveau mythe qu'il engendre. Médée est cette figure féminine qui a tué ses enfants. Ce qui intéresse Laurent Gaudé n'est pas le fait divers de l'infanticide, mais le fait qu'elle est en lutte avec le temps. En éliminant ses enfants elle efface les traces de se relation fatale avec Jason. Elle revient en arrière. C'est ce qui fait toute la grandeur de cette femme. Elle est aussi la Gorgone car les hommes sont pétrifiés quand ils découvrent les crimes qu'elle a commis. Laurent Gaudé va encore plus loin en l'associant à la déesse hindoue de la mort, symbole aussi du renouveau.

Dans cette pièce de théâtre, un homme la suit, à la fois Jason, Persée et d'autres hommes. Ses enfants lui parlent parfois. Le discours de Médée est poétique et cru, il puise aussi bien dans la violence que dans la sensualité. Cet être monstrueux exerce une certaine fascination sur le lecteur et ses confidences sont très fortes. Parfois elle cède à des envolées lyriques très visuelles. Le lecteur ne peut que se laisser porter par ce flot de paroles. Certains passages sont inconfortables mais à l'image de ces créatures féminines si monstrueuses et si humaines à la fois.

La plume de Laurent Gaudé est poétique, musicale et efficace. Il y a quelque chose qui relève du sacré dans cette courte pièce de théâtre. On a le sentiment d'entendre une parole unique et impressionnante. Ces figures féminines sont intimidantes et touchent à l'intime. Le mélange des ces femmes offre une lecture intéressante et tous ces mythes s'alimentent.