La tristesse cosmique
de Jean Portante

critiqué par Débézed, le 28 mars 2018
(Besançon - 77 ans)


La note:  étoiles
Changement d'axe
« Voici le livre de la réorientation de l’écriture », dit le poète, de la réorientation de son écriture, dans un « avant-dire » en forme d’avant-propos, il situe ce recueil dans le temps est dans son œuvre. Il vient après un long travail destiné à dire des choses du nord avec des respirations du sud. Jean Portante a des racines italiennes qui l’ont abondamment inspiré dans son œuvre jusqu’à ce que la terre tremble dans sa région d’origine. Il dit que ce tremblement de terre de l’Aquila a fait trembler son écriture. « La Tristesse cosmique est le premier livre de poèmes de l’après-vertige », de l’après tremblement, de l’après catastrophe. Il va chercher chez Jack London le titre de son dernier recueil, à ce jour, pour bien montrer cette rupture avec l’habituelle orientation nord-sud, Italie-Luxembourg, qu’il donne à son œuvre. Il précise cette nouvelle orientation en inscrivant la citation de Jack London en exergue à ce recueil : « La tristesse cosmique qui de tout temps a été l’héritage de l’homme ».

Et cette tristesse cosmique, il va la chercher dans la nature, dans les éléments, dans « Le vent et la rose » où le vent souffle dans presque que chaque poème pour chasser les pensées nostalgiques et apporter sur ses ailes des sensations et des émotions nouvelles, comme des réorientations qui pourraient infléchir la vie de l’auteur. « L’oiseau migrateur » est lui aussi un vecteur de sensations nouvelles comme le « Semeur d’étoiles » ou les « Etoiles filantes » et le « Nageur d’ombre ». Tous ces vecteurs cosmiques sont les titres des chapitres de ce recueil.

Et, tout l’art du poète est d’établir une corrélation entre les éléments qu’il interroge et les mots qu’il disperse sur la feuille.
« …
et les mots plus secrets que les fruits
glissent leur haleine dans la pluie
bavardes les gouttes qui tombent
comme si un mangeur de silence les comptait. »

Ces mots constituent son seul viatique pour affronter le temps et repousser la mort, celle qui a été si gourmande à L’Aquila et qu’il veut oublier.

« car vois-tu lors qu’on remonte vers la nuit
On lève le regard pour recompter les étoiles
C’est ainsi que vient la tristesse et si là-haut
Rien ne bouge à quoi aura servi de mourir si tôt. »

J’ai lu ce recueil plein d’une douce musique aux couleurs d’une mélodie italienne, rempli de sagesse et de paix, comme une profession de foi, comme une ode adressée à dame nature pour solliciter son appui pour vivre un changement, aborder une nouvelle vie, et oublier d’anciennes craintes, d’anciens traumatismes vécus dans un autre temps et dans une autre direction.