Miles Davis
de Alain Gerber

critiqué par Vigno, le 16 mars 2004
( - - ans)


La note:  étoiles
Miles et les ballades
Disons-le d’emblée, le Miles Davis d’Alain Gerber n’apprendra pas grand chose à l’initié. Qu’importe? On lit le tout comme on retourne sur un lieu aimé. La nostalgie fait le reste.

Tous les gens qui l’ont connu s’entendent pour dire qu’il était exécrable : narcissique, désagréable, odieux, arrogant, poseur et j’en passe, voilà le genre d’adjectif qu’on accole au personnage. Gerber tente donc de nous expliquer que Davis a tout fait pour saborder sa carrière et même que ceci a fini par faire partie du personnage. En d’autres mots, qu’il s’est pris à son propre jeu, qu’il a cultivé son mythe d’artiste en perpétuel mouvement. « Retomber en enfance, en enfance de l’art, oui, ce fut là son obsession permanente. Son grand dessein. »

Comme tous les musiciens de jazz, il a dû se résoudre à jouer des ballades, « ces camelotes d’un autre temps écrite à l’usage des Blancs ». Avec beaucoup de succès, au point que certains fans l’associaient à « My funny Valentine ». Bien entendu, cela ne plaisait guère au grand Miles. Ici se situe le propos principal du livre de Gerber. Comme il essaie de le démontrer, malgré tous ses dénis, ces ballades exprimaient l’âme de Davis, par le fait même devenaient un piège, donc il les tenait à distance. Pourtant, sa carrière est parsemée de ballades. Plus encore, dès qu’il embouchait sa trompette, il trahissait une tristesse existentielle, une brisure de l’être, des sentiments que les ballades par nature exprimaient parfaitement. Selon Gerber, à la toute fin de sa vie, il se serait réconcilié avec les ballades.

Là où le livre de Gerber nous surprend, c’est quand il essaie de situer Miles dans l’histoire du jazz. Davis n’aurait jamais été « à l’origine de rien, sinon d’une certaine atmosphère, il est vrai sans prix ». Il arrive plutôt « pendant qu’avant la bagarre ». Pourtant, « dès qu’il apparaît, il pèse sur l’issue du combat ». « Ce qu’il aime, il le transforme. D’une certaine façon, il le détruit. »

Le livre est court, répétitif. Gerber étire tant bien que mal la sauce. Mais il écrit bien et nous parle de Miles Davis.
LE FLUX DE MILES DAVIS 6 étoiles

Déclarer que Miles n'est à l'origine de rien, ou qu'il a sabordé sa carrière relève de l'ineptie la plus absolue. Miles est Le Jazz ! Point-barre !
S'il savait qu'il n'était pas un trompettiste de haut niveau, il a justement compris à partager la musique, ce qui n'est pas si courant que cela. Ceux qui l'ont vu sur scène ont - normalement- dû comprendre que, sa vie durant, il a voulu appartenir à une équipe. Avec un jeu scénique particulièrement étudié et qui venait à ses lèvres de façon innée, il donnait littéralement la becquée à chacun de ses musiciens, tout spécialement lors de sa période funkie-rock. Il se présentait, par exemple, devant le guitariste ou le saxophoniste, et une sorte de flux électrique passait entre eux, soit la symbiose absolue. Pas question pour les musiciens de s'enfermer dans leurs petites bulles. L'oeuvre jouée se métamorphose en un tout, en une seule et même unité.
Parfois, j'imagine ce qu'aurait pu donner Miles et Jimi Hendrix ensemble, ou Miles et Frank Zappa, ou Miles et Steve VaÏ. Une déflagration, sans aucun doute !

Catinus - Liège - 73 ans - 20 mars 2004


Quel musicien 6 étoiles

je ne peux pas dire grand chose du livre, mais il est clair qu' "Ascenseur pour l'échafaud" représente pour moi un vrai chef-d'oeuvre musical d'ambiance trouble, tendue, existentielle. J'ai aussi adoré "Le concerto de Aranjuez" ainsi que les deux morceaux qui l'accompagnent, comme Saeta.

J'ai eu la chance de voir Miles Davis aux Beaux-Arts à Bruxelles vers 84 ou 85. Il y a été extraordinaire, marchant de long en large d'un bout de la scène à l'autre, tenant sa trompette à la main et la levant soudain pour lancer quelques notes qui vous retournaient complètement les tripes !... Un très grand dans son style !

Jules - Bruxelles - 79 ans - 16 mars 2004