L'enfant qui ne parlait plus
de Sylvain Clément

critiqué par Pascale Ew., le 4 janvier 2015
( - 52 ans)


La note:  étoiles
Le poids du silence
Cela fait deux ans que Luc, 8 ans, ne parle plus, depuis la tragédie qui l'a frappé. Son papa n’arrive pas à le comprendre et encore moins à accepter ce silence. Sa femme est enceinte, mais il ne l’accepte pas. Père et fils arriveront-ils à se retrouver ?
L’auteur nous entraîne dans une réflexion sur la parole, faisant régulièrement allusion à la Parole biblique. (« La parole est un don du silence. »)
Des paragraphes sont insérés en italique expliquant le ressenti de Luc de manière imagée par un enfant nu qui l’accompagne et attend qu’il veuille bien sortir de sa cave où il se sent en sécurité, pour aller vers la lumière. Cet enfant semble être une allégorie de Jésus... ou de l’enfant à naître.
Il tente de démontrer à quel point le silence est meurtrier et peut faire des dégâts : « Il y a un silence qui tue la parole et un silence qui la fait naître. Un silence qui sépare les êtres et un autre qui les rapproche en un geste d’intimité. Un silence qui met l’amour en danger de mort ; un autre qui dit l’amour mieux que tous les mots du monde. Un silence de mort ; un silence de vie. L’existence est peut-être un long chemin, un douloureux combat, pour passer d’un silence à l’autre. », combien le silence qui tente de faire oublier la peine ne fait que la crisper, la cristalliser ; la laisser nous empoisonner, tandis que la parole libère.
Sylvain Clément semble également faire un plaidoyer pour la vie (contre l’avortement) : « elle a dit « oui » à cette vie déposée en elle, inattendue et inouïe ; et ce « oui » a enfanté tant de miracles qu’elle en demeure muette d’émerveillement. (…) Comment aurait-elle pu deviner la fécondité d’un tel acquiescement à la vie ? (…) il lui semble goûter aujourd’hui les doux fruits d’un long combat »
Le ton de ce livre est tout en sensibilité, délicatesse, une finesse que j’ai fort appréciée, mais parfois j’ai trouvé que le pathos était un peu trop présent. A ne pas lire dans un moment de déprime…