Congo Inc : Le testament de Bismarck de In Koli Jean Bofane
Catégorie(s) : LittĂ©rature => Francophone
Moyenne des notes :
(basée sur 9 avis)
Cote pondérée :
(3 595ème position).
Visites : 10 187
De quoi le Congo est-il le nom.
"Congo Inc", un roman foisonnant ! On fait la connaissance du pays et de la ville de Kinshasa via Isookanga, un pygmĂ©e (dire Ekonda), las de vivre dans la forĂȘt et passionnĂ© par Internet. Câest un amateur de jeux de combat, occupation qui convient bien Ă ce « mondialiste », et en tout point conforme Ă la rĂ©alitĂ© congolaise dans son ensemble, puisque le pays sert de plaque tournante aux intrigues internationales.
LâONU y envoie ses casques bleus pour calmer les tensions politiques : le Rwanda tout proche souffre encore des luttes Hutus et Tutsi. Les Grandes SociĂ©tĂ©s y placent leurs prospecteurs Ă©conomiques, et la Chine dresse lâinventaire des ressources miniĂšres quâelle entend sâaccaparer.
Le rĂ©cit mĂšne Ă la façon dâun thriller des intrigues parallĂšles oĂč lâon suit des personnages reprĂ©sentatifs qui nouent bientĂŽt entre eux des relations dâaffaires ou de « loisirs ». Stupre et Lucre.
Avec Isookanga, on pĂ©nĂštre dans les bas fonds de Kinshasa et Ă des mutineries urbaines, avec Shasha la Jactance, jeune prostituĂ©e, on frĂ©quente Mirnas, un militaire de LâONU soucieux de ses petits plaisirs et de fructueux trafics. Bizimungu, mercenaire avide de soldes et dâenrichissements faciles, trouve son compte dans les places et la corruption officielles. Zhang Xia tient lieu de Chinois de service, sans bien maĂźtriser les trafics qui lâont engagĂ©, pratiquement Ă son insu.
On voit donc la vocation internationale du Congo au cours de chapitres courts et trÚs vivants, leurs appellations relÚvent parfois de jeux vidéos (« game over ») et sont sous-titrés en Chinois !
Toutes les intrigues se croisent et sâentrecroisent par les personnages, dans un rĂ©cit trĂšs maĂźtrisĂ© dont on apprĂ©ciera lâironie caustique dans les dialogues « langues de bois officielles » et des situations cocasses. La variĂ©tĂ© des tons inclut des scĂšnes dignes de Chester Himes, avec lâĂglise de lâAbondance CĂ©leste, ou les Ă©bats mouvementĂ©s dâun Ekonda avec une AfricanisteâŠ. En fait tous les Ă©pisodes servent un plat trĂšs pimentĂ©, pour mieux faire accepter des scĂšnes effrayantes et un contexte atroce.
La convoitise nourrit les prĂ©dateurs divers du Congo, depuis LĂ©opold II jusquâĂ nos jours, et le lecteur se demande comment le pays va se tirer des griffes internationales qui lâĂ©puisent.
A mes yeux, les différentes femmes du récit, exploitées et abusées, nous en donnent une idée. Trop longtemps soumises, elles savent reprendre la situation en mains, et avec quelle vigueur !
Je suis donc enchanté de cette lecture, content que le Grand Prix du Roman Métis 2014 ait récompensé son auteur pour son livre "Congo Inc. : Le testament de Bismark".
Les éditions
Congo Inc : Le testament de Bismarck
de Bofane, In Koli JeanISBN : 9782330030605 ; 3,48 ⏠; 16/04/2014 ; 293 p. Broché
Les livres liés
Pas de série ou de livres liés. Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série
Les critiques suivantes (8) » Enregistrez-vous pour publier une critique !
Les affaires sont les affaires
Critique de Fanou03 (*, Inscrit le 13 mars 2011, 50 ans) - 1 août 2017
Le roman brasse ainsi beaucoup dâĂ©lĂ©ments, des pĂ©ripĂ©ties plus ou moins drĂŽlatiques aux descriptions glauques des massacres, convoquant tour Ă tour les consĂ©quences de la colonisation, le gĂ©nocide rwandais, lâĂ©cologie, les maux de la globalisation, l'argent tout puissant. Il Ă©tait risquĂ© de marier autant de thĂšmes, dâambiances. Je trouve personnellement que lâauteur sâen tire plutĂŽt avec les honneurs : câest toute lâagitation fĂ©brile de Kinshasa en particulier que l'on ressent ainsi que la complexitĂ© de cette rĂ©gion de l'Afrique. Quant Ă Isookanga, voilĂ un magnifique personnage principal, Ă la fois dĂ©brouillard, ivre de modernitĂ©, sympathique et effrayant car ne doutant jamais de ses choix. Cette ambiguĂŻtĂ© ne nous renvoie-t-elle pas finalement Ă nos propres comportements, pris au piĂšge que nous sommes par la sociĂ©tĂ© de consommation ?
La fascination de la modernité
Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 70 ans) - 4 juillet 2017
Roman foisonnant dâune richesse indĂ©niable axĂ© sur le contraste entre la vie paisible dâun village et lâagitation continue rĂ©gnant en ville. De nombreux personnages incarnent ce quâon peut trouver de pire dans ce pays affectĂ© par de nombreux Ă©vĂ©nements cauchemardesques comme les gĂ©nocides au Rwanda.
Cependant, jâai trouvĂ© fastidieux certains passages dont entre autres le rĂ©cit des affrontements mis en scĂšne dans le jeu vidĂ©o prĂ©fĂ©rĂ© dâIsookanga. Le rĂ©cit des massacres et la description des atrocitĂ©s au Rwanda sont aussi assez pĂ©nibles Ă lire.
Un bon roman oĂč lâhumour cĂŽtoie lâhorreur et la violence dans un pays minĂ© par la corruption et lâabsence de morale.
Le testament de Bismarck
Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 69 ans) - 9 juin 2017
Titre : Le testament de Bismarck
« Le testament de Bismarck », câest le sous-titre de lâouvrage, qui ne sâimposait pas particuliĂšrement. Pour ma part, jâaurais pu donner comme titre Ă cette critique : « Promesses de vies fracassĂ©es ».
Jean Bofane In Koli est citoyen congolais, congolais du RDC (RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo) ex-ZaĂŻre, Ă ne pas confondre avec la RĂ©publique Populaire du Congo, sur lâautre rive du fleuve du mĂȘme nom. Câest peu dire que lâinstabilitĂ© rĂšgne dans ce pays, de mĂȘme que lâabsence dâun vĂ©ritable dessein qui aurait pour but de sortir le pays, aux richesses potentielles Ă©normes, du sous-dĂ©veloppement chronique auquel semblent vouĂ©s lâensemble des pays dâAfrique noire peu ou prou. Paradoxalement, les richesses miniĂšres du pays font aussi son malheur, proie idĂ©ale des arrivistes, spĂ©culateurs, trafiquants, pour qui la seule raison de vivre consiste Ă Ă©carter de leurs routes tout ce qui peut â et ceux qui peuvent â les gĂȘner. De mĂȘme le voisinage immĂ©diat dâun pays comme le Rwanda, dont les massacres ethniques Hutus/Tutsis ont durablement dĂ©stabilisĂ© le sous-ensemble gĂ©ographique de lâAfrique Centrale.
Isookanga, lui, est Batwa, câest-Ă -dire pygmĂ©e, câest-Ă -dire encore unanimement mĂ©prisĂ© aussi bien des Hutus que des Tutsis, et de tous les autres. Isookanga est un jeune homme qui vit mal sa condition dâhomme de la forĂȘt alors quâil vient de dĂ©couvrir les promesses et merveilles de la « mondialisation » et quâil sây initie assidĂ»ment via un jeu vidĂ©o pratiquĂ© sur un ordinateur portable volĂ©. MalgrĂ© le destin de chef de village qui lui est promis, lui nâa quâune envie : gagner Kinshasa et ses promesses miraculeuses.
Jean Bofane In Koli fait donc partir Isookanga Ă Kin oĂč, bien entendu, la misĂšre est rude pour un enfant des rues, oĂč la prĂ©varication, la violence, gangrĂšnent tout. Il en profite pour dĂ©monter le systĂšme infernal qui fait cohabiter trafiquants, seigneurs de guerre, organisations mondiales parasites et rĂšgle du chacun pour soi. En cela « Congo Inc. » est presque un ouvrage politique qui met Ă jour les relations perverses entre ces diffĂ©rents Ă©lĂ©ments et qui font que, quoi quâil arrive, câest vers la violence et le chacun pour soi que les choses Ă©voluent.
Et Jean Bofane In Koli ne montre pas une once dâoptimisme. Malheur aux petits, ils seront vaincus, Ă©crasĂ©s. Promesses de vies fracassĂ©es âŠ
Vive la mondialisation...
Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 67 ans) - 28 mars 2017
Il quitte donc le village pour aller Ă Kinshasa, oĂč il se fond dans la masse des enfants des rues, se retrouvant, grĂące Ă son Ăąge, leader pendant des nĂ©gociations entre l'armĂ©e et les enfants.
Il se liera d'amitié avec un chinois abusé Zhang Xia qui lui permettra d'appliquer ses théories de commerce et de mondialisation sur la vente de sachets d'eau fraßche.
Il rencontrera Kiro Bizimungu, prĂ©sident de l'Office de prĂ©servation du parc national de la Salonga, ancien militaire, beaucoup plus intĂ©ressĂ© par les richesses du sous-sol que par la sauvegarde de la forĂȘt.
D'autres personnages ahurissants apparaissent comme le rĂ©vĂ©rend Jonas Monkaya, ancien catcheur devenu prĂȘcheur de lâĂglise de la Multiplication divine.
Ainsi que des personnages plus ou moins recommandables, humanitaires, ou chercheurs comme Aude Martin :"ConfrontĂ©e sans cesse depuis son enfance aux mystĂšres, Ă la violence, Ă la mise Ă genoux du continent africain â et particuliĂšrement du Congo ex-belge - , elle espĂ©rait en venant ici partager, et soulager un tant soit peu, la douleur d'un peuple qui avait Ă©tĂ© si longtemps la proie de sa race â sans que cela semble cesser".
Ce ne sont pas seulement les descriptions des atrocitĂ©s qui m'ont empĂȘchĂ©e d'aimer ce livre. L'abondance de donnĂ©es scientifiques, historiques, de sigles, les longs passages dĂ©crivant le jeu virtuel, tout cela a pris le pas sur le sort de toutes les personnes impliquĂ©es dans cette exploitation programmĂ©e du pays, dont le sort dĂ©pend de nombreuses instances internationales, et malgrĂ© de rares bonnes volontĂ©s, du pouvoir de l'argent et de la mondialisation... n'en dĂ©plaise Ă Isookanga.
Un roman pessimiste sur la nature humaine, malgré quelques rares pointes d'humour, que j'ai surtout eu le tort de lire à la suite de "Notre quelque part".
L'héritage de Bismarck
Critique de Elko (Niort, Inscrit le 23 mars 2010, 50 ans) - 11 février 2017
C'est l'histoire du Congo dont la richesse souterraine est une malédiction, déchainant les appétits les plus sordides.
C'est l'histoire des destins croisés des bourreaux et des victimes d'un systÚme corrompu.
C'est une histoire sombre, violente et cynique. Le triomphe des instincts primaires. Une immersion intense dans un chaos institutionnalisé.
La terre est riche de nos morts.
Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 66 ans) - 22 juin 2016
Congo Inc traite d'un sujet vaste : le Congo.
Ce livre est un rude fourbi, un sacrĂ© touillage (expressions bien de mon coin) bref des histoires colorĂ©es qui s'entrecroisent et qui mĂšnent exactement oĂč l'auteur en a dĂ©cidĂ©.
Le Congo est vaste.
Il est le mélange de plus de quatre cents ethnies, donc finalement tout le monde est l'étranger de quelqu'un.
Le Congo est riche. Son sol regorge de richesses : le bois, l'eau et les minéraux stratégiques dont traite le fameux testament du Bismarck.
Mais le Congo fut, est et sera l'objet de toutes les convoitises, de tous les pillages et au final le pays est pauvre car les riches se sont servis et les autres, ma foi, attendent la pluie !
Alors dans la brousse l'antenne GSM a-t-elle tué le grand léopard ?
Ce directeur de la sécurité là -bas en Chine retrouvera-t-il le sourire de Gong Li ?
Si le roman devait ne pas trop plaire, ne partez surtout pas sans avoir lu l'extraordinaire paragraphe qui relate la nuit d'amour entre notre héros Isookanga (un pygmée fraichement débarqué à Kinshasa) et Aude Martin (une "blanche" qui passe sa derniÚre nuit africaine avant son retour chez elle). Pour info page 188 à 198.
Le python le plus obtus de la création - celui qui n'a qu'un oeil - ruminait depuis pas mal de temps son animosité face à la condescendance de l'africanisme. Il prendra ici une curieuse revanche. J'en ris encore.
J'ai trouvĂ© de troublantes similitudes avec "LĂ oĂč la terre est rouge de Thomas Dietrich" notamment les passages sur le temple Ă©vangĂ©liste, mais il doit s'agir de coĂŻncidences ou d'une vue de l'esprit !
Un trĂšs bon roman !
Congo : pays riche et population misérable
Critique de Ddh (Mouscron, Inscrit le 16 octobre 2005, 84 ans) - 25 janvier 2016
Isookanga, de la tribu pygmĂ©e Ekonda, rĂȘve depuis sa case Ă une vie « mondialiste » ; il veut sortir de son trou au sein de la forĂȘt Ă©quatoriale pour vivre le 21Ăšme siĂšcle Ă la capitale Kinshasa, mĂȘme plus loin si opportunitĂ©. ArrivĂ© Ă Kinâ, tout se bouscule : la corruption, les rĂ©cits de massacres, la sexualitĂ© dĂ©bridĂ©e. Autant de causes de catastrophes⊠MĂȘme les organismes internationaux ne sont pas Ă lâabri ni certaines Eglises qui prĂŽnent la Bonne Nouvelle mais aussi certaines dĂ©rivesâŠ
La prĂ©cision des descriptions nous fait mieux dĂ©couvrir lâhorreur qui abrite ce pays vertigineux quâest le Congo. Lâauteur a-t-il exagĂ©rĂ© ? On ne peut que le souhaiter pour les autochtones !
Une terrible réalité africaine
Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 61 ans) - 24 mars 2015
Ce qui mâa plu dans ce bon roman :
- La vision du hĂ©ros, certes Ă©duquĂ©, qui restait sur sa faim dans son village et qui espĂšre naĂŻvement que le monde va sâouvrir Ă lui une fois arrivĂ© dans la capitale congolaise, Ă lâimage des Ćuvres picturales quâon peut voir sur les murs de Kinshasa ;
- Un Ă©chantillon de toutes les tragĂ©dies de ce Congo dĂ©crites avec un dĂ©tachement fataliste assez caractĂ©ristique et pourtant parfois colorĂ© dâun humour typique ;
- Une Ćuvre qui mĂ©rite une vĂ©ritable attention vu le contexte politique de la RDC Ă la veille dâĂ©chĂ©ances Ă©lectorales pleines de tensions.
Maintenant, de lĂ en faire un chef dâĆuvre, câest sans doute excessif, mais les personnes ayant une tendresse pour le continent noir ne pourront ĂȘtre déçues.
Forums: Congo Inc : Le testament de Bismarck
Il n'y a pas encore de discussion autour de "Congo Inc : Le testament de Bismarck".


haut de page