Le tueur, tome 12 : La main qui nourrit
de Matz (Scénario), Luc Jacamon (Dessin)

critiqué par Dirlandaise, le 26 mai 2014
(Québec - 69 ans)


La note:  étoiles
Le paradis et l'enfer
Voici le douzième tome des aventures de mon héros de prédilection toujours aussi flegmatique et cynique. L’album se divise en deux parties : au début, le tueur doit se mettre au vert sur une île des Caraïbes avec sa petite famille suite à une sale affaire impliquant Mariano. Nous avons donc droit à de magnifiques planches où la mer est d’un bleu merveilleux de même que le ciel radieux. Le voilier sur lequel a pris place le tueur, sa femme et son fils vogue allègrement au gré des vagues et le bonheur irradie par tous les pores de leur peau. Cet harmonie familiale fait plaisir à voir mais malheureusement, la réalité rejoint bientôt la petite famille en la personne d’Haywood qui vient mettre fin à cet idyllique voyage mais qu’importe, le moment fut véritablement enchanteur pour les yeux. Comme à son habitude, Matz revient sur le passé pour nous raconter quelques épisodes de la traite négrière dans ces îles. C’est intéressant et instructif. Ensuite, nous replongeons dans la violence meurtrière, l’action et le sang répandu. Un formidable contraste illustrant bien les deux aspects de la vie du tueur : le travail et la famille.

Ce qui m’a particulièrement plu dans cet album c’est évidemment le côté visuel de la première partie. On se croirait au paradis. Par contre, l’enfer n’est jamais loin avec le tueur et la deuxième partie vient confirmer cette affirmation. Luc Jacamon s’est surpassé en laissant éclater son talent dans des planches toutes plus belles les unes que les autres. Le scénario est intéressant car nous assistons à un semblant de rupture entre Mariano et le tueur. Mais je n’en raconterai pas plus. Ouvrez cet album exceptionnel et laissez vous emporter par les vagues, caresser par la brise marine et éblouir par le bleu si bleu de la mer avant de plonger en enfer.

« Les hommes, peut-être pas tous mais la plupart, sont des ordures bien plus dangereux que n’importe quel taureau, surtout ceux que le doute n’habite pas, ceux qui croient dur comme fer en quelque chose, quelle que soit leur croyance… Je préférerai toujours le torero aux gens pleins de certitudes étriquées, aux hypocrites qui lancent des anathèmes et qui n’obéissent pas eux-mêmes à leurs règles débiles parce que les donneurs de leçons, les moralisateurs, religieux, politiques, tous ceux qui font semblant de savoir ce qui est bon pour les autres, les politiciens qui se vautrent dans le luxe aux frais des discours sur les sacrifices et la rigueur, qui détournent et dilapident l’argent des impôts qu’ils augmentent sans cesse, les bons chrétiens qui font semblant d’être indifférents à l’argent et au sexe mais s’y vautrent à la première occasion, le bons musulmans… »