L'enfant fou de l'arbre creux
de Boualem Sansal

critiqué par Homo.Libris, le 27 février 2014
(Paris - 58 ans)


La note:  étoiles
Un livre brillant
1995, section des condamnés à mort de la prison de Lambèse, Algérie. Deux prisonniers, un français quarantenaire et un algérien de 20 ans, monologuent réciproquement leur histoire en forme de confession. Parfois les dialogues des deux condamnés relancent leurs monologues et creusent encore leurs confessions.
Pierre était venu chercher ses racines, une partie de son histoire. Né en Algérie d'un père harki (?) assassiné, d'une mère tournée folle, il a grandi à Avallon, adopté par une "mère" française autrefois militante d'une ONG dont le mari médecin est lui aussi mort en Algérie avant le rapatriement. Peu avant sa mort, cette mère fait l'aveu à Pierre de son adoption. Il décide de partir à la recherche de sa mère biologique.
Farid, enfant du bled, désoeuvré, sans but, sans repère, a participé aux atrocités commises par les islamistes ou par ceux qui les ont cyniquement utilisés, sans même adhérer plus que ça aux idées que ceux-ci essaient de propager.
Au milieu de la cour de la prison vit un enfant fou, aveugle, enchaîné à un arbre creux.

Réquisitoire politique impitoyable de l'Algérie actuelle par le biais de ces deux confessions, "L'enfant fou de l'arbre creux" est écrit dans une langue de conteur, avec truculence, ironie et humour, pure merveille Rabelaisienne. Boualem Sansal, ingénieur de formation, Directeur Général de l'Industrie au Ministère des Finances Algérien, quinquagénaire, possède l'élévation, la distance et la clairvoyance nécessaires pour parler de son pays. Il témoigne, avec des accents de vérité et de vécu, des ravages de la corruption, de l'hypocrisie, de la lâcheté et de la violence aveugle d'une nation qui dérive. Au travers des destins de ses deux protagonistes, il décrit avec rage et lyrisme réaliste le paysage algérien post-colonial, depuis l'indépendance jusqu'à nos jours. L'auteur égratigne au passage de nombreux acteurs de ce drame : au premier rang les Algériens, le gouvernement Algérien, les islamistes, mais aussi la France, la colonisation, le communisme au travers de l'action de l'URSS en Algérie, etc.
Tout d'abord plus ballotté par les événements que véritable acteur, Pierre Chaumet (le Français), menacé de partout, devra défendre son existence et sa liberté, son droit à la parole, le choix de ses valeurs et de son mode de vie. Farid, lui aussi ballotté de factions en factions, choisit également de prendre son destin en main, avec ses désirs et ses envies à lui.