La ronde et autres faits divers
de J.M.G. Le Clézio

critiqué par Nothingman, le 18 juillet 2003
(Marche-en- Famenne - 44 ans)


La note:  étoiles
Petites nouvelles de l'humain
Onze nouvelles, onze faits divers qui mettent en scène l'homme. Des situations de tous les jours sont croquées ici par l'écrivain. Des histoires, des vies, des espérances,... Que ce soit une femme accouchant seule dans un mobile-home, des ouvriers à la condition déplorable passant la frontière italienne pour être exploités sur des chantiers, un homme marchant sur les traces de son passé mutilé, la condition du voleur, deux jeunes filles fugueuses,.... Le dénominateur commun de ces tranches de vie pourrait être l'humanité. En effet, l'auteur fait ressortir le point de vue humain de toutes ces situations. Un exemple est la nouvelle sur la condition du voleur, qui raconte la vie de ces êtres nocturnes, les larçins, mais le tout avec une humanité profonde. Toujours aussi cette espérance de jours meilleurs, d'une vie plus belle auxquels ces personnages aspirent de tous leurs voeux. Ces personnages sont touchants souvent, plongés qu'ils sont dans les problèmes devenus banaux de la société capitaliste, société d'exploitation, société d'inégalité. Et au milieu coule l'espérance....
Un écriture simple pour des histoires simples. Là où cela pourrait être une qualité, cette simplicité m'est apparue lourdeur ici. L'impression de ne pas être totalement entré dans les vies de ces personnages. L'impression d'une barrière toujours présente entre moi et ces personnages et qui aurait refusé de s'ouvrir. Une distance....
Dans le détail 8 étoiles

Recueil de 11 nouvelles, 11 faits divers, qui se dégustent comme on pique des fruits dans une corbeille. On en a à peine terminé une qu’on se demande où nous emmènera la suivante. Dans l’ensemble, plutôt tragiques, surtout pas à « happy end », mais toujours avec tendresse, amour pour ses personnages.
Du très tragique avec « La ronde », où le jeu de la ronde se termine au plus mal pour l’adolescente concernée, ou encore la nouvelle dans laquelle Le Clézio nous décrit avec pas mal d’années d’avance le phénomène dit des « tournantes », nouvelle des plus effroyables où rien ne nous est épargné par Le Clézio.
Minutie, sens du détail, du décor, souci de la cohérence psychologique de ses personnages : tout y est et le format de ces nouvelles s’accorde parfaitement aux tranches de vie décrites.
Outre la sensibilité de Le Clézio pour les avanies que peuvent subir femmes ou filles perce également sa compassion, dans un thème fréquent chez lui ; le traumatisme et le mal-être des migrants. De ceux qui quittent leur sol natal, les leurs, pour essayer de trouver de quoi vivre dans nos pays riches.
Une belle réussite avec « Villa Aurore ». C’est le thème de la nostalgie des émotions de l’enfance et des petites trahisons qu’on peut commettre l’âge adulte arrivant.
JMG Le Clézio a beaucoup de respect pour les petits détails, ceux qui, insidieusement, peuvent faire basculer une trajectoire ou nos certitudes.

Tistou - - 67 ans - 2 avril 2006