Pays sages
de Rafaël Pividal

critiqué par Nathafi, le 30 novembre 2013
(SAINT-SOUPLET - 59 ans)


La note:  étoiles
Regard caustique sur la société
Drôle de livre que "Pays Sages", drôle dans tous les sens du terme, car doté d'un côté loufoque, on ne cesse de sourire ou de rire à sa lecture. Et par son étrange composition, c'est un ouvrage qui intrigue, tant et si bien qu'on craint de passer à côté...

Dimitri Chepilov est un jeune homme très doué mais très laid. Grandissant dans un climat familial hostile, rejeté par une mère honteuse de son état, il se plonge dans la lecture avec la soif d'apprendre, brille par son intelligence et suit des études de biologie. Particularité de cet être hors-norme, il déteste l'Humanité, au point d'en faire des allergies. Ainsi apparaissent sur son visage des pustules l'enlaidissant encore plus. Il n'y a que le contact ou la vue d'une jolie fille qui, pour un temps, fait disparaître ces boutons disgracieux.

Devenu Docteur en biologie, il réclame une Datcha en Sibérie. Ce choix étonne, mais il veut vivre loin de tout et de tous, à 300 km du premier village, en compagnie de trois déportés qui l'aident dans les tâches quotidiennes. C'est ainsi qu'il devient beau, loin de toute agression, et il découvre le secret du vieillissement, devient malgré lui la figure emblématique d'une marque de jeans dont il ne soupçonne même pas l'existence, ayant été photographié alors qu'il coupait du bois, et bloque son âge à 27 ans...

Des années après, par un jeu de lettres et de promotions auprès du régime communiste, il se trouve parachuté au poste qu'il convoitait, celui de Ministre des affaires étrangères de l'URSS, et doit représenter son pays à Londres, en 1999, pour le Jubilé de l'an 2000 organisé par la Reine...

On rit, on s'interroge, on vit cette lente progression, l'URSS semblant être un pays paralysé, on partage les constats aberrants que fait Dimitri en découvrant cet Occident totalement inconnu. L'ère du Capitalisme l'intéresse, mais il n'y comprend pas grand chose, trouve certains raisonnements absurdes. Tout est superficiel, inutile, dérisoire, certaines choses qui lui semblent anodines prennent, dans ce système, une importance capitale. Déboussolé, il côtoie les plus grands chefs d'état, ne les comprend qu'à moitié et se trouve très rapidement dépassé...

Tout le livre est ainsi, loufoque, perturbant, déstabilisant, mais parle bien de vérités sur deux systèmes complètement opposés et tout aussi cruels l'un que l'autre, aux aspects ridicules que Rafaël Pividal s'amuse à souligner.

J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce livre, malgré cette atmosphère surréaliste.