L'Hom Wazo
de Dora Wadrawane

critiqué par Débézed, le 20 novembre 2013
(Besançon - 78 ans)


La note:  étoiles
Conte mythologique
Dora Wadrawane a grandi sur l’île de Maré dans l’archipel des Loyauté, elle n’avait pas plus de vingt-cinq ans quand elle a écrit ce court roman qui a été distingué par le Prix Michel Lagneau en Nouvelle-Calédonie. Un roman en forme de conte maréen mêlant l’histoire d’une jeune fille douée pour le volley ball qui tombe amoureuse de l’homme oiseau, l’Hom Wazo des iliens, et les légendes locales. Une manière de montrer le syncrétisme difficile entre la culture européenne et la tradition ancestrale.

Sur l’île de Maré, Patou, une jeune fille ayant abandonné ses études pour assurer les travaux ménagers de sa famille, aime bien Jimmy, lui, il veut aller travailler à la capitale afin de constituer un petit capital pour y vivre avec sa bienaimée. Mais, quelque temps après son départ, la jeune fille apprend que le jeune homme est hospitalisé dans un état désespéré. A partir de ce jour, elle fait toujours le même rêve angoissant, et, plutôt que de se lamenter devant ces perturbations de son sommeil, elle décide d’aller voir la sorcière du village pour lui demander les feuilles qui font rêver car elle pense pouvoir utiliser ses visions pour savoir ce qui est réellement arrivé à Jimmy et si quelqu’un lui a causé du tort.

Un ancien petit ami du collège essaie de la reconquérir mais elle veut rester fidèle à son ami défunt et comprendre son drame avec l’aide de l’homme oiseau qui apparait dans les rêves provoqués par les feuilles de la vieille femme mais l’histoire est plus complexe que la jeune fille ne l’avait imaginée. Elle se sent poursuivie, espionnée, elle a l’impression qu’on lui veut du mal même pendant les matchs de volley ball où elle excelle. Elle soupçonne tout le monde mais ne peut désigner aucun de ceux qui l’entourent comme coupable potentiel. L’histoire se mue alors en un véritable roman noir où se fondent le rêve et la réalité, le pragmatisme actuel et la magie ancienne, les mœurs contemporains et les rites ancestraux.

Dans ce conte mythologique - ce joli texte évoque inéluctablement la geste épique de certaines tragédies grecques - écrit dans une langue fluide et élégante, qui mélange avec adresse réalité et virtualité, Dora Wadrawane fait déjà preuve d’une belle maîtrise du récit et d’un art consommé de la tragédie. Un bel exercice littéraire qui entraîne le lecteur dans le monde de la magie ancienne. « Les cauchemars s’en étaient allés pour faire place à des rêves emplis d’amour et de magie : l’esprit du pays l’avait envahie ». Dans ce monde mythologique, les hommes peuvent toujours défier les dieux mais ils ne les vaincront jamais, une façon de faire comprendre au lecteur que, malgré toute notre culture et nos technologies, les hommes devront toujours s’incliner devant dieux et que la science ne dominera jamais la tradition ancestrale. Une façon aussi de rendre hommage à son pays et à ceux qui y sont restés pour faire vivre ces traditions alors qu’elle étudiait les lettres en France.

« Et n’oublie pas ma fille, que ton esprit vit dans le rêve et que tu as besoin de lui pour vivre dans le monde des vivants ! »