Le Bataillon créole: (Guerre de 1914-1918) de Raphaël Confiant

Le Bataillon créole: (Guerre de 1914-1918) de Raphaël Confiant

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Romans historiques

Critiqué par JulesRomans, le 20 septembre 2013 (Nantes, Inscrit le 29 juillet 2012, 64 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (14 055ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 4 000 

"C'est le nez qui reçoit le coup et ce sont les yeux qui pleurent" (proverbe martiniquais)

Cette fiction permet d’approcher ce que représenta la Grande Guerre en Martinique et on passe régulièrement du vécu de ces poilus antillais (par une présentation de leur courrier) à celui des civils qui ont un être cher au front.

Raphaël Confiant montre, jusqu’à la caricature, l’impossibilité de certains indigènes d’imaginer un tant soit peu la forme que prit la Première Guerre mondiale à partir de l’année 1915 :

«Parle-moi de "Là-bas" ! Parle-moi surtout-surtout de la Marne, grand vent qui voyage sans répit de par le monde ! On dit que Théodore est mort dans une tranchée. Je ne comprends pas. Pourquoi l'armée de "Là-bas" se cachait-elle dans des trous au lieu de monter au front ? Pourquoi y attendait-elle que le Teuton fonde sur elle ? ».

À travers de multiples scènes qui reviennent en mémoire à la mère d’un poilu qui attend longtemps en vain le rapatriement du corps de son fils, c’est une approche sensible qui se dévoile depuis l’attaque d’un magasin tenu par un Allemand à l’annonce de la déclaration de guerre, jusqu’au début des Années folles où des rescapés noient leurs souvenirs dans le rhum. On notera par ailleurs un retour sur la catastrophe de la Montagne pelée qui vit la destruction de Saint-Pierre en 1902.

La note comique provient de la description de cette folle rumeur, se transformant en quasi émeute, qui suit l’annonce de l’Armistice. Elle consiste à répandre l’idée que pour effacer sa dette de guerre à son égard, la France a promis aux États-Unis de leur céder ses îles antillaises. La population noire, qui a eu vent de la dure ségrégation aux USA et a vu nombre de ses fils s'engager pour aller combattre, se révolte à cette idée. Il est à noter que cette fausse information trouve certainement sa source dans le fait que le Danemark (neutre durant la Grande Guerre, mais sympathisant de la cause alliée) vend ses îles aux USA, aujourd’hui connues sous le nom des Îles Vierges. Cette précision vient de notre part, le roman n’apporte pas d’explication là-dessus.

Cette fiction permet de rappeler que la Martinique connaissait un début de conscription au début de la Grande Guerre. Ce furent donc ici vraisemblablement une majorité de volontaires qui constituèrent l’ensemble des 12 000 hommes (sur une population de 185 000) partis combattre sur le vieux continent. On estime que près de 1 900 périrent au combat (ou de ses conséquences). Un petit problème autour de la page 150 une première bataille de la Marne à l'été 1914 avec les Taxis, la grosse Bertha, les gaz mortels et les lances-flammes, cela fait un peu trop patchwork anachronique...

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Mourir pour là-bas

6 étoiles

Critique de CC.RIDER (, Inscrit le 31 octobre 2005, 64 ans) - 16 mars 2014

A l'été 1914, des militaires venus de Métropole débarquent en Martinique pour enrôler de jeunes hommes jusque là non soumis aux obligations du service militaire. Dans un grand élan patriotique, ils se pressent nombreux pour aller défendre leur mère-patrie qu'ils appellent « Là-bas », sans bien se rendre compte de ce qui les attend. Théodore, le fils de Man Hortense, coupeur de canne émérite, n'en reviendra pas, tué qu'il sera pendant la bataille de la Marne. Lucien, le frère jumeau de Lucianise, se retrouvera dans l'enfer de Verdun, d'autres dans celui presque aussi horrible des Dardanelles, face aux Turcs, alliés des Allemands. Quant à Rémilien, fait prisonnier, il sera fort mal traité dans un camp allemand. Très peu reviendront aux Antilles. La plupart seront estropiés, mutilés ou gueules cassées. Au bout du compte, la Martinique aura payé au prix du sang versé son attachement à la France.
« Le bataillon créole » n'est pas vraiment un roman historique et encore moins une enquête historique (trop de petits faits contestables pourraient faire tiquer les historiens sérieux), mais plutôt une réflexion sociologique, politique voire poétique sur un événement tragique qui marqua le début de l'autre siècle jusque dans les départements d'outre-mer. Raphaël Constant rend parfaitement l'ambiance qui régnait dans l'île à l'époque, nous dépeint tout un petit peuple de travailleurs, de paysans, de mères ou de soeurs Courage, exploités par d'horribles Békés qui eux, se gardent bien d'envoyer leurs enfants se battre dans les tranchées. Par contre, la réalité de la guerre de 14 vécue par ce bataillon créole est plus suggérée que véritablement décrite. L'auteur contourne la difficulté en citant des extraits de correspondances (sans doute imaginaires) de poilus martiniquais. Il ne respecte pas la chronologie, passe d'un personnage à l'autre, ce qui donne une impression de fouillis et oblige le lecteur à un certain effort pour s'y retrouver dans les différents destins. Sans parler de la langue truffée de mots, expressions et même phrases créoles (heureusement traduites) qui surprend par sa truculence, son emphase, sa créativité et qui entraine le lecteur dans une sorte de tourbillon verbal digne d'un conteur poète. Un ensemble intéressant et agréable à lire même si on peut reprocher un certain manichéisme et quelques positions trop tranchées.

Derangeant

9 étoiles

Critique de Provisette1 (, Inscrite le 7 mai 2013, 10 ans) - 24 novembre 2013

A l'inverse de JulesRomans, ce "Bataillon créole" ne m'est pas apparu a la lecture comme totalement fictionnel.

Bien au contraire, nombre de vieux documentaires attestent un récit qui, au fond, ne se veut que justice humaine envers ces hommes qui ont combattu pour une terre, lointaine, inconnue, celle qu'ils ne nomment que "La-Bas".

Si l’écriture est belle, le récit fort bien construit, alternant paroles douloureuses de ces femmes, mère, soeur, vivant dans l'angoisse de l'ignorance et celles de leur fils, frère qui, elles, nous relatent non seulement toutes les horreurs de cette guerre "barbare" mais également ces mots, ces termes qu'il leur fallait entendre, ceux se rapportant à leur couleur en particulier.

Un livre dérangeant au final.

Dérangeant parce que s'il est, sans nul doute, "éloge de la mémoire brisée", certains propos, voire un long passage sont virulents.
Très virulents.

(Seule sa lecture vous permettra de comprendre mon propos et mon malaise.)

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