En train de dérailler
de Jany Pineau

critiqué par Débézed, le 2 septembre 2013
(Besançon - 78 ans)


La note:  étoiles
Voyage sans histoire
Ce petit livre, le plus petit que j’ai lu et critiqué depuis que j’ai ouvert mon cahier de lecture il y a plus d’un quart de siècle, m’a permis de découvrir les Editions Asphodèle et plus particulièrement leur collection « Confettis », des tout petits livres, des condensés de littérature. C’est du moins l’impression que j’ai eue après avoir lu l’opuscule écrit par Jany Pineau : un zeste de littérature comme un zeste d’agrume qu’on intègre dans une préparation gastronomique pour apporter une saveur particulière.

Le train de Jany, c’est le train, le train train, quotidien qu’on prend pour aller au boulot dans cet espace de temps mal défini où l’être plane encore entre sommeil et éveil entre rêve et réalité, cet espace temporel et géographique où le corps flotte encore un peu où l’esprit peine à s’extraire du magma de la nuit, où peu à peu la conscience capte la présence de cette multitude qui enserre une grande solitude. Et, le soir le mouvement pendulaire s’inverse en engluant les êtres dans une léthargie ensommeillée qui ressemble déjà au cérémonial du coucher : « …portes s’ouvrent, se referment. Zip. Murmures. Scratch. Toux. Deux toux, une femme, un homme… » deux amants qui s’étendent ou un contrôleur qui entre dans un compartiment pour viser le titre de transport d’une passagère ?

Jany évoque, décrit, suggère, laisse en suspend, dans des bouts de textes en prose, des vers, des énumérations de sensations qui parviennent à ses sens, recompose dans le texte cette multitude de solitudes qui sort ou s’enfonce dans cette parenthèse de temps où les êtres ne vivent pas réellement. Cette parenthèse où le temps défile comme un train qui avance inéluctablement vers son terminus. Un monde particulier construit avec quelques mots seulement, un monde à l’image du texte de Jany : flou mais très concret, irréel mais très pragmatique, endormi mais trépidant, expression de la solitude au sein de la multitude.