La nuit divisée
de Wessel Ebersohn

critiqué par BMR & MAM, le 22 décembre 2011
(Paris - 64 ans)


La note:  étoiles
Apartheid
Encore un polar sud-africain. Original et plutôt bien écrit.
Original parce que, entre autres choses, le personnage principal, le 'héros' est un psychologue juif qui travaille occasionnellement avec la police.
Un jour on lui refile un patient encombrant : un afrikaner qui tient une boutique minable dans un quartier minable de Jo'burg. Le vieux bonhomme a la fâcheuse habitude de laisser tout exprès la porte de sa boutique ouverte la nuit. De quoi tenter sinon le diable, du moins les pauvres bougres bantous du quartier qui tentent de venir chiper quelque chose pour améliorer leur triste ordinaire. Et le vieux fait un carton à chaque fois.
En état de légitime défense, Votre Honneur.
L'Afrique du Sud à cette époque (on est à la toute fin des années 70, dans les dernières années de l'apartheid) est encore un pays où l'on ne condamne pas un blanc qui défend son bien (et même sa vie, Votre Honneur) contre d'affreux bantous. Alors le vieil épicier continue son manège, et c'est tout juste s'il doit se soumettre à quelques visites à notre psychologue de service.
Les choses se compliquent quand on apprend qu'il y a eu un témoin du dernier carton du vieux bonhomme. Et que ce témoin est un 'communiste' (un rouge, donc noir aussi hein) activement recherché par la sécurité.
Et en Afrique du Sud tout le monde, blancs comme noirs, a peur de cette Sécurité toute puissante qui marche dans les traces de sa soeur aînée, la Gestapo.

[...] Il se demanda un instant s'il préférait tomber dans les mains des habitants de Soweto ou dans celles de la police de la sécurité. La réponse était évidente. Il préférait de loin les habitants de Soweto.

Yudel Gordon se rend bientôt compte que sa pratique médicale sera insuffisante pour arrêter les pulsions meurtrières de l'épicier.
Et le voilà en train de mener son enquête tout en essayant de naviguer maladroitement entre les différents écueils (l'enfer est pavé de bonnes intentions, même pour les juifs d'Afrique du Sud visiblement) et l'on découvre au passage quelques aspects intéressants (sombres mais intéressants) de ce pays gangréné qui n'était pas encore devenu une nation arc-en-ciel.