Qui j'ose aimer ?
de Hervé Bazin

critiqué par Antinea, le 29 mai 2011
(anefera@laposte.net - 45 ans)


La note:  étoiles
Sérail
Dans la maison de La Fouve, près de Nantes, Isabelle, la fille, coule les derniers jours heureux de son adolescence en compagnie de sa mère Isabelle, de sa sœur un peu attardée Berthe, et de Nathalie, la bonne bigouden au caractère bien trempé et qui fait partie de la famille. Il en a toujours été ainsi, La Fouve chasse les hommes et n’accepte que les femmes, la grand-mère veuve et sa fille, et puis la fille divorcée devenue mère des deux adolescentes… Les hommes n’ont pas leur place dans le bonheur de cette maison.

Et pourtant Isabelle, la mère, s’est toquée de Maurice, le fils du domaine voisin, et ne tarde pas à l’épouser ce qui ne plaît à personne. Cela n’est en effet pas du goût de Nathalie ni des filles, qui ne veulent pas de cet homme chez elles, ni du goût du curé et des villageois qui s’offusquent du comportement de la divorcée, ni même du goût du marié qui ne s’est engagé que parce que leur liaison illégitime allait, selon les dires de l’épousée, devenir fertile.

Mais La Fouve ne se laisse pas faire : une fièvre prend la mère dès l’arrivée de Maurice et la cloue au lit, Nathalie rappelle qu’elle est bien plus que la bonne et que la venue de Monsieur n’y changera rien, Isabelle la fille joue tour-à-tour de mutisme et de répartie pour signifier à son beau-père qu’il n’est pas le bienvenu, Berthe répète les méchancetés qu’elle entend. Mais les mesquineries d’Isabelle la fille affectent l’intrus d’une tout autre façon, relançant l’engrenage terrible du destin des habitants de la Fouve.

C’est tout simplement un très bon livre, un peu sordide, méchant, mais exceptionnellement bien écrit. L’histoire est malsaine, c’est celle d’un héritage implacable, d’une maison qui impose ses règles, et d’une société bien pensante qui contribue à cet enfermement, qui perpétue le destin de la famille. Un récit magistral servi par une formidable plume.