Hollywood et la difficulté d'aimer
de Laurent Jullier

critiqué par Donatien, le 3 septembre 2010
(vilvorde - 78 ans)


La note:  étoiles
Pourquoi ne pas se contenter d'un humanisme déniaisé?
Laurent Jullier est professeur d'esthétique du cinéma à l'université de Metz.Le contenu de son livre est une tentative de réponse à la question du titre.

Il en pose beaucoup d'autres et fait référence à de nombreux philosophes et penseurs dont Allan Bloom , célèbre pour son livre "L'Amour et l'Amitié" duquel il tire cette citation-programme : "Nous sommes faits pour la quête féconde de l'éternité"!!!

C'est donc en étudiant les romances américaines hollywoodiennes qu'il traite de la difficulté d'aimer tout en se demandant si cette philosophie pratique de l'amour est vraiment datée?

Il analyse quelques grands films hollywoodiens de l'âge d'or, allant de 1935 à 1965, pour en retirer des conceptions du sentiment amoureux qui seraient toujours valables pour nous, postmodernes.
Il est d'usage aujourd'hui de rire de ces histoires d'amours avec leurs happy-ends, leurs couchers de soleil, leurs musiques. Mais n'a-t-on pas, au cours des dernières années, tout fait pour discréditer la passion amoureuse?
Annie Lebrun , auteur que j'apprécie pour sa lucidité (spécialiste du surréalisme) a écrit un livre sur le "trop de réalité", d'une censure "par excès".
Tout est dit, tout est expérimenté, tout est montré à satiété.

Les romances classiques préféraient le registre de la suggestion à celui de la démonstration. Elles cessent d'être de vieux films lorsqu'on y met du sien. "L'ivresse est à notre charge".
N'oublions pas les contraintes de l'époque, les moyens techniques et la censure du code Hays, ( de 1934 à 1960), rédigé par des catholiques. Droit de censure appliqué à la lettre, permettant de réprimer scène par scène, en amont sur le scenario et en aval sur la copie définitive.

La méthode utilisée par l'auteur .

Il étudie les différentes étapes de la romance soit : la rencontre, le premier regard, les rites de séduction, etc. Il se livre à des analyses détaillées de certaines scènes. Le moindre détail d'une image peut contenir d'énormes quantités de sens.
Le but est de fabriquer du sens. Je cite ;"Lire des images revient à traverser un échiquier en étant libre de choisir ses cases.".
Deux visions de l'amour : l'amour construit, l'amour charité, to love (acte volontaire), soit AGAPE et l'amour-passion, to be in love (un état) soit EROS.
Ce sont de merveilleux exemples d'analyses parfois très poussées. Vraiment un exemple pour un passionné du cinéma.

L'épilogue pose encore une question : Que reste-t-il des romances?

Hollywood a cessé de promouvoir l'amour-passion échevelé (manière surréaliste) pour notre montrer des chroniques de sentiments PASSAGERS (plus d'amour-toujours) ou FEERIQUES pour réchauffer. Ces substituts donnent un peu de chaleur ou empruntent à la pensée magique de l'enfance. D'autres promettent que tout s'arrangera.
C'est négliger la fonction exemplaire ou édifiante, pour certains, du cinéma. Mais les spectateurs ne croient plus à cette fonction didactique. Tout cela pour finir en "Promeneurs solitaires"!.

Le pari à tenter c'est d'extraire des fictions une philosophie pratique du sentiment amoureux et accepter d'aller contre l'air du temps. Même si le temps des contes est fini.

Je ne résiste pas au plaisir de citer la description de l'effet que peut avoir la vision de nombreuses oeuvres d'art et principalement du cinéma, soit l' EFFET POCHOIR".
"Peut-être un gros plan, un raccord-mouvement, une voix qui se voile captée de près laissent-ils eux aussi, en nous, film après film, une sorte de pochoir mental informulé qui nous permet de mieux saisir une situation quand nous retournons dans la vraie vie.".

Pour les mordus!
A+