De la lettre d'amour
de Philippe Brenot

critiqué par Kinbote, le 18 février 2002
(Jumet - 62 ans)


La note:  étoiles
Un livre à fuir
Voici un livre qu'on a envie de lire (qui n'a pas écrit de lettres d’amour ?) et qui très vite déçoit car l'auteur utilise
quelque cent ouvrages de correspondances au service de sa thèse,
à savoir montrer les différences sexuelles, sensibilité féminine et pragmatisme masculin pour simplifier.

Et, pour n'être pas gêné dans son entreprise, il élimine d'emblée les correspondances homosexuelles dans lesquelles on risquerait
de découvrir chez des auteurs d'un même sexe des tendances cataloguées spécifiquement féminines ou spécifiquement masculines.
« On ne s’intéressera pas aux amours homosexuelles, non par ostracisme, mais parce que le but essentiel de ce travail
est de comprendre, à travers la lettre d’amour, la pensée des hommes et des femmes
dans leur nature complémentaire. »
Si cela n'est pas de la mauvaise foi, c'est assurément de la bêtise.
De plus, Philippe Brenot
se base sur des ouvrages de Evelyne Sullerot et Darian Leader défendant des thèses douteuses semblables, sur des propos psychanalytiques traitant de castration, en usant de formules telles que « ressenti intérieur » ou
« sentiment féminin de nature végétale »
et, comme déjà signalé,
de volumes de correspondances, mais datant principalement des siècles précédant le XX ème(à l’exception des lettres de Henry Miller à Brenda Venus et de celles Simone de Beauvoir à Nelson Algren,) pendant lesquels jouait une forte pression sociale à l’encontre des femmes cantonnées dans leurs relations comme dans leurs écrits à un devoir de réserve et de dissimulation.
Notre auteur s'emploie, laborieusement et à coups de lieux communs donc, à démontrer que des stéréotypes n'en sont pas, vaste projet s'il en est. Les extraits de lettres saucissonnés, et se retrouvant parfois à plusieurs reprises dans le texte, servent d'alibi à des
remarques lapidaires du genre « Le manque est ressenti comme un vide » ou « L’absence vécue comme un abandon occupe toute la pensée et inhibe l’action »...
On sauvera de cette déroute, qui fait du tort à cette maison d’édition pourtant réputée qu’est Zulma, les cinq pages qui nous renvoient à des correspondances célèbres, quelques informations
glanées par ci par là (Juliette Drouet écrivit à Victor Hugo matin et soir, pendant plus de cinquante ans, soit un total de dix-huit mille lettres), l’équivalence relevée entre la lettre et le corps aimé ainsi
que quelques extraits plus marquants comme ceux-ci adressés par Simone de Beauvoir à son amant d'outre-atlantique : « Nelson, mon bien-aimé, je ne désire rien d'américain sauf vous » et, ce qui exprime l’essence de tout courrier amoureux :
«
Ce que j'écris m'est égal, le seul fait de vous écrire
est ce qui me plaît, c'est comme si je vous embrassais , quelque chose de physique,
je sens mon amour pour vous dans
mes doigts qui vous écrivent… »








Des mots, rien que des mots... 4 étoiles

Ils se sont aimés, ils se sont écrits, des mots doux, des pensées, des phrases...A travers un corpus de correspondance littéraire, Philippe Brenetot approfondit les règles du genre épistolaire amoureux.

Après avoir analysé le rôle de l'écrit chez les amants,"gage de fidélité mais aussi puissant charme contre l'absence, la distance, le temps", il s'intéresse à la composition des lettres ainsi qu'aux caractéristiques de l'écriture . Car si hommes et femmes s'adonnent à cet exercice, ils le font de façon différente. On y apprendra ainsi qu'ils y expriment leurs désirs, quand elles parlent sentiments , se nourissent du manque et y puisent l'énergie du désir, lorsqu'ils " s'en défendent en ne laissant aucun courrier sans réponse".

Une approche simple, claire et rapide, agrémentée de citations littéraires, apportant un éclairage sur les enjeux et mécanismes d'un exercice auquels nombreux littéraires et anonymes se sont adonnés.

Cet ouvrage a fait l'objet d'une précédente et virulente critique . On peut reprocher ,certes ,à l'auteur d'argumenter essentiellement sur des textes non contemporains et le travail mériterait sans doute d'être approfondi ( mais n'y retrouverait-on pas des caractéristiques sembables ? , à voir).

D'aucuns concluront aux stéréotypes et contesteront cette approche. Il me semble, toutefois, pour qui porte attention à la question, intéressant d'y jeter un regard...dût-il s'achever par la critique.

Clé des songes - Paris - 47 ans - 12 novembre 2004