40 écrivains parlent de la mort de Marcel Bisiaux, Collectif, Catherine Jajolet

40 écrivains parlent de la mort de Marcel Bisiaux, Collectif, Catherine Jajolet

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => SpiritualitĂ©s

Critiqué par Dirlandaise, le 3 fĂ©vrier 2010 (QuĂ©bec, Inscrite le 28 aoĂ»t 2004, 70 ans)
Critiqué par Dirlandaise, le 3 fĂ©vrier 2010 (QuĂ©bec, Inscrite le 28 aoĂ»t 2004, 70 ans)
La note : 10 étoiles
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Cette mort qui emporte tout...

Catherine Jajolet et Marcel Bisiaux ont rencontrĂ© et interrogĂ© quarante Ă©crivains sur le thĂšme de la mort. Ils ont demandĂ© Ă  ces Ă©crivains de parler de leur expĂ©rience de la mort, de la place qu’occupe la mort dans leur Ɠuvre, de l’endroit oĂč ils aimeraient ĂȘtre enterrĂ©s, de leurs diffĂ©rentes croyances au sujet de l’au-delĂ , du suicide, de l’euthanasie et enfin, de ce qu’ils feraient s’il ne leur restait que quinze minutes Ă  vivre.

En lisant ce livre, j’ai rĂ©alisĂ© Ă  quel point beaucoup d’écrivains me sont inconnus. Ils sont europĂ©ens pour la plupart et certains sont trĂšs ĂągĂ©s alors que d’autres le sont moins. Je trouve l’idĂ©e excellente et j’ai dĂ©couvert des hommes et des femmes vraiment intĂ©ressants, certains sympathiques, d’autres moins mais tous extrĂȘmement concernĂ©s par le sujet. Sauf peut-ĂȘtre Georges Cheimonas, un Ă©crivain d’origine grecque, neuro-psychiatre qui a une approche de la mort totalement nihiliste car il ne veut rien en savoir et ne l’accepte tout simplement pas. Il est un de mes prĂ©fĂ©rĂ©s dans le lot mais avant tout, il y a Gabriel Matzneff que je me suis empressĂ©e de lire en prioritĂ© et dont les Ă©crits m’ont, comme prĂ©vu, enchantĂ©e. On a demandĂ© Ă  chaque Ă©crivain de choisir un tableau ou une photographie qui illustre bien la mort pour eux. Monsieur Matzneff a choisi « La mort de Sardanapal » d’EugĂšne Delacroix. L’écrivain français Francois Coupry a choisi un dessin de l’album d’HergĂ© « Les sept boules de cristal » oĂč on peut voir la momie Rascar Capac sur le point d’ĂȘtre frappĂ©e par la boule de feu dans le musĂ©e. J’ai trouvĂ© cela trĂšs amusant et original mais il faut dire que le pĂšre de monsieur Coupry est archĂ©ologue. Patrice Delbourg a choisi quant Ă  lui une photo d’un match de foot au stade du Heysel en Belgique oĂč il y aurait eu des morts et des blessĂ©s. Certaines photos sont terribles, je pense Ă  celle choisie par Nadine Diamant montrant un corps en dĂ©composition. D’ailleurs, cette crainte de la dĂ©composition du corps est revenue souvent dans les tĂ©moignages. Plusieurs ont aussi avancĂ© l’idĂ©e que l’écriture permet d’accĂ©der Ă  l’immortalitĂ©.

J’ai bien aimĂ© les rĂ©ponses Ă  la question Ă  savoir ce que chacun ferait pendant leurs derniĂšres quinze minutes. Beaucoup ont exprimĂ© le souhait de se rĂ©fugier dans les bras de leurs proches alors que d’autres ont choisi d’écrire un mot d’adieu. C’est aussi mon choix d’ailleurs.

Chaque Ă©crivain a droit Ă  quelques pages suivies d’une bibliographie de leur Ɠuvre. Le livre date de 1990 alors il faut le replacer dans son contexte. Parmi les Ă©crivains interrogĂ©s, on peut retrouver outre monsieur Matzneff bien sĂ»r dont la photo est tout simplement magnifique, Jacques Chessex, BenoĂźte Groulx, Edmond JabĂšs, Robert Sabatier, Henri Thomas, Jorge Amado, Paul Guimard, Albert Memmi et Maurice Roche.

En fin d’ouvrage, on peut retrouver une petite sĂ©lection de volumes sur le thĂšme de la mort. J’ai adorĂ© ce livre malgrĂ© la gravitĂ© du propos. Un ouvrage trĂšs riche humainement et spirituellement qui m’a fait dĂ©couvrir beaucoup de gens de lettres qui mĂ©ritent sans nul doute d’ĂȘtre lus et Ă©tudiĂ©s.

« Écrire, C’est tenter de survivre. C’est fixer ce qui est fugitif, c’est apporter une rĂ©ponse Ă  la dĂ©composition, c’est s’opposer Ă  l’oubli, aux traces qui s’effacent. Donner un tĂ©moignage de ce qui est et de ce qui a Ă©tĂ©. Vaincre la mort. Quand des textes Ă©crits voilĂ  des siĂšcles nous Ă©meuvent, font battre nos cƓurs, Ă  nous, hommes et femmes d’aujourd’hui, cela signifie que leurs auteurs ne sont pas morts, qu’ils ont triomphĂ© de la mort. La rĂ©surrection et l’immortalitĂ© par l’Ɠuvre d’art sont d’un autre ordre que celles que nous promettent le Christ et l’Église. MalgrĂ© tout, c’est une victoire. »

« J’ai beaucoup Ă©crit sur le suicide. J’y ai beaucoup rĂ©flĂ©chi. Si un jour je suis un vieillard malade, atteint d’infirmitĂ©s sans remĂšde, sans doute me donnerai-je la mort. C’est parce que nous avons la possibilitĂ© de nous suicider que nous sommes libres. Sans le suicide, la vie serait une prison infernale. Le suicide, c’est la clef des champs. »

Encore une fois, c’est vous Monsieur Matzneff qui avez le dernier mot.

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Les éditions

40 écrivains parlent de la mort [Texte imprimé] [textes réunis et présentés par] Marcel Bisiaux, Catherine Jajolet
de Bisiaux, Marcel (Editeur scientifique) Jajolet, Catherine (Editeur scientifique)
Horay / Paroles (Paris).
ISBN : 9782705802080 ; 20,50 € ; 08/01/1992 ; 276 p. BrochĂ©
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