Le Mont Analogue. Roman d'aventures alpines, non euclidiennes et symboliquement authentiques
de René Daumal

critiqué par CC.RIDER, le 31 décembre 2009
( - 66 ans)


La note:  étoiles
Une lecture à niveaux multiples
Dans un de ses articles, un jeune journaliste émet, sous forme de canular, l'hypothèse de l'existence du Mont Analogue, montagne inconnue, inexplorée, plus élevée que l'Everest et qui serait une sorte de centre originel du monde et un moyen particulier de communication avec l'au-delà. Un savant ésotériste plutôt original le prend au mot et lui propose de mener une expédition vers le sommet mythique. Très vite une petite dizaine de personnalités de divers domaines scientifiques adhèrent au projet. Un Anglais fortuné met à leur disposition un yacht pour aller explorer le Pacifique et accoster à la base du Mont qui existait réellement : c'est la courbure de l'espace qui empêchait de le voir. L'expédition peut se mettre en route...
Que découvrira-t-elle ? Aucun lecteur jamais ne le saura car l'oeuvre poétique de Daumal restera pour toujours inachevée, l'auteur étant mort de tuberculose avant d'en avoir achevé l'écriture.
En apparence, récit d'exploration dans un style classique type Jules Verne, le Mont Analogue est beaucoup plus que cela. Il peut se lire à différent niveaux : symbolique, philosophique et même mystique. « Dans la circonstance, elle (la littérature) éveille doublement, car toutes les phrases portent. Cela tient à l'intelligence très personnelle de René Daumal et à ce qu'on pourrait appeler son lyrisme de l'ironie », déclara en son temps Roger Nimier. Pour mon humble part, j'ajouterai que cet ouvrage est à classer aux côtés des classiques du conte philosophique tels « Siddartha » (H.Hesse), « Le petit Prince » (Saint-Exupéry) ou « Le baron perché » (Italo Calvino), autant dire les plus grands dans ce genre très particulier... Ecrit en 1939, un peu délaissé aujourd'hui, cette fable qui fut culte chez les hippies des années soixante (éloge du développement personnel, mentalité new-age, rejet de la consommation, du machinisme, retour à la nature et à la vie communautaire) est toujours d'actualité tant cet auteur trop tôt disparu fut un visionnaire.