Ce type est un vautour
de Sara, Bruno Heitz (Dessin)

critiqué par Shelton, le 1 septembre 2009
(Chalon-sur-Saône - 64 ans)


La note:  étoiles
Pas pour les enfants... mais pour les autres !!!
C’est la vie d’un chien, d’une petite fille et de sa maman. La maman se fait séduire par un harmonica, un simple instrument de musique qui quand il se laisse aller déclenche chez elle des émotions incroyables. Oui, bien sûr, en fait, le musicien doit y être pour quelque chose, quoi que…
Quand la musique retentit, la jeune femme oublie tout : son chien, mais après tout ce n’est qu’un sale cabot… sa fille, oui, ce sale chiard…
Le chien est de loin le plus humain des personnages de cette histoire. C’est lui, le narrateur, celui qui est capable d’entendre le cœur et l’âme des personnages. Il sait, l’animal, que cet homme est un diable, un monstre, un « vautour », tout simplement. Mais, lui, un sale chien, ne peut pas sauver le monde entier ! Il peut, c’est déjà une bonne et belle chose, être présence à l’enfant, la laisser se reposer sur elle quand elle est abandonnée de tous, à commencer de sa maman…
Mais, une maman ne reste-t-elle pas toujours une mère, quoiqu’il arrive, quoiqu’il se passe ? Si, mais il peut y avoir, dans une vie d’homme ou de femme, des moments d’égarement, d’aveuglement… ici, cela va durer quelques jours du moment de la rencontre jusqu’au temps de la violence qui lui redonnera sa lucidité…
Mais attention, il ne s’agissait pas d’une violence contre elle, celle-là, elle l’aurait probablement supportée et aurait continué à aimer son joueur d’harmonica. C’est quand il portera la main sur l’enfant, la petite fille sans défense qui attend tout de sa maman, que la jeune femme prendra son courage à deux mains :
« Elle lui a montré la porte. Il a essayé son sourire. Elle a fait un pas. Il a essayé son harmonica. Elle a ouvert la porte. Elle a attendu qu’il sorte. Il est sorti. Elle a fermé la porte derrière lui. A clé. Et elle a pris la petite dans les bras. J’étais content. »
Je rappelle que le récit est celui du chien et que c’est lui qui dit le premier qu’il est content, c’est lui qui aimait la petite, c’est lui qui n’aimait pas ce vautour habillé en artiste…
Le texte est d’une force et d’une violence insoutenable, les dessins d’une pureté incroyable et le tout en fait une histoire, un album, un récit, une destinée fantastique. La petite a été sauvée, la mère est revenue à l’essentiel. Mais ce livre n’est pas pour les enfants car il pourrait leur laisser croire que tous les hommes ou femmes qui viendraient faire irruption dans la vie de leur parent seul serait un vautour… Or, ce n’est pas vrai ! Certes, il y a bien des échecs de couple, il y a des parents célibataires, des vautours qui tentent d’en profiter… mais il y a aussi des adultes qui sont capables de prendre en charge affective et éducative un enfant lors d’un remariage. C’est complexe, souvent tendu voir dramatique, mais ce n’est jamais complètement désespéré… Tant qu’il y a de la vie, des solutions peuvent exister ! Tant qu’il y a des chiens pour veiller sur les enfants, la vie peut reprendre le dessus… mais, attention, aux joueurs d’harmonica !!!