L'Heure de la fermeture dans les jardins d'Occident
de Bruno de Cessole

critiqué par Tanneguy, le 16 février 2009
(Paris - 84 ans)


La note:  étoiles
Dommage !
L'idée est bonne: la rencontre entre un jeune étudiant et un vieux philosophe, qui eut son heure de gloire, mais ne supporte plus l'existence dans le monde actuel. Les rencontres entre ces deux personnages sont le prétexte à d'excellentes dissertations sur les philosophes anciens qui ont été les maîtres à penser de générations successives. Ce roman fourmillent d'anecdotes peu connues de ces grands personnages, Nietsche par exemple.

Mais trop c'est trop et le lecteur finit par se lasser de cette érudition parfois pesante, quelquefois nombriliste (voyez comme je suis savant !). L'intrigue est mince, mais suffisante et bien ficelée quoiqu'un peu "téléphonée".

En refermant ce livre je vois qu'il a obtenu le prix des Deux Magots et que l'auteur adresse ses remerciements à Bernard Henri Lévy et Philippe Sollers. Cela ne me surprend pas et confirme mon appréciation en demi-teinte.
drôle de titre 5 étoiles

Frédéric Emile Stauff a connu son moment de gloire. Autrefois philosophe adulé par le microcosme de la pensée parisienne, il fut exclu par la même intelligentsia. S'imposant une mort sociale il a effacé toute trace de son passé et vit reclus à Paris dans une chambrette de la rue de Tournon. C'est ce vieil homme bourru que va croiser, par hasard, Philippe Montclar étudiant philosophico/littéraire à la Sorbonne. De cette insolite rencontre dans les jardins du Luxembourg nait une amitié mutant rapidement en relation disciple à Maître. Visiblement notre misanthrope âgé n'est pas fâché de trouver un interlocuteur perméable et attentif. Flâneries rituelles dans les jardins du Sénat, promenade dans le quartier de la rue de Tournon (du pur google map!) ou pique-nique sur une pierre tombale au cimetière du Montparnasse sont autant d'occasions pour le maître solitaire de diatribes sur la société, la jeunesse et ce monde littéraire nul et surfait. Cet anonyme volontaire et atrabilaire devient vite ennuyeux avec son apologie sournoise du suicide comme seule issue à l'existence, ses interminables tirades érudites sur les échecs remarquables des Senancour, Léopardi, Bloy, Nietzsche, Walser.. dans un langage sentencieux et compassé. Ce roman ne peut être contemporain sans quelques pages érotico/torrides dues à la rencontre de l'accorte Ariane au hasard d'une exposition de peinture et devenue l'amante de Montclar. Elle joue un rôle prépondérant à la fin du roman afin que, logiquement, l'élève tue le maître. Car l'étudiant finit par avoir des doutes sur la sincérité de son mentor. Montclar a la bonne idée de s'aérer à Rome en visitant un ami spécialiste du suicide dans la Rome antique. Voilà qui va l'aider à tuer ce misanthrope devenu bien encombrant et finalement joyeux drille. Voici enfin ce qui donne à ce roman fort bien écrit, remarquablement construit mais peut-être trop "lisse" un dénouement original et quelque peu déjanté. F.E Stauff était-il un nihiliste, un habile manipulateur, un vieillard asocial et aigri ? Au lecteur d'énoncer son verdict.

Lectio - - 74 ans - 29 mars 2013