Charbonnier
de Pierre Drogi

critiqué par Sahkti, le 9 janvier 2009
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Travailler la matière
"Charbonnier" est une des composantes d'un triptyque dont des fragments ont été publiés ci et là, morceaux d'éphémère dont l'encre colle à la peau et aux doigts. On y évoque le noir, le charbon, la cendre, le bois brûlé, l'étouffement, la suie, le marasme aussi. Des éléments sombres qui ne donnent pas pour autant de résultats oppressants lorsqu'ils sont apposés les uns aux autres, au contraire. C'est une poésie du son, de l'ambiance, de l'instantané qui présente de nombreuses facettes de légèreté. Un déroulement à pas lents dans la forêt des mots mais aussi dans un univers maritime décliné par Carnac, le golfe du Morbihan et la mer infinie.
En recueillant ces mots au creux de l'oreille, c'est un peu comme si le lecteur entendait la scie du bûcheron ou le bruit de l'homme qui ponce le bois. Il y a une certaine rugosité dans la structure et dans le rythme, des termes qui claquent, des phrases qui percutent. Le tout crée un univers brut, celui des bruits et des sensations, à dépolir, à apprivoiser au gré des vents sauvages qui peuvent balayer une terre noire d'émotions et de souvenirs.

"Il a attaché sa tête puis il l'a jetée
l'ombre était grossière mais elle collait à ses côtés
flux et reflux (laîches) de mer
entamées par les deux bords de cette péninsule"


Pierre Drogi est poète, traducteur, enseignant et directeur de programme au Collège international de philosophie.

"fraction de pain
oiseau si doux
tu enregistres
le ramier qui boit d’un œil
le moineau
qui se baigne (piaf !)
le merle plus les étourneaux béquillant sur le tard
vers le tarmac de l’hôpital
vérifiant le niveau des lapins
la pression des
ifs et saules
suspendus aux b(r)aies rouges"