Sacré Moyen Age !
de Martin Blais

critiqué par Calepin, le 12 août 2008
(Québec - 43 ans)


La note:  étoiles
Renversant !
Sacré Moyen Âge !, de Martin Blais
Éditions Fides, collection Bibliothèque Québécoise
2002, 240 pages

4e de couverture : On fait régulièrement du Moyen Âge le millénaire de toutes les horreurs et de toutes les stupidités. C'est pourquoi l'auteur du présent ouvrage a entrepris, à sa manière, de réhabiliter cette période, qualifiée bien à tort de « grande noirceur ». Il développe ici une vingtaine de thèmes qui font découvrir un Moyen Âge ingénieux, progressif, fêtard, parfois anticlérical. Bref, un Moyen Âge à l'opposé de la représentation que la plupart des gens s'en font. En fermant le livre, c'est avec étonnement et admiration que le lecteur, débarrassé de ses préjugés, lancera : Sacré Moyen Âge !

Commentaires : Par chance, je suis tombé sur ce petit bijou dans une vente de débarras. Écrit par un ancien professeur d'université, on aurait pu croire à un lourd traité abscons. Au contraire. Simple, admirablement bien vulgarisé, clair, cet essai donne au lecteur une multitude de points de vue nouveaux sur cette époque qui attise tant de passions : sur le plan culturel, social, scientifique, religieux ; bien des éléments y passent. L'érudition du professeur coule sans nous couler avec elle, au gré des chapitres, parfois un peu trop brefs pour ma curiosité.

Seule note plus ombrageuse : deux ou trois chapitres comportent trop d'éléments historiques qui nuisent un peu à la lecture et n'éclairent pas davantage un point de vue déjà limpide.

Pour tout admirateur du Moyen Âge et qui cherche à en connaître la véritable nature, à lire absolument !
C'était bien parti 5 étoiles

« Ce sont les humanistes de la Renaissance - au XVIe siècle - qui ont imposé à une certaine portion de l’histoire le nom de "Moyen Âge". Dans leur bouche dédaigneuse, l’expression est chargée de mépris. Séduits par les Grecs et les Romains, ils trouvent barbares les siècles qui les en séparent. »

L’auteur, un professeur québécois de philosophie médiéval, veut démystifier certains préjugés que les gens ont de cette période.

D’intéressantes anecdotes, mais je ne suis pas certaine de la rigueur de toutes les sources, des interprétations. On parle de légendes comme si ça serait des faits, comme la malédiction du grand maître templier Jacques de Molay. Aussi, personnellement, j’ai toujours pensé que l’amour courtois n’est pas tant une avancée pour la place de la femme que la valorisation de l’homme et de leurs exploits. Il y a plein d’éléments avancés dont j’ai des doutes. J’ai trouvé son argumentation inégale et qui manquait parfois de clarté. Il y a aussi des tournures de phrases, il dit souvent « vous êtes sûrement étonné », alors que ce n’est pas toujours le cas, je n’aime pas qu’un auteur me dise comment je serais sensé réagir.

Mais enfin, ce que j’ai le moins aimé c’est quand il ridiculise ceux qui ne pensent pas comme lui. Je n’ai pas aimé la façon que l’auteur pointe du doigt d’autres auteurs (Jostein Gaarder, Uta Ranke-Heinemann...). La partie Ranke-Heinemann / Thomas d’Aquin, où l’auteur défend le philosophe d’être sexiste (ce que j’ignorais), détonne du reste du livre, ça ressemble plus à un règlement de compte que d’un exposé pédagogique. J’ai trouvé ça lourd, il aurait pu exposer ça différemment. On pourrait penser que Ranke-Heinemann a fait un crime de lèse-majesté... c’est seulement une autre vision, une autre point de vue. Pour être franche, c’était assez dur de se mettre du côté de l’auteur, je trouvais que cette partie manquait singulièrement de clarté. Il faut comprendre, tout le reste du livre est d’une accessibilité sans reproche et puis après il y a des trucs comme ÇA :

« De la même manière, la vertu contenue dans le semence du mâle peut ne pas engendrer un mâle parce que cette vertu est trop faible, ou bien parce qu’il y a obstacle du côté de la femme, ou enfin parce qu’une cause extérieure s’interpose. La déficience signifiée par l’adjectif "deficiens" n’est donc pas dans le produit de la génération, mais dans un processus qui devait engendrer un mâle, mais qui a engendré une femme. »

Wow ! Et c’est RIEN comparé à tout ce qu’il nous balance ! Est-ce que c’est vraiment utile pour mieux nous faire comprendre le Moyen Âge ? En tout cas, ce n’est certainement pas en parlant en charabia que ça m’aidera à plus me faire une opinion. Un face à face qui me donne plus le goût de lire le livre de Ranke-Heinemann que celui de l’auteur sur Thomas...

Un ouvrage clair, accessible et même amusant, avec un chapitre obscur et louche.

Nance - - - ans - 13 juin 2014