L'Art de la guerre
de Sun Tzu

critiqué par Maxou, le 6 septembre 2001
(Bruxelles - 48 ans)


La note:  étoiles
En garde Combattant...
Le manuel complet du leader ! Ce livre vous plonge dans l'ancienne Chine, et vous apprend l'Art de la guerre;

sans être sanglant et sans préconiser la guerre, cet ouvrage offre une perspective nouvelle sur comment diriger notre vie, gérer nos forces, faire une approche du terrain, bref.. des qualités fort utiles dans notre vie de tous les jours. " La plus grande qualité d'un Général est d'arriver à éviter la guerre".
L'art chinois de la guerre : un texte essentiel pour comprendre la pensée militaire et géopolitique de la Chine 9 étoiles

Je suis toujours surpris par les commentaires de lecteurs lisant « L’Art de la guerre » de Sun Tzu comme un livre de conseils applicables dans la vie quotidienne, presque comme un guide d’épanouissement personnel… Il vaudrait mieux pourtant ne pas l’appliquer à la lettre et éviter de décapiter un subalterne trop récalcitrant à l’exécution d’un ordre : ça ne passerait plus aujourd’hui ! « L’art de la guerre » est en effet un livre marqué par son époque, celle des Royaumes combattants, qui ont déchiré la Chine avant qu’elle soit unifiée.



L’édition est précédée d’une courte préface et d’une longue introduction, toutes deux très éclairantes. Dans sa préface, l’officier et stratège britannique Sir Lidell-Hart, l’un des plus grands stratèges du XXème siècle, regrette que la pensée militaire occidentale ait été obnubilée par Clausewitz, dont l’œuvre - complexe et ambiguë - a été mal comprise et a légitimé le concept de « guerre totale ». La montée aux extrêmes des deux guerres mondiales, qui ont ravagé l’Europe, aurait sans doute pu être évitée si la pensée militaire avait intégré les principes de tempérance énoncés par Sun Tzu, qui déclare qu’une guerre longue n’est jamais profitable (même au vainqueur) et que la vraie victoire ne réside pas dans l’anéantissement de l’ennemi mais dans sa reddition, pour s’emparer des territoires et des villes intactes et soumettre les populations sans effusion de sang. Liddel-Hart souligne également la nécessité de lire ce livre pour comprendre la Chine, et notamment la stratégie militaire de Mao, qui en applique les principes.

L’introduction, beaucoup plus longue, met le texte en perspective de l’Histoire chinoise. Il apparaît que l’existence de Sun-Tzu n’est pas avérée avec certitude. En outre, le livre, présumé avoir été rédigé aux alentours de – 600 av JC, a probablement été antidaté pour empêcher d’identifier son auteur et donner plus de poids à son enseignement, en le faisant remonter à une tradition militaire victorieuse. Les éléments du texte permettent de le dater de la période des Royaumes combattants, entre 400 et 315 av JC. En effet, avant -400, les armées n’étaient pas structurées et commandées avec la rigueur décrite et, après -315, les armées chinoises sont dotées de cavaleries or Sun Tzu n’évoque que des chars de bataille. Le livre date donc de la période des Royaumes combattants qui succède à une période extrêmement troublée par les guerres et le brigandage. Dans cette période de conflits permanents, certains philosophes manifestent des opinions pacifistes, en condamnant la guerre pour des raisons morales (puisque la guerre n’est qu’une accumulation de meurtres) ou pragmatiques (puisque les destructions de la guerre sont toujours supérieures au gain escompté), qui semblent avoir influencé Sun Tzu. En effet, l’ouvrage souligne à plusieurs reprises l’importance de ne mener que des guerres justes et en déplore les ravages.



Le texte de Sun-Tzu, composé d’assertions et de conseils - parfois lapidaires - répartis sur 13 chapitres thématiques, est assez court. L’auteur identifie les 5 critères essentiels à la conduite de la guerre :

1/ la force morale de l’armée, qui repose sur l’harmonie entre le Souverain et le peuple et sur l’adhésion des troupes à la guerre menée ;

2/ le terrain, qui doit être choisi et imposé à l’adversaire (si possible après avoir pris le temps de le préparer) et non subi (Sun Tzu préconise aussi de toujours essayer de se battre en dominant l’adversaire, depuis une position en surplomb) ;

3/ la météorologie, qui influe sur l’efficacité des manoeuvres ;

4/ le commandement, qui repose sur des chefs expérimentés et vifs, capables de se faire obéir des troupes mais aussi de prendre des initiatives pour profiter des opportunités ;

5/ la doctrine, qui enseigne d’être en permanence capables de s’adapter et de rester dans la « voie du Tao » (Sun Tzu fait explicitement référence au Tao pour guider l’action des chefs militaires)



Il est assez remarquable que Sun Tzu considère que l’issue du combat n’est pas totalement déterminée par le rapport de forces et que la puissance militaire ne réside pas uniquement dans la masse des forces engagées au combat. L’effet de surprise, la diplomatie et la ruse peuvent également permettre d’obtenir la victoire. En tant que traité stratégique, « l’Art de la Guerre » est bien évidemment en grande partie périmé. Ayant été rédigés il y a plus de 2000 ans, la plupart des principes énoncés sont obsolètes et sans objet pour la guerre moderne, désormais placée sous l’ombre de la menace nucléaire et qui mobilise des moyens blindés mécanisés, des avions, des drones, des moyens cyber, etc. Toutefois, la valeur de l’ouvrage dépasse l’intérêt historique. En effet, certains chapitres sont étonnants par leur modernité, qu’on croirait avoir été écrits au temps de la guerre froide (notamment les réflexions sur les agents doubles pour le renseignement ou le sabotage). L’agilité et l’adaptabilité intellectuelles sont aussi mises en exergue. A rebours de l’image caricaturale de l’armée totalement soumise et asservie au pouvoir politique, Sun Tzu promeut la liberté d’action du chef militaire, qui n’est pas tenu d’appliquer des ordres mais de s’adapter aux circonstances pour saisir les opportunités de victoire.



Par ailleurs, l’ouvrage est très instructif sur la pensée chinoise, comme si ce livre en condensait les principes invariants. A ce titre, il me semble que sa lecture devrait être imposée à toute personne assumant des responsabilités politiques ou militaires. Pour Sun-Tzu, l’art de la guerre réside dans la duperie. Il faut abuser l’adversaire en se montrant fort sur ses points faibles, et faible sur ses points forts. Si la manœuvre réussit, elle incitera l’adversaire à engager le combat dans des circonstances qu’il ignorera lui être défavorables, et quand l’adversaire prendra conscience de son erreur, il sera trop tard et il ne pourra empêcher sa défaite ! Cette stratégie repose sur la connaissance préalable et objective de ses forces et faiblesses par rapport à celles de l’adversaire, d’où la maxime la plus célèbre de l’ouvrage : « Connais ton ennemi et connais-toi toi-même ; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux. » Au lieu de s’évaluer par rapport à un cadre théorique, Sun Tzu enseigne de s’évaluer par rapport à son environnement et ses adversaires, et de s’y adapter en permanence. La manipulation, sous tous ses aspects défensifs et offensifs, est au cœur de cette stratégie, qui inspire encore la politique de la Chine actuelle et explique sans doute son obsession de l’espionnage. Une fois correctement identifiées et évaluées les forces et faiblesses relatives par rapport à celles de l’adversaire, il convient alors de prendre des dispositions pour, d’une part, se protéger sur ses points faibles et, d’autre part, influencer l’adversaire pour progressivement l’amener à se comporter d’une manière qui – à son insu – crée un rapport de force qui lui est défavorable.

Eric Eliès - - 52 ans - 8 février 2026


Vaincre par la ruse 8 étoiles

Difficile à dater (IVe ou Ve siècle), ce classique traité de stratégie militaire chinoise est composé de treize chapitres, présentant divers aspect d'une théorie visant à permettre de sortir vainqueur de toutes sortes de situations de conflits. Il s'agit de l'évaluation, de l'engagement, de la victoire ou de la défaite, des moyens à mettre en œuvre, de la contenance à avoir, du plein et du vide, des affrontements directs et indirects, des changements à opérer, de la distribution des moyens, de l'importance de la topologie, des neuf sortes de terrains, des attaques par le feu et de la problématique de la concorde et de la discorde. L'auteur concluant d'ailleurs qu'il n'y a jamais de bonne guerre et donc qu'une mauvaise paix lui est même souvent préférable.

« L'art de la guerre » est un court essai (101 pages) très concret et très pragmatique, même si parfois le lecteur pourra y voir quelques côtés philosophiques. Le principe général étant de vaincre plutôt par la ruse que par la force brutale irréfléchie. Tout est analysé avec une précision très orientale. Pas un secteur n'est négligé. Les conditions matérielles, la topologie, les circonstances importent, mais pas plus que l'organisation générale, la préparation, le nombre de combattants, les armes, la logistique ou le moral des troupes. Bien des généraux de l'histoire mondiale auraient pu tirer profit de ces enseignements multi-séculaires et pourtant toujours d'actualité, même à notre époque de guerre de drônes, de proxy, de propagande, d'opérations sous faux drapeaux, de missiles subsoniques et de dissuasion nucléaire. Facile à lire mais avec quelques répétitions voire lourdeurs.

CC.RIDER - - 68 ans - 3 juin 2025


Une porte pour tâcher de comprendre la Chine compliquée 6 étoiles

J'achève la troisième lecture de L'Art de la guerre de Sun Tzu à l'âge de la maturité... la première ayant eu lieu à 10 ans alors que je m'intéressais déjà à l'histoire et à la chose militaire et la seconde il y a déjà vingt ans. Ce livre n'est pas à la mode depuis longtemps en Occident: Introduit par le Père Amiot en France au XVIIIe. s. (alors qu'il à été écrit par Sun Tzu en Chine au VIe. s....avant JC), la traduction du religieux a longtemps fait autorité avant que les traductions et les exégèses se multiplient au cours de la seconde moitié du XXe. s.

Jean Lévi a édité L'Art de la guerre paru aux Editions du Nouveau Monde en 2013 sur la base de ces traductions effectuées au cours des années 2000. Directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la Chine ancienne, sa préface et les introductions qu'ils donne en ouverture à chacun des treize chapitre sont autant de guides au lecteur français de cette superbe édition illustrée de documents, de photographies d'objets et de textes en rapport avec les préceptes du Sun Tzu comme il est convenu de nommer le premier traité de stratégie jamais couché sur le papier.

Au cours de treize chapitres, Sun Tzu développe les grands principes qui doivent guider le Général et le Prince dans la résolution d'un conflit. Souvent, le lecteur pensera souvent que le maître chinois énonce des évidences. C'est en fait... l'originalité du texte est d'avoir pour la première fois théorisé les grands principes de l'art militaire au point d'en faire un bréviaire pour les dirigeants voulant vaincre leurs ennemis. Les petits textes qui parsèment les treize chapitres du Sun Tzu illustrent à merveille l'utilisation que des personnages postérieurs à Sun Tzu ont fait de ce bréviaire. Treize chapitres donc qui examinent les divers aspects de la guerre, des formations militaires (chap.4), au terrain (chap 10), de la situation de l'armée en campagne (chap 9), à l'utilisation des espions (chap 13).

Souvent, Sun Tzu parle au travers d'images propres à la culture chinoise (l'eau, le feu figurant les forces, l'oiseau de proie une formation militaire, etc.) et l'ensemble peut vite apparaître abscons et peu intuitif. Il reste un document exceptionnel pour comprendre l'évolution de la pensée militaire chinoise antique qui ne valorise plus la force guerrière brutale mais au contraire tente d'introduire la subtilité, la ruse, un certain caractère féminin (ce n'est pas moi qui le dis, c'est Jean Lévi) dans la conduite de la chose militaire.

L'Art de la guerre est surtout intéressant à cette lumière, le lecteur peu averti pourra facilement passer à côté de ce texte souvent fastidieux.

Vince92 - Zürich - 48 ans - 22 avril 2017


L'art de la vie 8 étoiles

C’est un livre très intéressant, pour moi c’est un livre qui a changé un peu ma perspective de la vie, j’ai commencé à le lire à l’école pour ma classe d'histoire, mais quand je l’ai fini je l’ai adoré. La perspective que Sun Tzu a utilisé de la guerre a été très bien adaptée pour appliquer cette stratégie dans d’autres contextes comme l’économie, la politique, et beaucoup d’autres.

Sun Tzu présente la guerre comme un noble art et se fait notre professeur. Nous pouvons le voir comme un recueil de conseils, tout ce qui est présenté dans ce livre est composé d'un certain nombre de stratégies, et si nous savons les utiliser nous pourrons trouver le succès.

Au final, ce livre est une excellente lecture que je recommande fortement, On peut le mettre en pratique dans notre vie. Ce livre est très facile à lire, il est très court et aussi, il est très facile à trouver, il n'y a donc aucune excuse pour ne pas le lire.

Marianne M - - 30 ans - 25 octobre 2013


L'Art du bon sens 6 étoiles

Voilà t'y pas que je me suis paluché L'Art de la guerre, de Sun Tzu.



Enfin de Sun Tzu, façon de parler. Puisqu'en effet personne ne s'accorde tellement sur l'authenticité de l'auteur, ni même sur la date précise à laquelle l'ouvrage a été écrit. Tout ce que l'on sait de source à peu près fiable, c'est que ça remonte à l'époque des "Royaumes Combattants", c'est-à-dire quelques siècles avant notre ère.



En deux mots, ce traité militaire est une présentation succincte des bonnes pratiques en matière de combat organisé, où l'on apprend en fil rouge que la Guerre est un art noble, complexe, qui se cultive à grands renforts d'idées subtiles bien plus que de soldats. Soit "Cerveau > Biscotos", pour schématiser. La victoire s'obtient toujours par la rigueur, la ruse, l'anticipation, l'adaptabilité, et la psychologie, jamais par la mollesse, la bêtise, l'improvisation, [compléter la liste des antonymes].



Lu au 21ème siècle, j'admets que tout ce contenu sonne plus comme du bon sens, et qu'en refermant le bouquin on se dit que la gazier il a pas inventé la machine à courber les bananes. Toutefois, si l'on a la décence de se replonger dans le contexte de l'époque, et surtout de prendre conscience du temps retiré auquel L'Art de la guerre a été écrit, on se dit que c'est tout de même extrêmement clairvoyant, que les évidences d'aujourd'hui sont des lumières d'hier, et que Sun Tzu était certainement pas la moitié d'une testicule de loup.



Après on peut penser ce qu'on veut: c'est très théorique, c'est vrai. C'est pas transcendant à lire du fait de la forme extrêmement laconique de l'écriture, c'est vrai. Mais ça s'engloutit rapidement (150 pages), et au titre de nourriture saine pour l'esprit, j'adhère, et mieux que ça, je vous le conseille.

Megamousse - - 43 ans - 11 août 2009


Me fait rêver 10 étoiles

Ce livre me donne l’impression que je pourrais dominer le monde. The WORLD is MINE! Muahahaha! *rire démoniaque avec le petit doigt remonté au coin de la lèvre* Même si il est écrit dans un style pédagogique, ce livre me fait fantasmer.



Sun Tzu ne vante pas la guerre brute et sanglante, mais une stratégie rusée et éclairée. Si seulement nos dirigeants pourraient faire de même...

Nance - - 0 ans - 15 novembre 2007


Fiches techniques 8 étoiles

C'est un ouvrage particulièrement pédagogique, qui se présente sous la forme de treize chapitres ; chacun d'eux est divisé en paragraphes numérotés, dont la première phrase est une règle générale, développée par la suite. Le style est concis ; beaucoup de phrases sont courtes, au point qu'on se croit souvent dans un manuel de cuisine :

"Lorsque l'ennemi est au repos, fatiguez-le" ; "lorsqu'il est uni, divisez-le."

"N'encouragez pas le meurtre"

"Notre invicibilité dépend de nous, la vulnérabilité de l'ennemi de lui"

"L'appréciation de l'espace est fonction du terrain"

"Rien n'est plus difficile que l'art de la manoeuvre"

"Pesez la situation puis agissez"

"Pour le combat de nuit, utilisez un grand nombre de torches et de tambours"



Les paroles de Sun Tzi sont complétées par celles d'autres personnages.



Le chapitre VIII, relatif aux neuf variables, est plus intéressant que ces formules, utiles, mais parfois trop générales : il y a ici une ébauche de combinaison de facteurs, et le style sec et concis donne un aspect ludique au combat et à la stratégie. Ces variables sont essentiellement relatives au terrain, qui fait l'objet du chapitre X. Le VIII fait état des cinq qualités dangereuses pour un général, qui mènent droit à la défaite, quelles que puissent être les qualités des troupes. On retrouve évidemment ce sens de la formule, qui prend la forme de l'énumération, et que facilite la numérotation des paragraphes. C'est pourquoi j'ai eu une forte impression de fiches techniques.



Intéressant.

Veneziano - Paris - 48 ans - 23 mars 2006