Une serre sur l'East River
de Muriel Spark

critiqué par Aria, le 2 mai 2006
(Paris - - ans)


La note:  étoiles
Une merveille de "nonsense" anglais
Saviez-vous que l’on peut avoir son ombre dirigée du mauvais côté et que c’est un sacré problème pour passer inaperçu ?
En tout cas, c’est l’un des nombreux problèmes d’Elsa Hazlett qui vit avec son mari Paul dans un vieil appartement qui donne sur l’East River à New York.

Elsa et Paul se sont connus en Angleterre en 1944 alors que tous deux travaillaient dans les Services Secrets de Sa Majesté. Ils sont partis vivre à New York, ont eu deux enfants, adultes au moment où se passe l’histoire. Leur vie serait parfaitement ennuyeuse si Muriel Spark n’en avait décidé autrement.

Selon son mari et son psychanalyste, Elsa est folle ; elle a fait de nombreux séjours en clinique. Mais l’est-elle vraiment ?
Au début du roman, nous la voyons abîmée dans la contemplation de l’East River, jusqu’à l’heure du gin on the rocks. Pendant ce temps-là, son mari observe ses faits et gestes pour y détecter l’éventuelle survenue d’une crise.

Muriel Spark se délecte à nous raconter une histoire qui n’a pas de sens et c’est délicieusement drôle : le psychanalyste d’Elsa vient vivre chez les Hazlett en tant que majordome pour mieux observer sa patiente ; sa meilleure amie, la princesse Xavier, fait éclore des vers à soie sous son opulente poitrine ; un ancien agent double allemand se serait réincarné sous les traits d’un vendeur de chaussures de la 56ème Rue… et Paul est persuadé que dans tout ça rien n’a de réalité parce qu’en fait ils sont tous morts sous un V2 en 1944 !

L’auteur se moque beaucoup de la psychanalyse, inventant des dérivés appliqués aux organes :
« En ce moment, je traite un patient atteint d’une schizophrénie du pancréas. J’ai aussi un Monsieur affligé d’une vessie hyper-introspective compliquée d’une euphorie du foie. Je m’occupe également d’un rein maniacodépressif, d’un gonflement cardiaque du moi, d’un cas d’hallucinations du diaphragme et d’une rate libidinale. »

Mrs Spark nous livre ici* un charmant roman totalement absurde. Selon l’expression maintenant plus que galvaudée, quel talent !

Première publication en anglais en 1973.

Traduction de Philippe Mikriammos