Un assassin est mon maître
de Henry de Montherlant

critiqué par Joachim, le 5 avril 2006
( - 44 ans)


La note:  étoiles
Alger et psychanalyse
Ce roman raconte l'itinéraire d'un archiviste bibliothécaire de Paris à Oran, d'Oran à Alger; ses rendez-vous avec des filles juives sur commande pris chez des maquerelles, ses fréquentations de café, et ses relations avec son patron de la bibliothèque d'Alger où il parvient à se faire muter.

L'ambition de ce roman était de présenter un type psychanalytique et ses obsessions indépassables. Errance et déchéance sont le lot de cet homme assez pitoyable, reclus dans son hôtel, rongé par une certaine amertume, dont les actes trahissent complexes et névroses.

Le style de Montherlant y est net et sans faille. Il excelle à mon avis dans les descriptions d'Alger et de ses habitants, ville que l'auteur connut bien pour y avoir habité. Le récit est plombé par un ton implacable, parfois dur, souvent drôle et fin. Un bon roman, sans doute intéressant pour qui connaît bien la psychanalyse (ou au contraire insuffisant ?). Littérairement parlant, c'est pas mal du tout.
Folle humiliation 7 étoiles

Si ce livre publié en 1971 reprend des thèmes chers à Henry de Montherlant ( l’orientalisme, la prostitution, etc… ) , il se veut avant tout le clinique d’un homme sombrant peu à peu dans la folie.

L’histoire prend place en 1928, nous pouvons y suivre Exupère, bibliothécaire de 35 ans, célibataire et profondément inadapté à la vie sociale, qui, récemment muté à Oran puis Alger, s’acclimate à sa nouvelle vie. Très vite on se rend compte de l’incongruité de ses échanges relationnels : il admire son ami Colle, proxénète-arnaqueur-menteur-voleur se servant de lui ; voue un culte à son supérieur Saint-Justin, brillant avant tout par son amertume et sa froideur ; et tombe amoureux d’une jeune prostituée simple d’esprit qu’il n’a rencontrée que quelques minutes ! Ajoutez à cela sa monomanie pour l’ « Introduction à la psychanalyse » de Freud et la trame romanesque vous est présentée.

L’écriture de Montherlant – les descriptions de l’Algérie de la fin des années 20 et de ses habitants sont très réussies - permet de dépeindre ce personnage méprisable et lâche tout en nous communiquant la pitié nécessaire à ce personnage victime d’humiliations réelles et psychiques, subies et provoquées allant grandissantes avec sa folie.

Bon livre, qui comme souvent en littérature permet de synthétiser la psychologie des personnages tout en créant de l’empathie. Si le texte comporte quelques longueurs et maladresses, Montherlant est excellent lorsqu’il est dur et cruel.

Lafcadio_ - - 35 ans - 18 septembre 2014