L'agneau
de François Mauriac

critiqué par Saint-Germain-des-Prés, le 26 mars 2006
(Liernu - 56 ans)


La note:  étoiles
Mener l’agneau au sacrifice
Sans être véritablement la suite de « La pharisienne », ce tome, plus fort que le premier, en reprend les personnages principaux, quinze ans plus tard.

Jean de Mirbel et Michèle forment désormais un couple qui, au moment où le livre s’ouvre, est en crise. Comme tous les couples, me direz-vous… Eh non, car Jean de Mirbel ne ressemble pas à un traditionnel jeune homme, il est beaucoup plus extrême, absolu. Dans le train qui l’emmène loin de Michèle qu’il vient de quitter, Jean rencontre Xavier, un tout jeune homme sur le point d’entrer au noviciat. La conversation qu’ils entretiennent plonge immédiatement dans l’essentiel : chacun veut faire le bonheur de l’autre malgré lui. Jean considère que Xavier est sur le point de commettre un lent suicide en consacrant sa vie à Dieu et Xavier veut convaincre Jean de ne pas quitter Michèle. Leur amitié fulgurante se conclura autour d’un pacte : Jean veut bien retourner vivre auprès de Michèle si Xavier l’y accompagne un petit temps.

A la maison, Michèle n’est pas seule. Brigitte Pian (voir « La pharisienne ») y séjourne, ainsi qu’un petit bonhomme d’une dizaine d’années que Michèle voulait adopter. Un petit mot sur cet enfant. Il déçoit fortement Michèle et Jean, non parce qu’il se comporte mal, mais parce qu’il ne correspond pas à l’idée que ses pseudos parents se faisaient de lui. Michèle et Jean, d’une dureté et d’une insensibilité révoltantes, ne pensent qu’à une chose : renvoyer Roland à l’orphelinat. Voilà encore l’occasion pour Mauriac d’aborder la figure de la mère, et l’on voit de quelle manière…

Le personnage central, « L’agneau », est ce jeune Xavier. Un agneau, ça se mène au sacrifice, non ? Xavier a cette manie de faire attention aux autres, de glisser tout de suite vers l’empathie, de ne plus pouvoir vivre en dehors de la relation à l’autre. Tout cela est vécu dans l’exclusivité la plus totale car Xavier se concentre sur une seule personne à la fois : « Un seul être existait pour lui tout entier, âme et corps, et puis il passait à un autre, comme s’il eût cherché celui pour qui il devait mourir ».

On sent bien que tant de personnages entiers qui se côtoient, ça ne peut mener qu’au drame. Mauriac a un talent fou pour décrire les tempéraments extrêmes, pour détourner le lecteur de toute conception convenue du bien et du mal, pour l’emmener dans un univers qui finit par peser. Une densité comme on n’en fait plus, ma bonne dame, ou presque…
Dostoievskien ! 10 étoiles

Oui Saint-Germain-des-Prés a raison c'est un roman d'une densité rare qui me fait penser aux grands romans de Dostoïevski par la complexité des personnages et leurs côtés "entiers".
Et les jeux de séduction et d'amour (homosexuelles ou hétérosexuelles) sont présents entre presque tous ces personnages : Jean, Michèle, Xavier, Dominique, Roland et même Brigitte Pian.
Le personnage de Xavier peut même être perçu comme une incarnation humaine (et donc imparfaite) de Jésus (que vous soyez croyant ou non cette analogie a toute sa force).
Le tout dans la poésie sombre de la forêt des Landes au début de l'automne...
Le drame final va faire entrer le roman dans l'infini de par son impact sur les héros...

JEANLEBLEU - Orange - 56 ans - 20 juillet 2013