La petite fille dans le cercle de la lune
de Sia Figiel

critiqué par Anne, le 27 octobre 2000
(Rhode-Saint-Genèse - 47 ans)


La note:  étoiles
Enfance dans les îles du Pacifique
Ce livre relate la vie insulaire d’une jeune fille de dix ans.
Dans un français simple, proche d'un parler enfantin, l'auteur décrit d'une façon peu ordinaire la vie sur cette île, tout le quotidien qui se passe là-bas au milieu de Pacifique.
L’histoire aurait pu être quelque chose d’exotique, d’attrayant, mais j’ai peu aimé ce roman ; c'est, je crois, ce langage " pauvre ", cette écriture fluide qui m'a déplu. Il manque définitivement quelque chose.
Cependant, certains passages sont touchants et peu ordinaires et l’histoire est loin d’être banale.
Une histoire écrite qui se raconte 7 étoiles

Ce livre lu en 2003 m'a laissé une très bonne impression et je partagerai volontiers les termes de la critique de Sahkti. Ce qui pourrait paraître pour de la pauvreté littéraire est, à mon avis, l'effet du transfert d'un usage habituel de l'oralité à l'usage d'une relation écrite. Figiel écrit des histoires comme on les raconte dans son pays et le résultat peut être surprenant pour nous qui sommes des habitués de l'écrit. Par ailleurs, cette forme de dépouillement du texte ajoute de la force et de la vigueur à l'intensité du récit qui n'en est que plus émouvant.

Ce qui me reste de ce livre aujourd'hui, c'est cette harmonie entre les êtres et la nature, cette relation cosmique qui, hélas, malgré sa douce poésie ne résoud en rien les problèmes matériels de ces îles du bout du monde où nos civilisations ont apporté plus de misère que de bonheur.

Débézed - Besançon - 76 ans - 3 mars 2008


Pas d'accord avec Anne 7 étoiles

Je ne partage pas l'impression de Anne, dans sa critique plus que sommaire, qui parle de français simple. Il s'agit ici d'une traduction de l'anglais parlé dans les samoa occidentales et Céline Schwaller, la traductrice, a souhaité conserver une bonne partie des termes samoans employés par Samoana, la petite fille héroïne du livre. Ce n'est pas un français simple, c'est du samoan mêlé au langage d'une fillette de onze ans. Légère nuance. Je n'ai pas du tout trouvé ce langage pauvre, bien au contraire.
Ana s'y exprime avec beaucoup de force et d'impudeur, comme on peut le faire à l'aube de l'adolescence, pour raconter ce qui se passe dans son village, Malaefou, bled paumé des Samoa occidentales où règnent pauvreté et misère humaine. Les problèmes sont nombreux: alcoolisme, chômage, pauvreté, violence conjugale et familiale, viols, attouchements, poids de la religion colonisatrice, lourdeur de la tradition et des secrets...
Sia Figiel a décidé de raconter tout cela en donnant la parole à une fillette de onze ans qui vit ça au quotidien. Un récit puissant, empli de noirceur et de colère. Il y a cependant un rayon de lune qui brille, la couleur de l'espoir, celui qui consiste à partir vers une vie meilleure en Nouvelle-Zélande, considérée comme le paradis. Ceux qui en reviennent ne partagent pourtant pas cet avis et l'espoir est perpétuellement déçu avant de renaître. Ana est lucide et candide à la fois. Elle espère autre chose et supporte en attendant un hypothétique progès. Les adultes s'engluent dans leurs rancoeurs et leur misère, les enfants en paient les conséquences mais gardent la tête haute. Un message pas très gai et assez pessimiste sur les chances de réussites dans des îles noyées par la pauvreté et la domination intellectuelle étrangère, illustrée dans le roman par ces télés qui abreuvent chacun de messages publicitaires américains et de success story comme il n'en existe pas à Malaefou. On dit que l'espoir fait vivre. Ici, il paralyse.

Sahkti - Genève - 50 ans - 15 août 2005