Jours de colère
de Sylvie Germain

critiqué par Ichampas, le 23 janvier 2006
(Saint-Gille - 62 ans)


La note:  étoiles
Un récit tumultueux et si tragique
Quatrième de couverture

Dans les forêts du Morvan, loin du monde vivent, loin du monde, des familles de bûcherons, de flotteurs de bois, de bouviers. Mais là comme ailleurs règne la folie : folie violente d’ Ambroise Mauperthuis, folie douce d’ Edmée Verselay dont la vie n’est faite que d’un immense amour pour la Sainte Vierge. Et là dessus, l’ombre d’un secret, celui d’un crime. La victime était la belle et sensuelle Catherine Corvol, femme d’un riche propriétaire qui l’a égorgée non par haine, mais par excès d’amour. Mais qu’est devenu le corps si désirable de Catherine ? Comment Mauperthuis réussit-il à s’emparer non seulement des biens, mais des enfants de Corvol ? Et comment perdra-t-il Camille, sa petite-fille, le seul être qu’il aime et en qui il a cru retrouver celle qu’il n’a connu que morte, Catherine Corvol ?

Il vaut mieux, pour le plaisir du lecteur, ne pas dévoiler les nombreuses péripéties de ce roman si tumultueux et si tragique. On est emporté par un lyrisme inventif, des images aussi superbes qu’inattendues, un poème visuel plein de couleurs et d’odeurs, une incarnation proche à la fois du halètement amoureux et de la prière.

L’assassinat de Catherine, au bord de l’eau, le châtiment de Corvol, le cœur et la main arrachés et jetés aux porcs, les neuf enfantements de Reinette, la douce obèse, les rites sauvages et charmants de ses fils, le retour de l’un d’eux, portant en guise d’armure une carcasse sanglante de bœuf, autant de pages qui ne pouvaient avoir été écrites que par l’auteur du Livre des nuits.



Mon avis

Les premiers chapitres sont sombres et risquent de décourager. Ensuite la magie de Sylvie Germain opère avec des personnages fantaisistes ou plutôt à la limite de la réalité. Un récit tumultueux et si tragique, le milieu est rude, celui des bûcherons et les hommes aussi.
Lutte du bien contre le mal 8 étoiles

Dans le Morvan sombre, un hameau isolé en quasi-autarcie, des habitants frustes et attentifs aux rythmes de la nature. Des jalousies, des secrets enfouis dans les mémoires et jalousement gardés.

Un manichéisme symbolique qui entraîne forcément le lecteur d'un côté plutôt que de l'autre. Sylvie Germain parvient, avec ce roman de l'exaltation des mystères, à combattre efficacement la perception qu'on a des engrenages de la vie triviale pour nous entraîner, avec les héros de ce beau texte, vers les mystères, les vérités cachées, les natures sensibles et généreuses.

C'est Ephraïm, le fils de la Ferme-du-Pas, qui décide derechef de renoncer à son héritage pour épouser Reinette-la-Grasse et faire fructifier cette union avec neuf fils, neuf comme ce nombre symbolique lié à l'enfantement. Car tout est symbole chez Sylvie Germain dans ce roman.

C'est aussi la vieille Edmée qui, de sa dévotion à la Vierge, entraîne par son exemple toute la famille à sa suite, suscitant des démonstrations de ses petits-fils de ferveur au cœur de la forêt qui se fait refuge pour les amants maudits.

C'est aussi le sombre Ambroise Mauperthuis, personnage emblématique du temps, qui renie justement les signes, crache sur son honneur pour parvenir à amasser encore plus d'argent. Le Diable face aux Saints.

Ce roman est une très belle réussite, servi par une prose très délicate par l'auteur. Un style très précieux, ciselé, un récit qui prend le temps de familiariser le lecteur avec ses personnages, qui le guide dans la réflexion du combat entre l'intangible et la recherche du pouvoir et de l'emprise, son corollaire.

Vince92 - Zürich - 48 ans - 3 février 2026


Un voyage hors du temps 9 étoiles

Il était un corps fait de vie (x2)

Tout à la grâce de Marie.

Il était un corps fait de vie.



Un corps ample de chair bouffie (x2)

Qui sonnait l’amour et l’envie.

Il était un corps fait de vie.



De faim ce corps se tord, s’écrie : (x2)

Nourris-moi de viande rôtie.

Il était un corps fait de vie.



Au jour où décéda Marie (x2)

Neuf fois ce corps donna la vie.

Il était un corps fait de vie.



À ses enfants, âmes bénies, (x2)

Donne une bonté infinie.

Il était un corps fait de vie.



Puis, une des âmes partie, (x2)

Le corps se transforma en pluie.

Le corps avait bien moins de vie…



La mort calme ce qui l’ennuie, (x2)

L’amène à son âme chérie.

Le corps avait laissé sa vie.



* * *



Il était un roi gobelin (x2)

Colérique, avare et malin.

Il était un roi gobelin



Qui veillait du soir au matin (x2)

Sur son trésor, son précieux bien.

Il était un roi gobelin.



Quiconque entrait sur son terrain (x2)

Était accueilli par ses chiens.

Il était un roi gobelin.



À son trésor qu’un bois retient (x2)

Le roi soufflait des mots coquins.

Il était un roi gobelin.



Mais un matin un feu mutin (x2)

Brûla son palais gobelin.

Il n’était plus roi gobelin.



Alors deux cailloux assassins (x2)

Tuèrent l’or et l’aigrefin,

Vengèrent le fou gobelin.



La mort par la fenêtre vint, (x2)

Doucement le prit par la main.

Ainsi partit le gobelin.



* * *



Ce que j’ai adoré ces merveilleux contours !

Cette façon de dire sans que dégénère

La parole élancée en parole vulgaire !

Langage raffiné, poétiques détours.



Quand Sylvie Germain dit, je ne puis rester sourd.

Sa prose se déverse en une onde légère

Qui donne du brillant au plus mat des calcaires,

Et quand elle est au ciel, le vol me semble court.



J’en veux, j’en redemande encore et pour toujours !

Qu’elle peigne l’amour, la haine ou la colère,

Les trépas de l’hiver, les poussées printanières,

Elle peint du bon ton, la magie s’y fait jour !



On se sent transporter dans une haute tour,

En pierres d’autrefois, et qui se dresse altière

Devant un paysage aux odeurs de la terre,

Qui sent l’humus, le foin, le crottin, le labour.



Les personnages sont tissés dans le velours.

Chacun sa vibration, chacun son caractère

De pudeur, de fureur ou juste débonnaire,

La vache nourricière ou le glouton vautour.



Un point est malheureux : cette histoire d’amour

Que tout semblait mener vers une issue prospère

Vire d’un coup au drame à cause de deux pierres.

C’est un peu trop brutal ; l’eau a quitté son cours.

Froidmont - Laon - 34 ans - 1 octobre 2025


Un mauvais remake de tarzan ! 1 étoiles

Lisez le livre de la jungle, cette histoire inintéressante et désagréable présente des personnages sauvages et insuportable. A fuir !!!

Elevefache - - 20 ans - 17 juin 2022


L'amour et la haine 9 étoiles

Lire , c'est aussi pénétrer un univers . Il s'agit de s'approprier mentalement la trame d'un roman pour en apprécier les contours . Sylvie Germain a toujours su évoquer la tristesse des hommes , leur combat pour la survie dans un monde cruel pour faire resurgir en nous un brin d'humanisme . Notre conscience est en partie écorchée au fur et à mesure que nous tournons les pages de ses oeuvres. L’amour et la haine se livrent un incessant combat à travers ses romans . Notre statut de lecteur nous offre la possibilité de faire repousser la colère à chaque fois que Sylvie Germain nous en offre la possibilité en mettant en face de nos yeux "embués" des personnages qui malgré la dureté de la vie nous recommandent à plus de positivité dans un monde négatif .

KAMEL KIES

KAMEL KIES - - 72 ans - 3 janvier 2013


incontournable 10 étoiles

J'ai lu ce roman d'une traite, terrifié et émerveillé. Sublime, tout simplement sublime. Une élégance médiévale de la magie du récit, une intensité rare. A lire ABSOLUMENT.

Jimmyjimone - - 44 ans - 13 février 2010