Je découvre Camus sur les conseils avisés de Jules, d'abord la chute et maintenant l'étranger. Assurément ce sont des lectures qui poursuivent pendant longtemps. La derniÚre critique de Jules m'éclaire pas mal sur ce livre que je trouve fascinant et profondément dérangeant.
Ceci dit je ne partage pas le point de vue de l'auteur qui semble celui de Jules aussi. Lucien et Jules pensent que Meursault a compris quelque chose avant de mourir, je le pense aussi mais je ne suis pas sur de savoir ce qu'il a compris. Si c'est vraiment l'absence de sens de la vie ou son absurdité, alors pourquoi réclame-t-il une foule haineuse qui assiste à son execution ? Pour l'acclamer ? Et pourquoi veut-il des marches à l'échafaud (pas à l'escabeau comme je l'écris dans ma critique!) ? Pour s'élever vers le ciel, glorifier sa mort ?
Mon point de vue personnel est que le simple fait de poser la question "Il n'y a rien ?" suffit dĂ©jĂ Ă y rĂ©pondre. Toute personne sent confusĂ©ment qu'il y a quelque chose, sinon elle ne se poserait pas la question. Quant Ă savoir ce qu'il y a, c'est autre chose et dans ce domaine il ne saurait ĂȘtre question de certitudes, juste une conviction personnelle (ce qui n'exclut pas le doute).
Comme le dit Jules on n'est pas des vaches qu'on conduit à l'abattoir. A mon avis il suffit de dire que la vie est absurde pour se rendre compte qu'on vient de dire une absurdité.
Il faut lire aussi "Le désert des tartares" de Buzzati : arrivé au terme de son voyage, le lieutenant Drago y regarde la mort en face, courageusement, dans une grande et magnifique solitude. C'est un héro. Pourtant je ne sais pas non plus ce qu'il comprend à ce moment...
Je vais continuer mes lectures dans ce domaine, me basant sur les livres mentionnés par Jules.
Ceci dit je ne partage pas le point de vue de l'auteur qui semble celui de Jules aussi. Lucien et Jules pensent que Meursault a compris quelque chose avant de mourir, je le pense aussi mais je ne suis pas sur de savoir ce qu'il a compris. Si c'est vraiment l'absence de sens de la vie ou son absurdité, alors pourquoi réclame-t-il une foule haineuse qui assiste à son execution ? Pour l'acclamer ? Et pourquoi veut-il des marches à l'échafaud (pas à l'escabeau comme je l'écris dans ma critique!) ? Pour s'élever vers le ciel, glorifier sa mort ?
Mon point de vue personnel est que le simple fait de poser la question "Il n'y a rien ?" suffit dĂ©jĂ Ă y rĂ©pondre. Toute personne sent confusĂ©ment qu'il y a quelque chose, sinon elle ne se poserait pas la question. Quant Ă savoir ce qu'il y a, c'est autre chose et dans ce domaine il ne saurait ĂȘtre question de certitudes, juste une conviction personnelle (ce qui n'exclut pas le doute).
Comme le dit Jules on n'est pas des vaches qu'on conduit à l'abattoir. A mon avis il suffit de dire que la vie est absurde pour se rendre compte qu'on vient de dire une absurdité.
Il faut lire aussi "Le désert des tartares" de Buzzati : arrivé au terme de son voyage, le lieutenant Drago y regarde la mort en face, courageusement, dans une grande et magnifique solitude. C'est un héro. Pourtant je ne sais pas non plus ce qu'il comprend à ce moment...
Je vais continuer mes lectures dans ce domaine, me basant sur les livres mentionnés par Jules.
Difficile de te répondre comme cela, Saule, en quelques lignes entre deux choses à faire (toujours !). Mais je vais essayer...
Il y a une chose qu'il ne faut pas oublier, mais qu'il faut connaßtre pour mieux comprendre l'épisode de l'exécution. Elle s'est passée dans la vie de Camus et l'a fortement marqué: c'est l'histoire de son pÚre.
Un jour son pÚre était allé à la ville et avait assisté à une exécution publique, comme elles l'étaient à l'époque (voir le merveilleux livre de Michel Tournier "Le Roi des Aulnes" qui décrit aussi une telle scÚne). Le cÎté public n'a été supprimé que bien plus tard. Il en avait été tellement frappé qu'il en avait été malade en rentrant chez lui. Cela a fortement marqué le petit Albert qui en a gardé une haine profonde contre la peine de mort. C'est donc sous cet éclairage là qu'il faut comprendre tout ce qui touche à la peine de mort dans "L'Etranger" L'horreur donc pour la chose et pour la mise en scÚne par la société.
Entendons-nous aussi sur lse termes "la vie est absurde" Bien sĂ»r la vie est merveilleuse quand elle reste dans une logique et un cadre de vie que notre esprit peut comprendre. Mais qu'Ă©tait la vie pour l'esclave noir dont on vendait la femme et les enfants, ou lui-mĂȘme sans eux ? Qu'est-ce que la vie pour un homme ou une femme du quart -monde entourĂ© de tout notre luxe ? Pour ne pas encore aller jusqu'aux exemple des juifs transportĂ©s comme du bĂ©tail pour ĂȘtre traitĂ©s moins bien que des bĂȘtes ? LĂ , plus de logique ! L'enfant arrachĂ© Ă sa mĂšre par une maladie ? Plus de logique !
Si tout le fonctionnement de la nature respecte une logique profonde avec pour objectif de perpĂ©tuer la vie, il n'en est plus du tout de mĂȘme dans le comportement humain. Que le faible soit mangĂ© par le fort fait partie de la logique de l'univers, chaque espĂšce ne pouvant survivre qu'en se nourrissant d'une autre. Or, nous faisons intĂ©gralement partie de cette vie. Mais notre cerveau ne peut accepter (avec raison) que ce processus puissent s'accepter pour l'ĂȘtre humain.
Les notions de fatalitĂ© et de hasard nous perturbent profondĂ©ment, comme tout ce que nous ne contrĂŽlons pas. Or, elles font partie intĂ©grante de la vie. Nous cherchons toujours une logique qui n'existe fondamentalement plus quand un ĂȘtre est condamnĂ© alors qu'un autre passe au travers des mailles du filet. S'il n'y a pas de logique, il y a lĂ quelque chose d'absurde puisque nous ne pouvons le comprendre.
Une phrase que je viens de lire: "Pourquoi Dieu, cette entité autoritaire au pouvoir absolu de prodiguer le bien et le mal, avait-Il décidé de faire de son existence une série de deuils et d'incertitudes ?" (Guy de la ValdÚne, auteur américain) Pour cet homme, oui, la vie est absurde ! Tout au moins pour lui et pour ceux qui regardent et observent ce qui se passe autour d'eux.
Drago, que tu cites, a l'attitude que Camus prĂŽne et qui l'a fait entrer dans la rĂ©sistance: le monde est absurde, mais ce n'est pas une raison pour ne pas se comporter en Homme ! Absurde pour absurde autant la vivre la tĂȘte haute plutĂŽt que d'ĂȘtre un lĂąche ou un tortionnaire. La rĂ©volte contre un monde absurde, en se conduisant bien, en refusant la lĂąchetĂ©, en respectant l'autre, est pour lui une façon de nier cette absurditĂ©. Une lumiĂšre dans le long tunnel. L'homme se doit de vivre debout et ce faisant il dĂ©fie l'absurde, mĂȘme si le combat est inĂ©gal.
Voilà , en trÚs gros, quelques éléments de réponse. Mais seule une conversation pourrait permettre d'aller plus loin. Ici, nous écrivons un peu sous pression... Celle du temps.
Il y a une chose qu'il ne faut pas oublier, mais qu'il faut connaßtre pour mieux comprendre l'épisode de l'exécution. Elle s'est passée dans la vie de Camus et l'a fortement marqué: c'est l'histoire de son pÚre.
Un jour son pÚre était allé à la ville et avait assisté à une exécution publique, comme elles l'étaient à l'époque (voir le merveilleux livre de Michel Tournier "Le Roi des Aulnes" qui décrit aussi une telle scÚne). Le cÎté public n'a été supprimé que bien plus tard. Il en avait été tellement frappé qu'il en avait été malade en rentrant chez lui. Cela a fortement marqué le petit Albert qui en a gardé une haine profonde contre la peine de mort. C'est donc sous cet éclairage là qu'il faut comprendre tout ce qui touche à la peine de mort dans "L'Etranger" L'horreur donc pour la chose et pour la mise en scÚne par la société.
Entendons-nous aussi sur lse termes "la vie est absurde" Bien sĂ»r la vie est merveilleuse quand elle reste dans une logique et un cadre de vie que notre esprit peut comprendre. Mais qu'Ă©tait la vie pour l'esclave noir dont on vendait la femme et les enfants, ou lui-mĂȘme sans eux ? Qu'est-ce que la vie pour un homme ou une femme du quart -monde entourĂ© de tout notre luxe ? Pour ne pas encore aller jusqu'aux exemple des juifs transportĂ©s comme du bĂ©tail pour ĂȘtre traitĂ©s moins bien que des bĂȘtes ? LĂ , plus de logique ! L'enfant arrachĂ© Ă sa mĂšre par une maladie ? Plus de logique !
Si tout le fonctionnement de la nature respecte une logique profonde avec pour objectif de perpĂ©tuer la vie, il n'en est plus du tout de mĂȘme dans le comportement humain. Que le faible soit mangĂ© par le fort fait partie de la logique de l'univers, chaque espĂšce ne pouvant survivre qu'en se nourrissant d'une autre. Or, nous faisons intĂ©gralement partie de cette vie. Mais notre cerveau ne peut accepter (avec raison) que ce processus puissent s'accepter pour l'ĂȘtre humain.
Les notions de fatalitĂ© et de hasard nous perturbent profondĂ©ment, comme tout ce que nous ne contrĂŽlons pas. Or, elles font partie intĂ©grante de la vie. Nous cherchons toujours une logique qui n'existe fondamentalement plus quand un ĂȘtre est condamnĂ© alors qu'un autre passe au travers des mailles du filet. S'il n'y a pas de logique, il y a lĂ quelque chose d'absurde puisque nous ne pouvons le comprendre.
Une phrase que je viens de lire: "Pourquoi Dieu, cette entité autoritaire au pouvoir absolu de prodiguer le bien et le mal, avait-Il décidé de faire de son existence une série de deuils et d'incertitudes ?" (Guy de la ValdÚne, auteur américain) Pour cet homme, oui, la vie est absurde ! Tout au moins pour lui et pour ceux qui regardent et observent ce qui se passe autour d'eux.
Drago, que tu cites, a l'attitude que Camus prĂŽne et qui l'a fait entrer dans la rĂ©sistance: le monde est absurde, mais ce n'est pas une raison pour ne pas se comporter en Homme ! Absurde pour absurde autant la vivre la tĂȘte haute plutĂŽt que d'ĂȘtre un lĂąche ou un tortionnaire. La rĂ©volte contre un monde absurde, en se conduisant bien, en refusant la lĂąchetĂ©, en respectant l'autre, est pour lui une façon de nier cette absurditĂ©. Une lumiĂšre dans le long tunnel. L'homme se doit de vivre debout et ce faisant il dĂ©fie l'absurde, mĂȘme si le combat est inĂ©gal.
Voilà , en trÚs gros, quelques éléments de réponse. Mais seule une conversation pourrait permettre d'aller plus loin. Ici, nous écrivons un peu sous pression... Celle du temps.
Je découvre Camus sur les conseils avisés de Jules, d'abord la chute et maintenant l'étranger. Assurément ce sont des lectures qui poursuivent pendant longtemps. La derniÚre critique de Jules m'éclaire pas mal sur ce livre que je trouve fascinant et profondément dérangeant.
Ceci dit je ne partage pas le point de vue de l'auteur qui semble celui de Jules aussi. Lucien et Jules pensent que Meursault a compris quelque chose avant de mourir, je le pense aussi mais je ne suis pas sur de savoir ce qu'il a compris. Si c'est vraiment l'absence de sens de la vie ou son absurdité, alors pourquoi réclame-t-il une foule haineuse qui assiste à son execution ? Pour l'acclamer ? Et pourquoi veut-il des marches à l'échafaud (pas à l'escabeau comme je l'écris dans ma critique!) ? Pour s'élever vers le ciel, glorifier sa mort ?
Mon point de vue personnel est que le simple fait de poser la question "Il n'y a rien ?" suffit dĂ©jĂ Ă y rĂ©pondre. Toute personne sent confusĂ©ment qu'il y a quelque chose, sinon elle ne se poserait pas la question. Quant Ă savoir ce qu'il y a, c'est autre chose et dans ce domaine il ne saurait ĂȘtre question de certitudes, juste une conviction personnelle (ce qui n'exclut pas le doute).
Comme le dit Jules on n'est pas des vaches qu'on conduit à l'abattoir. A mon avis il suffit de dire que la vie est absurde pour se rendre compte qu'on vient de dire une absurdité.
Il faut lire aussi "Le désert des tartares" de Buzzati : arrivé au terme de son voyage, le lieutenant Drago y regarde la mort en face, courageusement, dans une grande et magnifique solitude. C'est un héro. Pourtant je ne sais pas non plus ce qu'il comprend à ce moment...
Je vais continuer mes lectures dans ce domaine, me basant sur les livres mentionnés par Jules.
Jules, merci pour ta réponse.
En espĂšrant ne pas paraĂźtre morbide, je vous livre un passage sur lequel je viens de tomber, une autre exĂ©cution capitale mais assez diffĂ©rente de celle de lâĂ©tranger. Je vous laisse deviner lâauteur. Plus loin il y a un long passage dans lequel il imagine lâĂ©tat dâesprit du condamnĂ© les dix minutes qui prĂ©cĂšdent lâexĂ©cution. Impressionnant ! Il faut dire que lâauteur savait de quoi il parlait, cela devrait vous aider Ă deviner de qui il sâagit.
âLe condamnĂ©, ce jours-lĂ , Ă©tait, paraĂźt-il, un homme sans peur, intelligent, dâĂąge mĂ»r, du nom de Legros. Eh bien, je vous assure, croyez-moi si vous voulez, en montant sur lâĂ©chafaud, il pleurait, il Ă©tait blanc comme du papier. Est-ce possible ? Nâest-ce pas affreux ? Vraiment peut-on pleurer dâĂ©pouvante, je ne dis pas un enfant, mais un homme qui nâavait jamais pleurĂ© auparavant, un homme de quarante-cinq ans ! Que se passe-t-il en cette minute dans lâĂąme ? A quelle convulsion est-elle amenĂ©e ? Câest un outrage Ă lâĂąme, pas autre chose ! Il est dit pourtant : « Tu ne tueras point. » Et voilĂ quâon tue un homme parce quâil a tuĂ© ! Non, câest inadmissible. Il y a dĂ©jĂ plus dâun mois que jâai assistĂ© Ă cette scĂšne, je la revois encore, comme si je lâavais devant les yeux. Jâen ai rĂȘvĂ© au moins cinq fois ».
En espĂšrant ne pas paraĂźtre morbide, je vous livre un passage sur lequel je viens de tomber, une autre exĂ©cution capitale mais assez diffĂ©rente de celle de lâĂ©tranger. Je vous laisse deviner lâauteur. Plus loin il y a un long passage dans lequel il imagine lâĂ©tat dâesprit du condamnĂ© les dix minutes qui prĂ©cĂšdent lâexĂ©cution. Impressionnant ! Il faut dire que lâauteur savait de quoi il parlait, cela devrait vous aider Ă deviner de qui il sâagit.
âLe condamnĂ©, ce jours-lĂ , Ă©tait, paraĂźt-il, un homme sans peur, intelligent, dâĂąge mĂ»r, du nom de Legros. Eh bien, je vous assure, croyez-moi si vous voulez, en montant sur lâĂ©chafaud, il pleurait, il Ă©tait blanc comme du papier. Est-ce possible ? Nâest-ce pas affreux ? Vraiment peut-on pleurer dâĂ©pouvante, je ne dis pas un enfant, mais un homme qui nâavait jamais pleurĂ© auparavant, un homme de quarante-cinq ans ! Que se passe-t-il en cette minute dans lâĂąme ? A quelle convulsion est-elle amenĂ©e ? Câest un outrage Ă lâĂąme, pas autre chose ! Il est dit pourtant : « Tu ne tueras point. » Et voilĂ quâon tue un homme parce quâil a tuĂ© ! Non, câest inadmissible. Il y a dĂ©jĂ plus dâun mois que jâai assistĂ© Ă cette scĂšne, je la revois encore, comme si je lâavais devant les yeux. Jâen ai rĂȘvĂ© au moins cinq fois ».
J'avoue, Saule, ne pas retrouver l'auteur de cet extrait mais je me souviens trĂšs bien des circonstances dans lesquelles j'ai lu ce texte, pendant un cours de français de cinquiĂšme annĂ©e. Mais j'ai tout de mĂȘme envie de rebondir sur le propos qu'il tient car il illustre trĂšs bien ce que je trouve d'inacceptable dans la peine de mort. Nombreuses personnes pour la peine capitale me disent que c'est justice pour quelqu'un qui a ĂŽtĂ© la vie et que, pour la famille des victimes, c'est un droit de la dĂ©sirer mais Ă cela, malgrĂ© l'empathie que l'on peut Ă©prouver Ă l'Ă©gard de ces familles, j'estime que c'est inconcevable qu'on lĂ©gitime le droit de tuer par le fait que celui/celle que l'on tue l'a commis avant.
C'est effectivement absurde. Personne n'a le droit de tuer, personne n'a le droit d'Îter la vie, quels que soient les actes de celui qu'on juge mériter la mort. Si tuer mérite l'exécution, alors tous les juges et exécutants doivent la mériter aussi.
Et de toute façon, la peine de mort ne rendra jamais une personne disparue.
C'est effectivement absurde. Personne n'a le droit de tuer, personne n'a le droit d'Îter la vie, quels que soient les actes de celui qu'on juge mériter la mort. Si tuer mérite l'exécution, alors tous les juges et exécutants doivent la mériter aussi.
Et de toute façon, la peine de mort ne rendra jamais une personne disparue.
Je suis entiĂšrement d'accord avec toi Bluewitch. C'est en outre un excellent texte Ă faire lire en classe, en tout cas il est difficile de rester insensible quand on le lit.
Voila un extrait supplémentaire. L'auteur sait de quoi il parle car il a échappé à l'exécution in-extremis (gracié au dernier moment). Je vous laisse encore un peu chercher quel est l'auteur...
«Enfin on le mĂšne Ă travers la ville, vers lâĂ©chafaud⊠Je pense que lĂ aussi, pendant quâon vous emmĂšne, on doit croire quâon a encore une vie infiniment longue devant soi. Il me semble quâil devait sĂ»rement se dire pendant le trajet : « Jâai encore longtemps Ă vivre, il me reste encore trois rues, puis encore cette rue-ci, puis celle oĂč il y a une boulangerie sur la droite [âŠ] Mais voici lâĂ©chelle qui conduit Ă lâĂ©chafaud, et devant cette Ă©chelle il se met tout Ă coup pleurer, et câĂ©tait pourtant un homme viril et fort, un terrible bandit paraĂźt-il. [âŠ]. DĂ©jĂ au pied de lâĂ©chelle, lâhomme Ă©tait trĂšs pĂąle, mais une fois sur lâĂ©chafaud il devint blanc comme un linge. Probablement les jambes lui manquaient, raides comme du bois, et il devait avoir la nausĂ©e, comme si quelque chose le chatouillait dans la gorge ; avez-vous jamais ressenti cela quand la conscience demeure entiĂšre mais nâa plus aucun pouvoir ? [âŠ] Câest curieux il est rare quâon sâĂ©vanouisse pendant ces derniĂšres secondes ! Au contraire le cerveau vit intensĂ©ment et dâune façon trĂšs active, trĂšs puissante mĂȘme, comme une machine en pleine action ; jâimagine le martĂšlement des pensĂ©es, toute inachevĂ©es, peut-ĂȘtre bizarres et mĂȘme drĂŽles : « Ce bonhomme qui me regarde, il a une verrue sur le front ; le bourreau a un des boutons de sa veste rouillĂ©e⊠» Et Ă ces instants on sait tout et on se souvient de tout ; il y a lĂ un point quâil nâest pas possible dâoublier, et on ne peut pas sâĂ©vanouir, et câest autour de ce point que tout tourne. Et pensez quâil en est ainsi jusquâau dernier quart de seconde, quand la tĂȘte est dĂ©jĂ sous le couperet et quâelle attend et⊠quâelle sait et entend tout Ă coup au-dessus dâelle le grincement du fer ! Car on ne peut pas ne pas lâentendre ! [âŠ] Et imaginez-vous, il y en a qui prĂ©tendent quâune fois la tĂȘte tombĂ©e, elle sait peut-ĂȘtre encore, pendant une seconde quâelle est tombĂ©e⊠Quelle sensation !»
Voila un extrait supplémentaire. L'auteur sait de quoi il parle car il a échappé à l'exécution in-extremis (gracié au dernier moment). Je vous laisse encore un peu chercher quel est l'auteur...
«Enfin on le mĂšne Ă travers la ville, vers lâĂ©chafaud⊠Je pense que lĂ aussi, pendant quâon vous emmĂšne, on doit croire quâon a encore une vie infiniment longue devant soi. Il me semble quâil devait sĂ»rement se dire pendant le trajet : « Jâai encore longtemps Ă vivre, il me reste encore trois rues, puis encore cette rue-ci, puis celle oĂč il y a une boulangerie sur la droite [âŠ] Mais voici lâĂ©chelle qui conduit Ă lâĂ©chafaud, et devant cette Ă©chelle il se met tout Ă coup pleurer, et câĂ©tait pourtant un homme viril et fort, un terrible bandit paraĂźt-il. [âŠ]. DĂ©jĂ au pied de lâĂ©chelle, lâhomme Ă©tait trĂšs pĂąle, mais une fois sur lâĂ©chafaud il devint blanc comme un linge. Probablement les jambes lui manquaient, raides comme du bois, et il devait avoir la nausĂ©e, comme si quelque chose le chatouillait dans la gorge ; avez-vous jamais ressenti cela quand la conscience demeure entiĂšre mais nâa plus aucun pouvoir ? [âŠ] Câest curieux il est rare quâon sâĂ©vanouisse pendant ces derniĂšres secondes ! Au contraire le cerveau vit intensĂ©ment et dâune façon trĂšs active, trĂšs puissante mĂȘme, comme une machine en pleine action ; jâimagine le martĂšlement des pensĂ©es, toute inachevĂ©es, peut-ĂȘtre bizarres et mĂȘme drĂŽles : « Ce bonhomme qui me regarde, il a une verrue sur le front ; le bourreau a un des boutons de sa veste rouillĂ©e⊠» Et Ă ces instants on sait tout et on se souvient de tout ; il y a lĂ un point quâil nâest pas possible dâoublier, et on ne peut pas sâĂ©vanouir, et câest autour de ce point que tout tourne. Et pensez quâil en est ainsi jusquâau dernier quart de seconde, quand la tĂȘte est dĂ©jĂ sous le couperet et quâelle attend et⊠quâelle sait et entend tout Ă coup au-dessus dâelle le grincement du fer ! Car on ne peut pas ne pas lâentendre ! [âŠ] Et imaginez-vous, il y en a qui prĂ©tendent quâune fois la tĂȘte tombĂ©e, elle sait peut-ĂȘtre encore, pendant une seconde quâelle est tombĂ©e⊠Quelle sensation !»
Bonjour Saule,
Je ne connais pas les extraits que tu nous a donnés. Mais comme c'est un jeu, difficile de m'en désintéresser. Alors j'ai cherché. Mais j'ai triché à mort en rùclant comme un furieux dans Google. Alors je dis que ce texte a été écrit par un auteur né un 30 octobre et mort un 28 janvier, 60 ans plus tard.
Je te laisse le plaisir de révéler de qui il s'agit et de me dire si j'ai raison ou tort.
Et si j'ai raison, c'est que Google a décidément une grosse culture.
Je ne connais pas les extraits que tu nous a donnés. Mais comme c'est un jeu, difficile de m'en désintéresser. Alors j'ai cherché. Mais j'ai triché à mort en rùclant comme un furieux dans Google. Alors je dis que ce texte a été écrit par un auteur né un 30 octobre et mort un 28 janvier, 60 ans plus tard.
Je te laisse le plaisir de révéler de qui il s'agit et de me dire si j'ai raison ou tort.
Et si j'ai raison, c'est que Google a décidément une grosse culture.
Oui pas de doutes, tu as trouvé. Il y avait une biographie de l'auteur sur le site mais on dirait qu'elles se sont perdues dans le nouveau site.
Le style est familier une fois qu'on sait qui c'est : écrit à la serpe pour reprendre une expression de Kinbote.
Allez le prochain qui trouve peut révéler le nom de l'auteur...
Le style est familier une fois qu'on sait qui c'est : écrit à la serpe pour reprendre une expression de Kinbote.
Allez le prochain qui trouve peut révéler le nom de l'auteur...
Bonjour Saule,
Je ne connais pas les extraits que tu nous a donnés. Mais comme c'est un jeu, difficile de m'en désintéresser. Alors j'ai cherché. Mais j'ai triché à mort en rùclant comme un furieux dans Google. Alors je dis que ce texte a été écrit par un auteur né un 30 octobre et mort un 28 janvier, 60 ans plus tard.
Je te laisse le plaisir de révéler de qui il s'agit et de me dire si j'ai raison ou tort.
Et si j'ai raison, c'est que Google a décidément une grosse culture.
Ou plutÎt : le prochain qui trouve pourra donner un indice supplémentaire :-)
Bolcho, je suis impressionné par la culture de google, et par ton talent de chercheur ! Pas évident de trouver des mots-clé pourtant avec juste une citation.
Bolcho, je suis impressionné par la culture de google, et par ton talent de chercheur ! Pas évident de trouver des mots-clé pourtant avec juste une citation.
Oui pas de doutes, tu as trouvé. Il y avait une biographie de l'auteur sur le site mais on dirait qu'elles se sont perdues dans le nouveau site.
Le style est familier une fois qu'on sait qui c'est : écrit à la serpe pour reprendre une expression de Kinbote.
Allez le prochain qui trouve peut révéler le nom de l'auteur...
Je pense avoir également trouvé, cette fois (j'ai aussi un peu triché, merci Google...). Si je dis que c'est un auteur russe, je me trompe, Saule??
Ou plutÎt : le prochain qui trouve pourra donner un indice supplémentaire :-)
Bolcho, je suis impressionné par la culture de google, et par ton talent de chercheur ! Pas évident de trouver des mots-clé pourtant avec juste une citation.
Oui il est Russe, né à Moscou en 1821 et mort à St Petersbourg en 1881. Autant le dire : c'est Dostoïevski. Les citations sont de l'Idiot. C'est une brique, mais passionnant, et avec les disgressions habituelles chez lui : ainsi ces scÚnes brillantes tombent au détour d'un dialogue, sans autre lien avec le récit.
Je pense avoir également trouvé, cette fois (j'ai aussi un peu triché, merci Google...). Si je dis que c'est un auteur russe, je me trompe, Saule??
Et il parlait d'expĂ©rience puisqu'il avait Ă©tĂ© condamnĂ© Ă ĂȘtre fussillĂ© et a Ă©tĂ© amenĂ© au poteau en mĂȘme temps que les autres condamnĂ©s.
Alors que cela n'a été, sur ordre secret du Tsar, qu'un simulacre d'exécution, il n'en demeure pas moins qu'un des condamnés est mort au poteau: d'un infar et de peur. Dostioïevski, lui, ira réfléchir sur son propre cas pendant cinq années dans "La maison des morts"...
Alors que cela n'a été, sur ordre secret du Tsar, qu'un simulacre d'exécution, il n'en demeure pas moins qu'un des condamnés est mort au poteau: d'un infar et de peur. Dostioïevski, lui, ira réfléchir sur son propre cas pendant cinq années dans "La maison des morts"...
Oui il est Russe, né à Moscou en 1821 et mort à St Petersbourg en 1881. Autant le dire : c'est Dostoïevski. Les citations sont de l'Idiot. C'est une brique, mais passionnant, et avec les disgressions habituelles chez lui : ainsi ces scÚnes brillantes tombent au détour d'un dialogue, sans autre lien avec le récit.
Je pense avoir également trouvé, cette fois (j'ai aussi un peu triché, merci Google...). Si je dis que c'est un auteur russe, je me trompe, Saule??
Et il parlait d'expĂ©rience puisqu'il avait Ă©tĂ© condamnĂ© Ă ĂȘtre fussillĂ© et a Ă©tĂ© amenĂ© au poteau en mĂȘme temps que les autres condamnĂ©s.
Alors que cela n'a été, sur ordre secret du Tsar, qu'un simulacre d'exécution, il n'en demeure pas moins qu'un des condamnés est mort au poteau: d'un infar et de peur. Dostioïevski, lui, ira réfléchir sur son propre cas pendant cinq années dans "La maison des morts"...
Alors que cela n'a été, sur ordre secret du Tsar, qu'un simulacre d'exécution, il n'en demeure pas moins qu'un des condamnés est mort au poteau: d'un infar et de peur. Dostioïevski, lui, ira réfléchir sur son propre cas pendant cinq années dans "La maison des morts"...
Oui il est Russe, né à Moscou en 1821 et mort à St Petersbourg en 1881. Autant le dire : c'est Dostoïevski. Les citations sont de l'Idiot. C'est une brique, mais passionnant, et avec les disgressions habituelles chez lui : ainsi ces scÚnes brillantes tombent au détour d'un dialogue, sans autre lien avec le récit.
Je pense avoir également trouvé, cette fois (j'ai aussi un peu triché, merci Google...). Si je dis que c'est un auteur russe, je me trompe, Saule??
Pour moi, dans L'Etranger, le véritable coupable est l'avocat qui a envoyé Meursault à la mort. Dans sa plaidoirie il le fait passer pour un homme monstrueux, il va jusqu'à insinuer qu'il aurait tué sa mÚre : « un homme qui tuait moralement sa mÚre », dit-il lors de sa plaidoirie... Simplement parce que personne ne l'a vu pleurer quand sa mÚre est morte.
Je pense qu'un avocat habile peut toujours mettre en avant certaines circonstances de la vie d'un homme pour le faire condamner sans rémission.
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Je me souviens qu'Ă la mort de mon pĂšre ma plus jeune sĆur Ă©tait montĂ©e sur son cercueil pour arrĂȘter la pendule qui se trouvait au dessus sur un meuble.
Nous avions passĂ© des jours Ă©pouvantables. Notre pĂšre bien aimĂ© Ă©tait mort Ă l'issue d'une agonie qui avait durĂ© longtemps. La famille s'Ă©tait rĂ©unie. Nous devions nous occuper de tout ; nous avions dĂ» remettre la maison en ordre, nous occuper de maman, recevoir les visites... Aux visiteurs qui venaient de loin, mes sĆurs devaient servir un cafĂ© avec une gosette ou une pĂątisserie pas trop dĂ©fraĂźchie ; il fallait prĂ©parer les repas, tĂ©lĂ©phoner aux connaissances, s'occuper des pompes funĂšbres, du mĂ©decin lĂ©giste, de l'annonce, recevoir le curĂ© pour prĂ©parer l'office religieux... bref, de quoi Ă©puiser les natures les plus robustes. Nous n'en pouvions plus... !
Enfin les croques morts sont venus faire la mise en biĂšre ; nous nous sommes rĂ©unis dans la piĂšce d'Ă cĂŽté ; maman s'est endormie et on restait silencieux en entendant ces hommes qui faisaient leur mĂ©tier en jurant et en sâapostrophant bruyamment ... C'Ă©tait horrible !
Et puis, quand ils sont partis, nous nous sommes retrouvĂ©s entre frĂšres et sĆurs autour du cercueil, comme autrefois quand nous Ă©tions autour de la table familiale, certainement soulagĂ©s, comme si l'Ă©preuve Ă©tait finie. C'est alors que ma jeune sĆur a dit : « nous avons oubliĂ© d'arrĂȘter la pendule ! »
Je ne sais pas si cette coutume Ă cours partout mais, chez nous, c'est une tradition, on arrĂȘte les pendules dans la maison d'un mort.
Elle a pris une chaise, elle a enlevĂ© ses chaussure et elle a mis un pied sur la table ; mais il fallait arriver derriĂšre le boĂźtier et ouvrir la petite porte pour arrĂȘter le balancier ; elle risquait de faire tomber la pendule alors elle a escaladĂ© le cercueil et elle y est arrivĂ©e. Et elle s'est retournĂ©e triomphante ; mais, tout Ă coup, son regard s'est figĂ© sur la porte qui venait de s'ouvrir derriĂšre nous : dans l'embrasure de la porte il y avait un petit monsieur qui nous regardait avec stupĂ©faction. C'Ă©tait un vieil ami de la famille qui, voyant les portes ouvertes, Ă©tait entrĂ© sans faire de bruit ; et maintenant, il nous regardait, partagĂ© entre la consternation et la rĂ©probation.
Nous l'avons conduit au salon, nous avons réveillé notre mÚre et ils ont échangé des paroles éplorées pendant un bon quart d'heure... Un quart d'heure durant lequel, dans la piÚce d'à cÎté, rassemblés autour du cercueil de notre pÚre, nous avons été pris d'un fou-rire sans fin, comme au bon vieux temps de notre enfance, quand nos parents faisaient des efforts désespérés pour tenter de nous éduquer et qu'un d'entre nous faisait le pitre pour nous faire rire...
Mais je pense aujourd'hui que si ce cher monsieur avait Ă©tĂ© un avocat mal intentionnĂ©, il aurait pu nous faire passer pour des monstres ; il aurait pu dire au tribunal « je les ai entendu se marrer autour du cercueil de leur pĂšre, pendant que je consolais leur malheureuse mĂšre... J'ai mĂȘme vu, de mes yeux vu, la plus jeune fille de la maison qui se pavanait Ă pieds nus sur le cercueil... » Et il aurait pu ajouter, comme l'a fait le procureur au procĂšs Meursault, dans lâĂtranger : « ces enfants ont moralement assassinĂ© leur pĂšre ».
Je pense que si nous avions dĂ» passer au tribunal pour une affaire quelconque, un avocat de la trempe du procureur au procĂšs de lâĂtranger, nous aurait joyeusement envoyĂ© Ă la guillotine !
Mais, finalement, ce serait peut-ĂȘtre un bien pour un mal : je ne serais pas lĂ , aujourd'hui, Ă vous bassiner les cĂŽtes avec ce nouvel Ă©pisode de cette interminable sĂ©rie : je vous raconte ma vie.
;-))
Je pense qu'un avocat habile peut toujours mettre en avant certaines circonstances de la vie d'un homme pour le faire condamner sans rémission.
Â
Je me souviens qu'Ă la mort de mon pĂšre ma plus jeune sĆur Ă©tait montĂ©e sur son cercueil pour arrĂȘter la pendule qui se trouvait au dessus sur un meuble.
Nous avions passĂ© des jours Ă©pouvantables. Notre pĂšre bien aimĂ© Ă©tait mort Ă l'issue d'une agonie qui avait durĂ© longtemps. La famille s'Ă©tait rĂ©unie. Nous devions nous occuper de tout ; nous avions dĂ» remettre la maison en ordre, nous occuper de maman, recevoir les visites... Aux visiteurs qui venaient de loin, mes sĆurs devaient servir un cafĂ© avec une gosette ou une pĂątisserie pas trop dĂ©fraĂźchie ; il fallait prĂ©parer les repas, tĂ©lĂ©phoner aux connaissances, s'occuper des pompes funĂšbres, du mĂ©decin lĂ©giste, de l'annonce, recevoir le curĂ© pour prĂ©parer l'office religieux... bref, de quoi Ă©puiser les natures les plus robustes. Nous n'en pouvions plus... !
Enfin les croques morts sont venus faire la mise en biĂšre ; nous nous sommes rĂ©unis dans la piĂšce d'Ă cĂŽté ; maman s'est endormie et on restait silencieux en entendant ces hommes qui faisaient leur mĂ©tier en jurant et en sâapostrophant bruyamment ... C'Ă©tait horrible !
Et puis, quand ils sont partis, nous nous sommes retrouvĂ©s entre frĂšres et sĆurs autour du cercueil, comme autrefois quand nous Ă©tions autour de la table familiale, certainement soulagĂ©s, comme si l'Ă©preuve Ă©tait finie. C'est alors que ma jeune sĆur a dit : « nous avons oubliĂ© d'arrĂȘter la pendule ! »
Je ne sais pas si cette coutume Ă cours partout mais, chez nous, c'est une tradition, on arrĂȘte les pendules dans la maison d'un mort.
Elle a pris une chaise, elle a enlevĂ© ses chaussure et elle a mis un pied sur la table ; mais il fallait arriver derriĂšre le boĂźtier et ouvrir la petite porte pour arrĂȘter le balancier ; elle risquait de faire tomber la pendule alors elle a escaladĂ© le cercueil et elle y est arrivĂ©e. Et elle s'est retournĂ©e triomphante ; mais, tout Ă coup, son regard s'est figĂ© sur la porte qui venait de s'ouvrir derriĂšre nous : dans l'embrasure de la porte il y avait un petit monsieur qui nous regardait avec stupĂ©faction. C'Ă©tait un vieil ami de la famille qui, voyant les portes ouvertes, Ă©tait entrĂ© sans faire de bruit ; et maintenant, il nous regardait, partagĂ© entre la consternation et la rĂ©probation.
Nous l'avons conduit au salon, nous avons réveillé notre mÚre et ils ont échangé des paroles éplorées pendant un bon quart d'heure... Un quart d'heure durant lequel, dans la piÚce d'à cÎté, rassemblés autour du cercueil de notre pÚre, nous avons été pris d'un fou-rire sans fin, comme au bon vieux temps de notre enfance, quand nos parents faisaient des efforts désespérés pour tenter de nous éduquer et qu'un d'entre nous faisait le pitre pour nous faire rire...
Mais je pense aujourd'hui que si ce cher monsieur avait Ă©tĂ© un avocat mal intentionnĂ©, il aurait pu nous faire passer pour des monstres ; il aurait pu dire au tribunal « je les ai entendu se marrer autour du cercueil de leur pĂšre, pendant que je consolais leur malheureuse mĂšre... J'ai mĂȘme vu, de mes yeux vu, la plus jeune fille de la maison qui se pavanait Ă pieds nus sur le cercueil... » Et il aurait pu ajouter, comme l'a fait le procureur au procĂšs Meursault, dans lâĂtranger : « ces enfants ont moralement assassinĂ© leur pĂšre ».
Je pense que si nous avions dĂ» passer au tribunal pour une affaire quelconque, un avocat de la trempe du procureur au procĂšs de lâĂtranger, nous aurait joyeusement envoyĂ© Ă la guillotine !
Mais, finalement, ce serait peut-ĂȘtre un bien pour un mal : je ne serais pas lĂ , aujourd'hui, Ă vous bassiner les cĂŽtes avec ce nouvel Ă©pisode de cette interminable sĂ©rie : je vous raconte ma vie.
;-))
Encore un épisode croustillant de cette fameuse série. Merci !
J'aime bien cet épisode, moi !
Ca montre que la notion de vĂ©ritĂ©, c'est tout de mĂȘme piĂ©geux.
Ca montre que la notion de vĂ©ritĂ©, c'est tout de mĂȘme piĂ©geux.
Si tu as d'autres histoires Ă nous raconter (avec ton talent habituel), surtout ne nous en prive pas SJB;-)
Moi aussi, j'en redemande...
Tu peux nous le dire maintenant, lequel des 2 as-tu inspiré à Hergé, Quick ou Flupke ?
Tu peux nous le dire maintenant, lequel des 2 as-tu inspiré à Hergé, Quick ou Flupke ?
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Tu peux nous le dire maintenant, lequel des 2 as-tu inspiré à Hergé, Quick ou Flupke ?
;-)))))
VoilĂ un Ă©pisode que jâignorais ; la plus jeune sĆur de SJB, câest madame ma mĂšre, et je ne manquerai pas de le lui rappeler lorsque nous fĂȘterons NoĂ«l avec elleâŠ
Bonjour Capucin ! Merci d'avoir fait remonter ce fil qui nous a nous permis de nous souvenir de SJB et de ses extraordinaires talents de conteur ! Sinon, à la vue de votre avatar et en songeant à Saule et ses longues virées australiennes, je constate que la famille est une famille de motards ! :D Et salutations à madame votre mÚre de la part de toute la communauté de CL, qui a été trÚs émue du décÚs de SJB...
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