Veneziano
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04/09/2026 @ 08:01:15
Je te remercie grandement Veneziano. C'est exactement ce qui peut m'aider et j'apprécie tes commentaires à chaque fois. Sur Max Ernst, c'est tout à fait ça. Ses toiles utilisent des techniques particulières : il mettait une peinture bien diluée par grosses touches, il plaquait du verre ou du papier puis la peinture bougeait au moment du décollement. ça lui donnait des premières formes suggestives. Ensuite il peignait par dessus. c'est étonnant ce rendu qui laisse immédiatement une impression de grand âge, ou "d'histoire" comme tu dis.


Je suis content que cela te convienne. C'est gentil.

Stavroguine
04/09/2026 @ 13:11:02
Je ne suis pas compétent pour parler d'art. Toutefois, les hommes qui marchent de Giacometti m'ont d'abord touché parce que je voyais dans leur longues silhouettes décharnées le souvenir des camps, les vidéos de la découverte d'Auschwitz et de ces hommes debout qui n'étaient pas très différents des cadavres que brassaient des pelleteuses - cadavres qui étaient encore debout la veille ou que les hommes debout auraient été le lendemain, certains le seraient. Aujourd'hui, ils m'évoquent plus généralement notre condition d'hommes à moitié cadavres dès la naissance, d'hommes à moitié vieillards qui se contentent de marcher — d'où ? vers quoi ? on ne le sait pas. C'est la foule du métro (autre image du 20e siècle : Les Temps modernes de Chaplin et son troupeau de moutons fondu en troupeau de travailleurs), mais réduite à l'individu, ce qui évite une sorte de mépris de classe, de s'imaginer différents parce qu'on ne se mêle pas au prolétariat dans les transports : même seul sur son île, on est ce cadavre en devenir qui "va de nulle part à n'importe où" (pour reprendre la formule de Claudel) et décliné à l'infini par le sculpteur démiurge.

Francis Ponge note aussi la taille disproportionnée des pieds de ces hommes : "Tout le poids du corps de l'homme descend vers ses pieds. On n'y peut rien", dit-il. On voudrait bien s'élever, mais on est attaché au sol. Le même Ponge note à ce propos que c'est cette même gravité qui tue le Christ sur la croix : destin humain, encore. On peut noter aussi l'étroitesse de la tête et en tirer des conclusions inverses : le peu de place pour l'idée, l'âme, la pensée : on n'est que matière. Tas de glaise pas bien fini.

Stavroguine
04/09/2026 @ 13:16:54
Il y a un très beau bouquin chez Citadelles & Mazenot qui s'intitule Ecrire la peinture. C'est là que j'avais pris connaissance la réflexion de Ponge sur les pieds des hommes de Giacometti. Si tu ne l'as pas encore consulté, je te le recommande : comme lui, des écrivains y parlent de leur rapport à un artiste ou un tableau.

Martin1
(Je lis...)
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07/09/2026 @ 07:58:20
Pardon pour le silence, j'étais en déplacement les trois derniers jours.

à Saule : ok, je n'avais jamais compris d'où venait ton ancien avatar ;) il est très beau !

à Stavro : merci beaucoup pour avoir partagé tes impressions sur les Hommes qui marchent. J'avais déjà fait le lien avec les victimes du nazisme, mais ma réflexion n'allait guère plus loin. Tes remarques sont à méditer, car je pense aborder cette oeuvre en cours. On sent dans ces figures une pesanteur, qui ne les empêchent nullement d'aller, marchant, vers une destination, mais cette dernière reste neutre et presque sans importance, puisque c'est la verticalité qui nous saisit d'abord, leur élancement, et leur pieds lourds et envasés, l'attraction entre ciel et terre.
Je vais me procurer ce livre !

Si avec le temps, d'autres oeuvres te reviennent en mémoire, n'hésite pas, tu es bon observateur.

Radetsky
(Je lis...)
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07/09/2026 @ 10:26:41
Martin, un vieux souvenir me revient...Lorsque je vivais en Ariège il m'est arrivé de tomber sur une exposition à St Girons, Foix, Pamiers je ne sais plus
Y figurait une oeuvre d'Ernest-Pignon-Ernest ; celle-ci présentait une cabine téléphonique (années 90) dans laquelle un être humain de sexe msculin, habillé "normalement" se contorisionnait, tentant manifestement par là de chercher à échapper à son enfermement.
J'ai fait immédiatement le rapprochment avec la condition humaine, prisonnière de son corps, de sa culture, de la société, de son histoire, de ses croyances, etc. etc.
Je pense qu'il a poursuivi dans cette veine, mais en tout cas il s'est illustré aussi par le dessin, et "l'art urbain" (comme Banksy, Warhol etc.).


Eric Eliès
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08/09/2026 @ 23:32:44
@Martin, je ne peux pas te citer une oeuvre car aucune oeuvre singulière ne m'a jamais "sidéré". J'aime la peinture mais j'ai besoin de cheminer dans un parcours pour m'immerger et ressentir la présence du peintre, sa manière de voir et de donner à voir. C'est pourquoi j'aime les expositions et les musées consacrées à un peintre unique (comme par exemple le musée Chagall à Nice). En fait, dans mon ressenti, je fais une distinction très nette entre la peinture et la musique ou la littérature car un tableau se dévoile immédiatement et en totalité à la vision tandis qu'une oeuvre musicale ou littéraire impose une temporalité qui créé une immersion et un détachement qu'une peinture ne peut procurer avec la même intensité. En conséquence, la peinture que je privilégie est la peinture symboliste (au sens très large, jusqu'au surréalisme), notamment Gauguin, car c'est une peinture qui m'interroge et m'impose un travail d'immersion dans ses détails, sa composition, ses intentions pour la déchiffrer et l'interpréter.

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