Agnesfl
14/05/2026 @ 09:23:37
TIFFANY HUOT-MARCHAND


Tiffany Huot-Marchand a Ă©tĂ© championne d’Europe 2021 en short track et mĂ©daillĂ©e d’argent aux championnats du Monde en relais (2022). Suite Ă  une trĂšs grave chute, elle a du arrĂȘter ce sport se retrouvant tĂ©traplĂ©gique complĂšte. Mais possĂ©dant des ressources insoupçonnĂ©es, elle a su rebondir en grande championne et se consacre maintenant au para cyclisme Ă  haut niveau... Son livre «  Avec toute mon Ăąme » publiĂ© aux Ă©ditions en exergue raconte son incroyable combat


Avant de parler de votre grave accident pourriez-vous dire ce qu’est le short-track et Ă©voquer les principales qualitĂ©s pour exceller dans ce sport?
C’est du patinage de vitesse sur courte distance : 500 , 1000 et 1500 m qui exige de l’explosivitĂ©, du sens tactique, et la mise en place d’une stratĂ©gie .Comme ça va ,vite, c’est trĂšs important d’ĂȘtre lucide et de savoir prendre des dĂ©cisions trĂšs rapidement.

C’est la CorĂ©e du Sud le pays roi avec des entraĂźneurs parfois violents qui n’hĂ©sitent pas Ă  maltraiter des gamines!
Un peu moins maintenant mĂȘme si le niveau est toujours trĂšs Ă©levĂ©. Le Canada, Les Pays Bas sont aussi trĂšs forts. Quand j’ai commencĂ© le short track et mĂȘme pendant ma carriĂšre, la CorĂ©e du Sud Ă©tait vraiment au-dessus du lot en terme de rĂ©sultats. On prenait beaucoup exemple sur eux, et beaucoup d’équipes nationales prenaient des coaches corĂ©ens dont la France. Culturellement parlant, c’est un gros choc, une autre mentalitĂ© et c’est trĂšs exigent. Mais je ne suis pas sĂ»re que ça change vraiment les athlĂštes.

Vous mĂȘme avez eu des problĂšmes avec un entraĂźneur!
Oui, ce fut trĂšs compliquĂ© pendant un long moment. J’ai fait une dĂ©pression suite Ă  ça et j’ai du ĂȘtre suivie par une psychologue avec antidĂ©presseurs Ă  la clĂ© pendant un temps. Cette situation m’a beaucoup affaiblie avec une grosse perte de confiance en moi mĂȘme si je n’avais pas du tout envie d’arrĂȘter le short track. Au contraire, j’avais envie de me prouver que le systĂšme avait un problĂšme et que c’était impensable de garder une telle personne Ă  la tĂȘte d’une Ă©quipe. Je me suis vraiment battue, et j’ai fini par trouver des solutions et par ĂȘtre Ă©paulĂ©e...


Malheureusement une chute vous a contrainte à abandonner le haut niveau. Pourriez-vous expliquer les circonstances et les conséquences?
Lors d’une compĂ©tition aux Pays-Bas le 9 octobre 2022, une adversaire m’a fait chuter ce qui peu arriver en course, mais malheureusement, je me suis mal rĂ©ceptionnĂ©e dans les protections. Je me suis fracturĂ©e, dĂ©placĂ©e une cervicale avec une atteinte au niveau de la moelle Ă©piniĂšre. Et je me suis retrouvĂ©e entiĂšrement tĂ©traplĂ©gique. Je pouvais uniquement cligner des yeux et on m’a annoncĂ© que je ne remarcherai sans doute jamais. Puis j’ai commencĂ© la rééducation, j’en ai beaucoup bavĂ© et aujourd’hui, je suis tĂ©traplĂ©gique incomplĂšte. J’ai partiellement retrouvĂ© mon autonomie, je peux marcher, faire du sport, mais j’ai Ă©normĂ©ment de cicatrices.

Quelles sont vos séquelles?
La spasticitĂ©, avec des tremblements , des muscles trĂšs raides, des spasmes et des organes qui ont Ă©tĂ© touchĂ©s comme par exemple la vessie. Des douleurs neuropathiques quotidiennes. Cela peut se manifester par des brĂ»lures, des dĂ©mangeaisons, toutes sortes de sĂ©quelles. Je suis toujours suivie en rééducation mĂȘme si c’est plus espacĂ© qu’au dĂ©but et je suis sous traitement. J’ai aussi une atrophie plus ou moins prĂ©sente au niveau des deux bras avec un manque de force notamment du cĂŽtĂ© droit et dans le corps de maniĂšre gĂ©nĂ©rale.


Vous avez malgré tout gardĂ© un mental de championne et Ă©tiez persuadĂ© que vous alliez vous en sortir mĂȘme si Ă  un moment donnĂ©, vous avez songĂ© Ă  avoir recours Ă  l’euthanasie!!
Oui jmais cette pensĂ©e n’a pas durĂ© trĂšs lo’ngtemps. J’étais plutĂŽt dans le dĂ©ni ce qui m’a beaucoup aidĂ©e. J’étais persuadĂ©e que j’allais pouvoir retrouver ma passionn et le sport de haut niveau. J’ai commencĂ© Ă  rĂ©cupĂ©rer au bout de trois semaines avec une grande progression dans les premiers mois. Par la suite, j’ai stagnĂ© et maintenant ça redescend un peu. Mais je n’ai vraiment pas Ă  me plaindre car j’ai bien rĂ©cupĂ©rĂ©.

Au niveau personnel qu’avez-vous fait en plus de la rééducation?
Etant donnĂ© que j’étais dĂ©jĂ  dans le milieu du sport, j’étais suivie par un prĂ©parateur mental et j’avais beaucoup d’outils dans mon escarcelle. Que ce soit le yoga, la visualisation, et Ă©galement la thĂ©rapie miroir avec un kinĂ©. Sur un Ă©cran je voyais ma main bouger. Plus de la mĂ©ditation, des exercices de respiration. Ce sont des pratiques dont on parle peu en France mais qui m’ont aidĂ©e Ă  rester calme, lucide et Ă  me sentir bien aussi bien physiquement que psychologiquement...
Je voulais tout donner avec mon corps plutît qu’avec mon coeur et ne voulais avoir aucun regret.


GrĂące Ă  la mentalitĂ© qui rĂšgne aux Pays-bas (importance de l’entourage dans la pathologie), vous aves Ă©tĂ© trĂšs entourĂ©e (famille, compagnon, amis).
Oui le fait que l’on ait admis mes proches a fait la diffĂ©rence car on se sent mieux surtout quand on est soignĂ© Ă  l’étranger et que l’on se retrouve dans une situation aussi grave. On est loin de son pays, de sa maison mĂȘme si les Pays Bas ne sont pas un pays trĂšs Ă©loignĂ©s. Mais il y a quand mĂȘme la barriĂšre de la langue...

Qu’est ce qui a Ă©tĂ© le plus dur dans cette pĂ©riode si Ă©prouvante?
C’est un mĂ©lange de beaucoup de choses, mais dans un premier temps c’était le fait que l’on me dise que je ne pourrai plus faire du haut niveau. C’était brutal, et il faut beaucoup de courage pour un sportif de haut niveau pour mettre un terme Ă  sa carriĂšre, c’est toute sa vie. Et on ne m’a pas laissĂ© le choix. J’ai poussĂ© mon corps dans des circonstances vraiment trĂšs dures et je me suis dit « tous ces efforts pour rien » » alors que ce n’est pas le cas. J’en ai pris conscience aprĂšs...


En plus, vous avez subi en mĂȘme temps une autre grosse Ă©preuve le suicide de votre frĂšre!
Oui ça a Ă©tĂ© vraiment trĂšs dur et ce sera toujours ainsi jusqu’à la fin de mes jours. J’avoue qu’ensuite j’ai Ă©normĂ©ment relativisĂ© sur la vie, sur tout...


Vous vous consacrez maintenant à un autre sport, le vélo!
Quand je faisais du short track, je pratiquais dĂ©jĂ  le vĂ©lo, j’aimais pĂ©daler. Je n’avais jamais fait de courses, mais je m’étais dit qu’aprĂšs ma carriĂšre je me lancerai dans ce sport. Et c’est arrivĂ© plus tĂŽt que prĂ©vu avec le para cyclisme et une coupe du monde Ă  laquelle j’ai participĂ©.. Je me suis fixĂ©e comme objectif d’ĂȘtre sĂ©lectionnĂ©e pour les jeux paralympiques de 2028 Ă  Los Angeles. Ce serait quand mĂȘme incroyable de passer des Jeux Olympiques valides aux jeux paralympiques aprĂšs ce qui m’est arrivĂ©. C’est un gros dĂ©fi mais je m’en sens capable. Le sport a toujours fait partie de ma vie et l’hygiĂšne de la sportive de haut niveau je connais . Je pars donc avec de bonnes bases. Les sĂ©lections se font sur deux ans et se dĂ©rouleront Ă  partir de 2027, je saurai si j’y suis parvenue en 2028. Il faut faire des podiums en coupe du monde sur les championnats.
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Avec votre handicap pouvez-vous pratiquer d’autres sports?
Je peux mais c’est quand mĂȘme assez limitĂ© physiquement. J’ai fait un marathon mais cela a reprĂ©sentĂ© un Ă©norme effort. Je ne cours plus, et c’était traumatisant. J’ai du faire des examens notamment des IRM pour contrĂŽler si tout Ă©tait normal. Je me concentre vraiment sur le vĂ©lo surtout que je reprends une vie de sportive de haut niveau ce qui demande beaucoup de temps et d’énergie.


Vous avez prĂ©parĂ© un diplĂŽme universitaire de prĂ©paration mentale. Vous en ĂȘtes-vous servie?
A titre personnel oui mais pas plus car je suis partie faire un pĂ©riple en vĂ©lo avec mon compagnon juste aprĂšs. Mais j’en ai bien l’intention. Uniquement dans le sport? Pas forcĂ©ment. Je ne suis pas fermĂ©e Ă  l’idĂ©e de suivre d’autres personnes qui en ont besoin. Pour gagner en confiance, pour prĂ©parer un concours ou un examen.


Avez-vous d’autres projets?
Je fais partie de la Commission des athlĂštes pour les Jeux Olympiques valides et paralympiques de 2030 dans les Alpes françaises. Le but est de faire rayonner ces jeux; on vient juste de dĂ©buter la mission. Je serai sur les commissions environnementales afin que les infrastructures puissent se perpĂ©tuer dans le temps et m’occuperai Ă©galement de l’organisation pour que tout se passe bien pour les athlĂštes.


Que pensez-vous de la situation du handisport à l’heure actuelle?
On ne se rend pas compte des athlĂštes prĂ©sents dans ce milieu, et c’est dommage. Ce n’est pas mĂ©diatisĂ© et je connais un peu ces galĂšres de ne pas ĂȘtre mise en avant avec le short track. On est mis en lumiĂšre uniquement tous les quatre ans pendant les Jeux paraympiques, ce qui est problĂ©matique . Le public a du mal Ă  suivre car il ne comprend pas les catĂ©gories de handicap et pourtant ce n’est pas tellement difficile Ă  comprendre. Si on mettait davantage d'humain derriĂšre l’histoire de chacun, cela bouleverserait les gens. Le niveau est trĂšs Ă©levĂ© et certains athlĂštes en para sont plus forts que certains valides. Ce constat me dĂ©sole mais je ne perds pas espoir car les mĂ©dias sont de plus en plus prĂ©sents. Les JO 2024 ont dĂ©jĂ  mis un coup de projecteur mais il ne faut pas en rester lĂ ....

Agnes Figueras-Lenattier

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