Eric Eliès
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03/05/2026 @ 22:58:20

C'est quand même mesquin de les revendre. Perso, je dépose dans la rue toutes les éditions scolaires dont on nous abreuve chaque année, une fois que j'ai fait mon choix. Et là aussi, quel gâchis ! Même si l'intérêt de l'éditeur me semble plus évident : un prof qui choisit son édition, c'est 30 à 120 élèves qui l'achètent.

Déposer dans la rue, c'est pas toujours évident ; je ne me vois pas faire ça chez moi. Les éditions scolaires, quand elles sont périmées, je les mets à la poubelle tout simplement ; ça me fait les muscles pour la sortir.


@Stavro, Feint : si vous parlez des livres scolaires, est-ce que vous avez le droit de les donner à des associations humanitaires ? Il y a plein de pays d'Afrique francophones qui sont en recherche de cahiers et supports scolaires. Quand j'étais sur les bateaux de la Marine, il arrivait qu'on assure le transport et la distribution au profit de ces associations dans les pays où nous faisions escale. Ou sinon il y aussi des associations d'aide à des immigrés qui donnent des cours de français à des adultes, pour les aider à mieux s'intégrer.

Stavroguine
04/05/2026 @ 10:08:51
Non, il n'y a pour ainsi dire plus de manuel proprement dit en francais au lycée. Mais des œuvres sont au programme du bac et sont renouvelées tous les ans. Donc tous les ans, tous les éditeurs scolaires font parvenir à tous les profs les trois œuvres qui integreront le programme à la rentrée suivante. Sachant qu'on étudiera qu'une seule de ces 3 œuvres (qui souvent sont déjà connues), ca fait beaucoup de déchet.

Eric Eliès
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04/05/2026 @ 23:01:54
Non, il n'y a pour ainsi dire plus de manuel proprement dit en francais au lycée. Mais des œuvres sont au programme du bac et sont renouvelées tous les ans. Donc tous les ans, tous les éditeurs scolaires font parvenir à tous les profs les trois œuvres qui integreront le programme à la rentrée suivante. Sachant qu'on étudiera qu'une seule de ces 3 œuvres (qui souvent sont déjà connues), ca fait beaucoup de déchet.


Désolé de la confusion : je pensais que Feint et toi parliez des manuels.

Sinon, j'ai lu quelques-uns des articles traitant de la mise en redressement de Gibert, que Feint m'a apprise (ce qui m'embêterait bien car j'aime y aller de temps en temps). Ils citent en général quatre causes, pour expliquer les difficultés de Gibert et des librairies en général :
- la concurrence du livre d'occasion
- la concurrence d'internet (Amazon, etc.)
- l'essor des liseuses et du ebook (donc pas si négligeable que ca ?)
- le désamour pour la lecture : les gens (notamment les jeunes) liraient de moins en moins (argument qui me semble un peu fallacieux car incohérent avec les 3 premiers : si les gens ne lisaient plus, l'occasion, les liseuses et les ventes de livres sur internet devraient également s'effondrer).
En revanche, ils n'évoquent pas la pression des éditeurs, la pression des propriétaires augmentant les loyers des libraires qui ne sont pas propriétaires des murs, etc. A Toulon, où je passe assez souvent, les librairies essayent de s'en sortir en développant des prestations annexes, notamment des coins café (souvent assez sympa d'ailleurs).

Feint
(Je lis...)
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05/05/2026 @ 18:13:57

En revanche, ils n'évoquent pas la pression des éditeurs, la pression des propriétaires augmentant les loyers des libraires qui ne sont pas propriétaires des murs, etc. A Toulon, où je passe assez souvent, les librairies essayent de s'en sortir en développant des prestations annexes, notamment des coins café (souvent assez sympa d'ailleurs).
Je ne pense pas qu'on puisse incriminer la "pression des éditeurs" comme cause des difficultés de rentabilité de la librairie. Certes il y a la cavalerie éditoriale pratiquée par certains gros éditeurs qui empêche les libraires de travailler comme ils voudraient, mais pas de vendre, car vendre reste le but recherché ; c'est une pratique qui nuit surtout à l'édition indépendante.
Que les gens lisent de moins en moins de livres, et surtout de littérature, et par dessus tout de poésie et de littérature de création, ça ne fait en revanche aucun doute. C'est intéressant de voir ce qui se passe actuellement pour la poésie contemporaine : c'est juste le futur de la littérature.

Eric Eliès
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05/05/2026 @ 21:33:12

C'est intéressant de voir ce qui se passe actuellement pour la poésie contemporaine : c'est juste le futur de la littérature.

Que veux-tu dire ?

Feint
(Je lis...)
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05/05/2026 @ 23:18:24

C'est intéressant de voir ce qui se passe actuellement pour la poésie contemporaine : c'est juste le futur de la littérature.


Que veux-tu dire ?
Les chiffres de vente. Celles de littérature (de création) aujourd'hui sont celles de la poésie il y a quelques années. Il ne reste que les livres à sujets sociétaux pour faire croire que la littérature se vend encore.

Eric Eliès
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06/05/2026 @ 11:29:04

C'est intéressant de voir ce qui se passe actuellement pour la poésie contemporaine : c'est juste le futur de la littérature.

Que veux-tu dire ?

Les chiffres de vente. Celles de littérature (de création) aujourd'hui sont celles de la poésie il y a quelques années. Il ne reste que les livres à sujets sociétaux pour faire croire que la littérature se vend encore.


Merci de ton retour. Je comprends mieux ton constat (inquiétant et assez terrible). Néanmoins, est-ce vraiment le cas ? La prochaine fois que j'irai chez Gibert, je leur demanderai s'ils ont bien vendu - ou pas - les livres de Laszlo Krasznahorkai. Ils avaient mis beaucoup de livres en rayon (et j'en avais acheté quelques-uns : neufs - pas d'occasion ! :D - et grand format, chez Cambourakis) et le tas m'a l'air d'avoir bien fondu.

Plus que les livres à sujets sociétaux, ce sont les polars, le "feel-good", le "new romance", etc. qui me semblent accaparer les listes de ventes. Quand les librairies invitent des auteurs "best-seller", il y a du monde : je me souviens d'avoir vu la librairie "Le divan" bien remplie quand David Foenkinos ou Aurélie Valognes étaient en dédicace... Et j'imagine l'hystérie si Freida McFadden venait en dédicace. En fait, la littérature à l'estomac a pris toute la place et il me semble que c'est une faillite de l'école, qui aurait un rôle immense à jouer pour sensibiliser à la littérature, au-delà de la lecture, et faire découvrir que la littérature a des choses essentielles à offrir au-delà du divertissement. A titre personnel, je n'aurai peut-être jamais lu Yves Bonnefoy si mon prof de philo, en terminale, ne nous en avait pas parlé (et j'étais en terminale dans un lycée technique, la seule classe généraliste de mon lycée qui n'avait rien d'élitiste).

Feint
(Je lis...)
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06/05/2026 @ 14:31:24

Néanmoins, est-ce vraiment le cas ? La prochaine fois que j'irai chez Gibert, je leur demanderai s'ils ont bien vendu - ou pas - les livres de Laszlo Krasznahorkai. Ils avaient mis beaucoup de livres en rayon (et j'en avais acheté quelques-uns : neufs - pas d'occasion ! :D - et grand format, chez Cambourakis) et le tas m'a l'air d'avoir bien fondu.
Sans le prix Nobel, ils en vendraient combien ? Les prix sont une aubaine pour les libraires - et restent juste une aubaine. Il est possible aussi, voire probable, qu'ils en aient déjà retourné un certain nombre aux éditeurs, depuis le temps.


Plus que les livres à sujets sociétaux, ce sont les polars, le "feel-good", le "new romance", etc. qui me semblent accaparer les listes de ventes. Quand les librairies invitent des auteurs "best-seller", il y a du monde : je me souviens d'avoir vu la librairie "Le divan" bien remplie quand David Foenkinos ou Aurélie Valognes étaient en dédicace... Et j'imagine l'hystérie si Freida McFadden venait en dédicace. En fait, la littérature à l'estomac a pris toute la place et il me semble que c'est une faillite de l'école, qui aurait un rôle immense à jouer pour sensibiliser à la littérature, au-delà de la lecture, et faire découvrir que la littérature a des choses essentielles à offrir au-delà du divertissement. A titre personnel, je n'aurai peut-être jamais lu Yves Bonnefoy si mon prof de philo, en terminale, ne nous en avait pas parlé (et j'étais en terminale dans un lycée technique, la seule classe généraliste de mon lycée qui n'avait rien d'élitiste).
Oui, je me limitais à la littérature "blanche".
Concernant les best-sellers, bien sûr il y en a encore. Mais précisément, peut-on dire que la littérature se vend encore parce que les livres de Foenkinos se vendent ? Ce sont des livres grand public, avec certes un peu de "littérature" dedans, mais diluée. Ce qui est significatif, c'est que ces livres, qui méritent bien sûr d'être publiés, le soient dans la collection blanche de Gallimard, laquelle est encore présentée comme une collection littéraire. Il y a là une forme de tromperie sur la marchandise de l'éditeur, une tromperie parfaitement consciente, qui conforte la croyance que, si, vous voyez bien, la littérature se vend encore, alors qu'en fait, non.

Feint
(Je lis...)
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06/05/2026 @ 15:01:19
une forme de tromperie sur la marchandise de l'éditeur
une forme de tromperie sur la marchandise de la part de l'éditeur

Eric Eliès
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06/05/2026 @ 18:28:57

Néanmoins, est-ce vraiment le cas ? La prochaine fois que j'irai chez Gibert, je leur demanderai s'ils ont bien vendu - ou pas - les livres de Laszlo Krasznahorkai. Ils avaient mis beaucoup de livres en rayon (et j'en avais acheté quelques-uns : neufs - pas d'occasion ! :D - et grand format, chez Cambourakis) et le tas m'a l'air d'avoir bien fondu.

Sans le prix Nobel, ils en vendraient combien ? Les prix sont une aubaine pour les libraires - et restent juste une aubaine. Il est possible aussi, voire probable, qu'ils en aient déjà retourné un certain nombre aux éditeurs, depuis le temps.


Plus que les livres à sujets sociétaux, ce sont les polars, le "feel-good", le "new romance", etc. qui me semblent accaparer les listes de ventes. Quand les librairies invitent des auteurs "best-seller", il y a du monde : je me souviens d'avoir vu la librairie "Le divan" bien remplie quand David Foenkinos ou Aurélie Valognes étaient en dédicace... Et j'imagine l'hystérie si Freida McFadden venait en dédicace. En fait, la littérature à l'estomac a pris toute la place et il me semble que c'est une faillite de l'école, qui aurait un rôle immense à jouer pour sensibiliser à la littérature, au-delà de la lecture, et faire découvrir que la littérature a des choses essentielles à offrir au-delà du divertissement. A titre personnel, je n'aurai peut-être jamais lu Yves Bonnefoy si mon prof de philo, en terminale, ne nous en avait pas parlé (et j'étais en terminale dans un lycée technique, la seule classe généraliste de mon lycée qui n'avait rien d'élitiste).

Oui, je me limitais à la littérature "blanche".
Concernant les best-sellers, bien sûr il y en a encore. Mais précisément, peut-on dire que la littérature se vend encore parce que les livres de Foenkinos se vendent ? Ce sont des livres grand public, avec certes un peu de "littérature" dedans, mais diluée. Ce qui est significatif, c'est que ces livres, qui méritent bien sûr d'être publiés, le soient dans la collection blanche de Gallimard, laquelle est encore présentée comme une collection littéraire. Il y a là une forme de tromperie sur la marchandise de l'éditeur, une tromperie parfaitement consciente, qui conforte la croyance que, si, vous voyez bien, la littérature se vend encore, alors qu'en fait, non.


Concernant Krasznahorkai, je l'ai découvert grâce au prix Nobel, de même que c'est grâce au Nobel que j'ai découvert Olga Tokarczuk (nota qui n'a rien à voir : on devrait autoriser les écrivains ayant reçu le prix Nobel comme mots valables au scrabble : pas évident à placer mais si on y arrive, c'est bingo ! :D). Le Nobel est l'un des (rares) prix qui me semblent être davantage qu'une aubaine pour les libraires !!!

Tu ne me réponds pas sur le volet scolaire. J'avoue que j'en suis pourtant curieux, que ce soit toi, ou Stavro, ou Thaut, ou Martin (ou d'autres : je pense qu'Amaury et Grégory Mion auraient aussi eu un mot - assez acerbe - sur le sujet) car s'il y a bien un lieu où tu peux faire naître un "désir" de littérature, c'est là !!! A titre perso, je sais qu'il y a plein d'auteurs que j'aurais sans doute raté (dont Yves Bonnefoy, j'y reviens toujours car je n'ai pas oublié le moment de cette lecture en classe, qui m'a touché parce qu'elle me posait des questions qui me semblaient essentielles sur mon rapport au monde) si des prof ne m'en avaient pas parlé. Outre les lectures imposées (même si j'en garde aussi un bon souvenir : j'ai lu Proust parce qu'il était au programme de maths sup. Au début, je l'ai pris comme une corvée mais j'ai été tellement subjugué que je me suis ensuite lancé dans le Cycle et je sais - pour en avoir discuté avec des collègues de classe en maths sup/maths spé - que je ne suis pas un cas isolé) il y a surtout ces moments d'échanges en classe, ou en dehors de la classe, quand les prof. discutent avec leurs élèves.

Feint
(Je lis...)
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06/05/2026 @ 19:03:11

Concernant Krasznahorkai, je l'ai découvert grâce au prix Nobel, de même que c'est grâce au Nobel que j'ai découvert Olga Tokarczuk (nota qui n'a rien à voir : on devrait autoriser les écrivains ayant reçu le prix Nobel comme mots valables au scrabble : pas évident à placer mais si on y arrive, c'est bingo ! :D). Le Nobel est l'un des (rares) prix qui me semblent être davantage qu'une aubaine pour les libraires !!!

Tu ne me réponds pas sur le volet scolaire. J'avoue que j'en suis pourtant curieux, que ce soit toi, ou Stavro, ou Thaut, ou Martin (ou d'autres : je pense qu'Amaury et Grégory Mion auraient aussi eu un mot - assez acerbe - sur le sujet) car s'il y a bien un lieu où tu peux faire naître un "désir" de littérature, c'est là !!! A titre perso, je sais qu'il y a plein d'auteurs que j'aurais sans doute raté (dont Yves Bonnefoy, j'y reviens toujours car je n'ai pas oublié le moment de cette lecture en classe, qui m'a touché parce qu'elle me posait des questions qui me semblaient essentielles sur mon rapport au monde) si des prof ne m'en avaient pas parlé. Outre les lectures imposées (même si j'en garde aussi un bon souvenir : j'ai lu Proust parce qu'il était au programme de maths sup. Au début, je l'ai pris comme une corvée mais j'ai été tellement subjugué que je me suis ensuite lancé dans le Cycle et je sais - pour en avoir discuté avec des collègues de classe en maths sup/maths spé - que je ne suis pas un cas isolé) il y a surtout ces moments d'échanges en classe, ou en dehors de la classe, quand les prof. discutent avec leurs élèves.
J'ai beaucoup de réserves sur les prix, y compris le Nobel, pour des raisons que j'ai déjà exposés sur d'autres fils. Le seul prix dont je suis un peu la sélection est le Wepler, mais les lecteurs ne savent pas que c'est le prix le plus fiable (dans l'ensemble) des prix décernés en France et il ne joue qu'un rôle très relatif pour les ventes.
Concernant le rôle de l'école, c'est difficile. En tant qu'enseignant, j'arrive bien mieux à faire passer le goût de l'écriture (mais ma position fausse un peu la donne) que celui de la lecture. Chez les jeunes, il y a beaucoup d'imitation. A partir de l'adolescence, la plupart arrête de lire, parce que leurs camarades ne lisent pas non plus, tout simplement. Et comme leurs parents ne lisent pas non plus, ils sont mal placés pour les pousser vers la lecture. Il est indéniable que les smartphones, les réseaux sociaux ont pris la place que la lecture occupait autrefois. Il y a encore une quinzaine d'années, dans le métro, on voyait encore beaucoup de gens lire des livres. On en voit de moins en moins.

Stavroguine
06/05/2026 @ 19:03:33
Je pense que c'est toujours notre objectif. Avant d'être profs, on a été lecteurs et les bons profs continuent de l'être. A titre personnel, je suis très reconnaissant de ce que la littérature m'a offert à l'adolescence en mettant d'abord des mots sur certaines choses qui me traversaient et que, faute de lumières suffisantes, je ne pouvais pas nommer, puis en me proposant des réponses, ou en ouvrant des pistes vers lesquelles mon entourage ne pouvait pas me guider. C'est ce que j'essaye de transmettre et je suis heureux rarement plus heureux en cours que quand un.e élève a envie de me parler d'un livre que j'ai fait lire (c'est arrivé cet après-midi avec La Maison de poupée et 1984), surtout avec leur enthousiasme d'ado. Mais on (je ?) n'en touche jamais qu'une petite minorité. D'abord parce qu'ils sont assez peu à lire, même quand on le leur impose, ensuite parce qu'au lycée, on est quand même très restreints. Les oeuvres étudiées sont imposées par les programmes et les exigences "techniques" de la matière (méthodologie, lecture linéaire de 16 texte à présenter au bac) prennent énormément de temps. Je me dis souvent que le cours de francais doit etre un enfer pour les élèves de 1re. En 2de, on a encore un peu de liberté. Feint doit avoir une expérience differente au collège ou on gagne en liberté ce qu'on perd peut-être en maturité des élèves. Mais j'aurais adoré avoir Feint comme prof et mon meilleur ami, prof également, fait des miracles avec ses collégiens ! C'est possible.

Minoritaire
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06/05/2026 @ 20:26:06
Les chiffres de vente. Celles de littérature (de création) aujourd'hui sont celles de la poésie il y a quelques années. Il ne reste que les livres à sujets sociétaux pour faire croire que la littérature se vend encore.
Heureusement, la poésie ne s'exprime pas que par la littérature.

Feint
(Je lis...)
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06/05/2026 @ 21:26:32
Un petit événement révélateur dont j'ai oublié de parler. Récemment a eu lieu à Paris le Salon de l'Autre Livre, à l'Espace Blancs Manteaux. C'est un salon organisé par des éditeurs indépendants qui a lieu en général à peu près en même temps que le Salon du Livre, l'autre, le Festival, comme on l'appelle maintenant, qui est devenu de moins en moins accessible aux éditeurs indépendants depuis son déménagement au Grand Palais. (Les régions y payaient pour un espace où les éditeurs régionaux pouvaient avoir de petites tables à des prix, disons, raisonnables. La plupart des régions se sont retirées, faute d'argent ; il ne restait cette année que l'Ile-de-France. Bref.) Le Salon de l'Autre Livre représente donc une sorte d'alternative pour les éditeurs indépendants - lesquels sont un peu, d'ailleurs, des éditeurs alternatifs. Mais il se trouve que l'Espace Blancs Manteaux est requis pendant l'hiver pour la bonne cause : abriter les sans-abris. Eh bien trois jours seulement avant l'ouverture du salon, il a été décidé de prolonger le dispositif pour les sans-abris, et de reporter le salon. Ça n'a pas beaucoup râlé parce qu'évidemment, tous les éditeurs et les auteurs se sentent solidaires des sans-abris. N'empêche : la plupart des éditeurs et des auteurs viennent de province, ont payé leur billet de train, ont réservé leur hôtel... Et il faut savoir que, dans l'ensemble, ce sont des gens, auteurs et éditeurs, qui ont peu ou très peu d'argent eux-mêmes (pas moi, je vous rassure, je suis riche : je suis prof). Mais cette difficulté n'a même pas effleuré les personnes qui ont pris cette décision, comme s'il n'y avait pas d'autres lieux à Paris. Le salon a finalement eu lieu sur le week-end du 1er mai ; inutile de vous dire qu'il n'y avait pas grand monde.

Eric Eliès
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06/05/2026 @ 22:46:17
Les chiffres de vente. Celles de littérature (de création) aujourd'hui sont celles de la poésie il y a quelques années. Il ne reste que les livres à sujets sociétaux pour faire croire que la littérature se vend encore.
Heureusement, la poésie ne s'exprime pas que par la littérature.

Je pense comprendre ce que tu veux dire mais à mettre de la poésie dans tous les arts, on dissout la poésie. Il y a des choses qui ne peuvent s'exprimer que par l'écrit, qui seul peut faire s'éveiller la "voix intérieure". A titre personnel, j'ai beaucoup de mal avec la "poésie" lue ou chantée, qui souvent ne va pas plus loin que la "jolie phrase".

Eric Eliès
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06/05/2026 @ 22:51:15
Un petit événement révélateur dont j'ai oublié de parler. Récemment a eu lieu à Paris le Salon de l'Autre Livre, à l'Espace Blancs Manteaux. C'est un salon organisé par des éditeurs indépendants qui a lieu en général à peu près en même temps que le Salon du Livre, l'autre, le Festival, comme on l'appelle maintenant, qui est devenu de moins en moins accessible aux éditeurs indépendants depuis son déménagement au Grand Palais. (Les régions y payaient pour un espace où les éditeurs régionaux pouvaient avoir de petites tables à des prix, disons, raisonnables. La plupart des régions se sont retirées, faute d'argent ; il ne restait cette année que l'Ile-de-France. Bref.) Le Salon de l'Autre Livre représente donc une sorte d'alternative pour les éditeurs indépendants - lesquels sont un peu, d'ailleurs, des éditeurs alternatifs. Mais il se trouve que l'Espace Blancs Manteaux est requis pendant l'hiver pour la bonne cause : abriter les sans-abris. Eh bien trois jours seulement avant l'ouverture du salon, il a été décidé de prolonger le dispositif pour les sans-abris, et de reporter le salon. Ça n'a pas beaucoup râlé parce qu'évidemment, tous les éditeurs et les auteurs se sentent solidaires des sans-abris. N'empêche : la plupart des éditeurs et des auteurs viennent de province, ont payé leur billet de train, ont réservé leur hôtel... Et il faut savoir que, dans l'ensemble, ce sont des gens, auteurs et éditeurs, qui ont peu ou très peu d'argent eux-mêmes (pas moi, je vous rassure, je suis riche : je suis prof). Mais cette difficulté n'a même pas effleuré les personnes qui ont pris cette décision, comme s'il n'y avait pas d'autres lieux à Paris. Le salon a finalement eu lieu sur le week-end du 1er mai ; inutile de vous dire qu'il n'y avait pas grand monde.

Je vois très bien les Blancs-Manteaux : on s'y était d'ailleurs croisés il y a quelques années ! :D Effectivement, ce que tu racontes n'est pas normal. Mais je ne pense pas que ça traduise un mépris des "petits éditeurs", ça reflète surtout une gestion au jour le jour des pouvoirs publics. Dans le 15ème, où je vis, les familles et les collèges protestent aussi contre la réquisition des gymnases par la mairie de Paris. Pas sur le fond mais sur la forme, parce que tout semble décidé sans planification et sans anticipation.

Feint
(Je lis...)
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07/05/2026 @ 12:31:20

Je vois très bien les Blancs-Manteaux : on s'y était d'ailleurs croisés il y a quelques années ! :D Effectivement, ce que tu racontes n'est pas normal. Mais je ne pense pas que ça traduise un mépris des "petits éditeurs", ça reflète surtout une gestion au jour le jour des pouvoirs publics.
Mais oui ! Je ne savais plus si c'était là ou au Marché de la Poésie. Je ne pense pas non plus que ça traduise un mépris des éditeurs indépendants ; je crois plutôt que ça traduit une méconnaissance profonde de ce que c'est que l'édition indépendante (en plus, en effet, d'une gestion au jour le jour des pouvoirs publics).

Eric Eliès
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10/05/2026 @ 00:31:16
On ne peut même pas en vouloir aux journalistes qui revendent, pour quelques centimes, leurs exemplaires de presse : il faut bien qu'ils se débarrassent de tous ces livres. Et ça aidait Joseph Gibert à vivre (je parle à l'imparfait car ça y est : la société est en redressement judiciaire).


Je suis passé chez Gibert (j'y ai acheté - neuf et en grand format ! :D - les poèmes de Vasyl Stus, édités chez "Noir et Blanc") et ai pris le temps de discuter un peu avec les vendeurs. Gibert a été mis en redressement (à sa demande, sans doute pour mieux gérer ses dettes) mais il n'y a pas d'inquiétude sur la pérennité des librairies de Saint-Michel : en revanche, les Gibert de province (comme celui de Marseille) sont menacés car trop déficitaires. Pour l'instant, les librairies vivent sur le stock : pendant la période de redressement (qui ne devrait pas durer très longtemps), il n'est pas possible de faire des commandes (aussi bien de livres que de disques).
Par ailleurs, concernant les livres de Krasznahorkai, ils n'ont pas vendu autant d'exemplaires qu'ils escomptaient mais ils ont vendu "correctement" et continuent à en vendre. En 2025, ils avaient constaté un effet Nobel bien plus fort pour Han Kang (mais je pense aussi que les livres de Han Kang sont beaucoup plus "grand public" que ceux de Krasznahorkai).

Feint
(Je lis...)
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10/05/2026 @ 12:22:48
édités chez "Noir et Blanc"
Noir sur Blanc, plutôt ;) Bonne maison, même si pas tout à fait française (suisse, plutôt) et pas tout à fait indépendante : elle fait partie du groupe Libella. Mais bon Libella, ça va, ça reste un groupe spécialisé dans l'édition, et qui n'a rien de monstrueux.

Eric Eliès
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10/05/2026 @ 13:15:29
édités chez "Noir et Blanc"
Noir sur Blanc, plutôt ;) Bonne maison, même si pas tout à fait française (suisse, plutôt) et pas tout à fait indépendante : elle fait partie du groupe Libella. Mais bon Libella, ça va, ça reste un groupe spécialisé dans l'édition, et qui n'a rien de monstrueux.


Noir sur Blanc, effectivement...Editeur suisse mais les Suisses ont de belles maisons d'édition : j'aime beaucoup Noir sur Blanc. Pour l'anecdote, j'ai lu que les poèmes de Vasyl Stus devaient initialement être publiés chez Fayard mais que Georges Nivat, le traducteur à l'initiative de l'édition, avait préféré chercher un autre éditeur. Vasyl Stus est un poète ukrainien, mort au goulag dans les années 80. Il avait été "défendu" par un jeune avocat pro-soviétique, qui avait tout fait pour charger son client (il avait plaidé coupable contre la volonté de Stus) et n'était autre que Medvedchuk, celui que Poutine voulait, au printemps 2022, installer à la tête de l'Ukraine après avoir chassé Zelensky. Medvedchuk est aujourd'hui en Russie (il avait été fait prisonnier puis échangé contre les survivants du bataillon Azov capturés à Marioupol par la Russie).

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