Agnesfl
13/10/2025 @ 05:22:50
Hallucination libanaise

Alors que LĂ©a s’apprĂȘtait Ă  quitter la ComĂ©die Française, oĂč elle avait assistĂ© Ă  la reprĂ©sentation du «  joueur » de Goldoni, une petite dame aux yeux bleus pĂ©tillants, et au sourire gracieux lui adressa la parole : «  Bonsoir, permettez-moi de vous demander ce que vous avez pensĂ© de la piĂšce? » « J’ai bien aimĂ©, rĂ©pondit LĂ©a, j’apprĂ©cie beaucoup l’humour de cet auteur . La mise en scĂšne Ă©tait bien rĂ©alisĂ©e. Elle traduisait bien l’esprit de Goldoni et les acteurs Ă©taient performants, et toute la troupe bien en harmonie. «  « Oui, tout Ă  fait d’accord avec vous »acquiesce Armelle

AprĂšs quelques paroles de plus, les deux femmes l’une d’environ 60 ans, LĂ©a l’autre Armelle d’environ 15 ans de plus, rĂ©alisĂšrent qu’elles n’habitaient pas loin l’une de l’autre et firent le trajet ensemble. Armelle raconta qu’elle avait fait ses Ă©tudes au Liban et avait ensuite travaillĂ© 10 ans dans ce pays. Avec grand regret, elle dut quitter le Liban, Ă  cause de la guerre. Lea ravie de cet Ă©change proposa qu’elles aillent au théùtre ensemble, et une amitiĂ© vit le jour.
« Voudrais-tu venir au Liban avec moi? »demanda Armelle. LĂ©a qui n’avait pas voyagĂ© depuis longtemps et qui en Ă©prouvait une certaine tristesse, ne se fit pas prier. De plus, elle ferait le voyage avec une personne qui serait comme une sorte de guide connaissant trĂšs bien les lieux. Une aubaine!
Et voilĂ  les billets d’avion achetĂ©s pour le mois suivant direction l’aĂ©roport de Beyrouth et l’hĂŽtel oĂč Armelle avait l’habitude de sĂ©journer. Une petite promenade dans la ville fut la bienvenue en ce dĂ©but d’aprĂšs-midi, avec une tempĂ©rature de 30°. Ce qui surprit le plus LĂ©a fut l’intense circulation et le bruit incessant des voitures qui roulaient, roulaient. Paris Ă  cĂŽtĂ© semblait si calme!

LĂ©a qui avait l’habitude de faire son jogging tous les matins de trĂšs bonne heure demanda Ă  son amie oĂč elle pouvait courir. «  N’importe oĂč, tu ne risques rien Ă  Beyrouth. LĂ©a un peu sceptique dĂ©cida malgrĂ© tout d’écouter son amie et le lendemain matin Ă  6h, elle courait prĂšs de l’hĂŽtel. Effectivement, tout semblait paisible, et personne ne sembla faire attention Ă  elle. Elle en fut un peu Ă©tonnĂ©e mais satisfaite.La seule chose qui lui sembla un peu pĂ©nible ce furent les voitures qui dĂ©bouchaient de partout avec les pots d’échappement qui lui causĂšrent un petit dĂ©sagrĂ©ment au niveau de la gorge

Les deux amies avaient rĂ©servĂ© un sĂ©jour de 9 jours et en profitĂšrent largement, chaque jour Ă©tant l’occasion d’une visite dans un endroit diffĂ©rent avec les commentaires avisĂ©s d’Armelle trĂšs cultivĂ©e cĂŽtĂ© architecture et religion. Et sans ressentir le poids des Ă©vĂ©nements politiques.
Tout d’abord la ville de SaĂŻda ville emblĂ©matique de l’ancienne PhĂ©nicie, avec son chĂąteau sur la mer et son splendide caravansĂ©rail ottoman. OĂč furent prĂ©sents au XVIIĂš siĂšcle des commerçants français accompagnĂ©s de leurs caravanes. Puis la ville trĂšs animĂ©e de Tripoli deuxiĂšme ville du Liban,avec le chĂąteau St Gilles, son souk, ses mosquĂ©es, ses hamamms, -et la meilleure pĂątisserie du Liban avec ses fameux biscuits . La forĂȘt de cĂšdres enthousiasma LĂ©a et la frustra en mĂȘme temps. Etant venue en taxi avec son amie un des modes de transport du pays avec les bus, , elle ne put beaucoup en profIter de peur que le chauffeur ne demande un supplĂ©ment
 Mais le peu qu’elle se promena lui donna l’impression de faIre corps avec cette belle nature et ces cĂšdres d’un vert envoĂ»tant et inspirant la paix. Le palais, rĂ©sidence d’étĂ© du prĂ©sident du Liban la fascina par sa majestĂ© et sa beautĂ© architecturale. Battroun, son point de vue sur la mer, ses petites ruelles pittoresques lui procurĂšrent des pensĂ©es romantiques et des envies de longues balades.
Tout cet ensemble l’enchanta mais ce fut la belle vIlle de Byblos qui la sĂ©duisit le plus. Quel charme, quelle sĂ©rĂ©nitĂ© dĂ©gageait cette ville avec son site antique romain donnant sur une dĂ©licieuse place, son port, ses charmantes maisons et sa belle Ă©glise. Et quand elle pĂ©nĂ©tra dans le cafĂ© PĂ©pĂ© ou de nombreuses personnalitĂ©s firent halte, elle fut saisie d’une hallucination. Au milieu de divers tableaux, elle eut la vision d’une magnifique oeuvre peinte par Gustav Klimt : une Ă©lĂ©gante joueuse de tennis avec une raquette dorĂ©e au milieu du site antique romain local dĂ©couvert par Ernest Renan qui avait vĂ©cu quelques temps par lĂ . Elle fut alors plongĂ©e dans un phĂ©nomĂšne paranormal, se retrouva Ă  l’époque d’Ernest Renan et fit sa connaissance. Elle apprit l’histoire de Byblos fondĂ©e vers 5000 av. JC, une des plus vieilles du monde si ce n’est la plus vieille Ă  avoir Ă©tĂ© continuellement habitĂ©e. DĂ©couvrit les secrets du site excavĂ© par l’archĂ©ologue français Maurice Dunand de 1924 Ă  1975, tomba amoureuse d’Ernest Renan Ă©crivain et philologue français, eut une liaison avec lui. Il se trouve qu’il jouait au tennis de temps Ă  autre comme LĂ©a passionnĂ©e par ce sport et tous deux visitĂšrent tout le Liban, raquette de tennis sous le bras. Ils firent des parties acharnĂ©es sans filet partout oĂč ils pouvaient et montĂšrent mĂȘme un magasin d’articles de tennis Ă  Tripoli dans un dĂ©cor byzantin. Des dĂ©corations inspirĂ©es de la collection de mosaĂŻques appartenant Ă  la banque Audi furent brodĂ©es sur les jupes et robes de tennis. Sur les raquettes, apparurent des citations d’Ernest Renan. Leur marque intitulĂ©e « Libtennis » devint la premiĂšre reprĂ©sentĂ©e dans les tournois du Grand Chelem et le tennis fut consacrĂ© premier sport du Liban. Une expĂ©rience tellement incroyable, qu’en rentrant en France LĂ©a dĂ©cida de se pencher sur la biographie d’Ernest Renan et de lire ses livres. Puis elle dĂ©cida de faire une thĂšse sur cet Ă©crivain et le texte remarquĂ© par la presse fit naĂźtre le prix Ernest Renan. Celui-ci consacra les Ă©crivains libanais les plus prestigieux et permit de propager la littĂ©rature libanaise en France. Depuis ce temps, LĂ©a fut considĂ©rĂ©e comme une bienfaitrice au Liban et fit disparaĂźtre petit Ă  petit, toutes les fausses idĂ©es circulant sur ce pays

Agnes Figueras-Lenattier

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