Hallucination libanaise
Alors que LĂ©a sâapprĂȘtait Ă quitter la ComĂ©die Française, oĂč elle avait assistĂ© Ă la reprĂ©sentation du « joueur » de Goldoni, une petite dame aux yeux bleus pĂ©tillants, et au sourire gracieux lui adressa la parole : « Bonsoir, permettez-moi de vous demander ce que vous avez pensĂ© de la piĂšce? » « Jâai bien aimĂ©, rĂ©pondit LĂ©a, jâapprĂ©cie beaucoup lâhumour de cet auteur . La mise en scĂšne Ă©tait bien rĂ©alisĂ©e. Elle traduisait bien lâesprit de Goldoni et les acteurs Ă©taient performants, et toute la troupe bien en harmonie. « « Oui, tout Ă fait dâaccord avec vous »acquiesce ArmelleâŠ
AprĂšs quelques paroles de plus, les deux femmes lâune dâenviron 60 ans, LĂ©a lâautre Armelle dâenviron 15 ans de plus, rĂ©alisĂšrent quâelles nâhabitaient pas loin lâune de lâautre et firent le trajet ensemble. Armelle raconta quâelle avait fait ses Ă©tudes au Liban et avait ensuite travaillĂ© 10 ans dans ce pays. Avec grand regret, elle dut quitter le Liban, Ă cause de la guerre. Lea ravie de cet Ă©change proposa quâelles aillent au théùtre ensemble, et une amitiĂ© vit le jour.
« Voudrais-tu venir au Liban avec moi? »demanda Armelle. LĂ©a qui nâavait pas voyagĂ© depuis longtemps et qui en Ă©prouvait une certaine tristesse, ne se fit pas prier. De plus, elle ferait le voyage avec une personne qui serait comme une sorte de guide connaissant trĂšs bien les lieux. Une aubaine!âŠEt voilĂ les billets dâavion achetĂ©s pour le mois suivant direction lâaĂ©roport de Beyrouth et lâhĂŽtel oĂč Armelle avait lâhabitude de sĂ©journer. Une petite promenade dans la ville fut la bienvenue en ce dĂ©but dâaprĂšs-midi, avec une tempĂ©rature de 30°. Ce qui surprit le plus LĂ©a fut lâintense circulation et le bruit incessant des voitures qui roulaient, roulaient. Paris Ă cĂŽtĂ© semblait si calme!âŠ
LĂ©a qui avait lâhabitude de faire son jogging tous les matins de trĂšs bonne heure demanda Ă son amie oĂč elle pouvait courir. « Nâimporte oĂč, tu ne risques rien Ă Beyrouth. LĂ©a un peu sceptique dĂ©cida malgrĂ© tout dâĂ©couter son amie et le lendemain matin Ă 6h, elle courait prĂšs de lâhĂŽtel. Effectivement, tout semblait paisible, et personne ne sembla faire attention Ă elle. Elle en fut un peu Ă©tonnĂ©e mais satisfaite.La seule chose qui lui sembla un peu pĂ©nible ce furent les voitures qui dĂ©bouchaient de partout avec les pots dâĂ©chappement qui lui causĂšrent un petit dĂ©sagrĂ©ment au niveau de la gorgeâŠ
Les deux amies avaient rĂ©servĂ© un sĂ©jour de 9 jours et en profitĂšrent largement, chaque jour Ă©tant lâoccasion dâune visite dans un endroit diffĂ©rent avec les commentaires avisĂ©s dâArmelle trĂšs cultivĂ©e cĂŽtĂ© architecture et religion. Et sans ressentir le poids des Ă©vĂ©nements politiques.
Tout dâabord la ville de SaĂŻda ville emblĂ©matique de lâancienne PhĂ©nicie, avec son chĂąteau sur la mer et son splendide caravansĂ©rail ottoman. OĂč furent prĂ©sents au XVIIĂš siĂšcle des commerçants français accompagnĂ©s de leurs caravanes. Puis la ville trĂšs animĂ©e de Tripoli deuxiĂšme ville du Liban,avec le chĂąteau St Gilles, son souk, ses mosquĂ©es, ses hamamms, -et la meilleure pĂątisserie du Liban avec ses fameux biscuits . La forĂȘt de cĂšdres enthousiasma LĂ©a et la frustra en mĂȘme temps. Etant venue en taxi avec son amie un des modes de transport du pays avec les bus, , elle ne put beaucoup en profIter de peur que le chauffeur ne demande un supplĂ©ment⊠Mais le peu quâelle se promena lui donna lâimpression de faIre corps avec cette belle nature et ces cĂšdres dâun vert envoĂ»tant et inspirant la paix. Le palais, rĂ©sidence dâĂ©tĂ© du prĂ©sident du Liban la fascina par sa majestĂ© et sa beautĂ© architecturale. Battroun, son point de vue sur la mer, ses petites ruelles pittoresques lui procurĂšrent des pensĂ©es romantiques et des envies de longues balades.
Tout cet ensemble lâenchanta mais ce fut la belle vIlle de Byblos qui la sĂ©duisit le plus. Quel charme, quelle sĂ©rĂ©nitĂ© dĂ©gageait cette ville avec son site antique romain donnant sur une dĂ©licieuse place, son port, ses charmantes maisons et sa belle Ă©glise. Et quand elle pĂ©nĂ©tra dans le cafĂ© PĂ©pĂ© ou de nombreuses personnalitĂ©s firent halte, elle fut saisie dâune hallucination. Au milieu de divers tableaux, elle eut la vision dâune magnifique oeuvre peinte par Gustav Klimt : une Ă©lĂ©gante joueuse de tennis avec une raquette dorĂ©e au milieu du site antique romain local dĂ©couvert par Ernest Renan qui avait vĂ©cu quelques temps par lĂ . Elle fut alors plongĂ©e dans un phĂ©nomĂšne paranormal, se retrouva Ă lâĂ©poque dâErnest Renan et fit sa connaissance. Elle apprit lâhistoire de Byblos fondĂ©e vers 5000 av. JC, une des plus vieilles du monde si ce nâest la plus vieille Ă avoir Ă©tĂ© continuellement habitĂ©e. DĂ©couvrit les secrets du site excavĂ© par lâarchĂ©ologue français Maurice Dunand de 1924 Ă 1975, tomba amoureuse dâErnest Renan Ă©crivain et philologue français, eut une liaison avec lui. Il se trouve quâil jouait au tennis de temps Ă autre comme LĂ©a passionnĂ©e par ce sport et tous deux visitĂšrent tout le Liban, raquette de tennis sous le bras. Ils firent des parties acharnĂ©es sans filet partout oĂč ils pouvaient et montĂšrent mĂȘme un magasin dâarticles de tennis Ă Tripoli dans un dĂ©cor byzantin. Des dĂ©corations inspirĂ©es de la collection de mosaĂŻques appartenant Ă la banque Audi furent brodĂ©es sur les jupes et robes de tennis. Sur les raquettes, apparurent des citations dâErnest Renan. Leur marque intitulĂ©e « Libtennis » devint la premiĂšre reprĂ©sentĂ©e dans les tournois du Grand Chelem et le tennis fut consacrĂ© premier sport du Liban. Une expĂ©rience tellement incroyable, quâen rentrant en France LĂ©a dĂ©cida de se pencher sur la biographie dâErnest Renan et de lire ses livres. Puis elle dĂ©cida de faire une thĂšse sur cet Ă©crivain et le texte remarquĂ© par la presse fit naĂźtre le prix Ernest Renan. Celui-ci consacra les Ă©crivains libanais les plus prestigieux et permit de propager la littĂ©rature libanaise en France. Depuis ce temps, LĂ©a fut considĂ©rĂ©e comme une bienfaitrice au Liban et fit disparaĂźtre petit Ă petit, toutes les fausses idĂ©es circulant sur ce paysâŠ
Agnes Figueras-Lenattier
Alors que LĂ©a sâapprĂȘtait Ă quitter la ComĂ©die Française, oĂč elle avait assistĂ© Ă la reprĂ©sentation du « joueur » de Goldoni, une petite dame aux yeux bleus pĂ©tillants, et au sourire gracieux lui adressa la parole : « Bonsoir, permettez-moi de vous demander ce que vous avez pensĂ© de la piĂšce? » « Jâai bien aimĂ©, rĂ©pondit LĂ©a, jâapprĂ©cie beaucoup lâhumour de cet auteur . La mise en scĂšne Ă©tait bien rĂ©alisĂ©e. Elle traduisait bien lâesprit de Goldoni et les acteurs Ă©taient performants, et toute la troupe bien en harmonie. « « Oui, tout Ă fait dâaccord avec vous »acquiesce ArmelleâŠ
AprĂšs quelques paroles de plus, les deux femmes lâune dâenviron 60 ans, LĂ©a lâautre Armelle dâenviron 15 ans de plus, rĂ©alisĂšrent quâelles nâhabitaient pas loin lâune de lâautre et firent le trajet ensemble. Armelle raconta quâelle avait fait ses Ă©tudes au Liban et avait ensuite travaillĂ© 10 ans dans ce pays. Avec grand regret, elle dut quitter le Liban, Ă cause de la guerre. Lea ravie de cet Ă©change proposa quâelles aillent au théùtre ensemble, et une amitiĂ© vit le jour.
« Voudrais-tu venir au Liban avec moi? »demanda Armelle. LĂ©a qui nâavait pas voyagĂ© depuis longtemps et qui en Ă©prouvait une certaine tristesse, ne se fit pas prier. De plus, elle ferait le voyage avec une personne qui serait comme une sorte de guide connaissant trĂšs bien les lieux. Une aubaine!âŠEt voilĂ les billets dâavion achetĂ©s pour le mois suivant direction lâaĂ©roport de Beyrouth et lâhĂŽtel oĂč Armelle avait lâhabitude de sĂ©journer. Une petite promenade dans la ville fut la bienvenue en ce dĂ©but dâaprĂšs-midi, avec une tempĂ©rature de 30°. Ce qui surprit le plus LĂ©a fut lâintense circulation et le bruit incessant des voitures qui roulaient, roulaient. Paris Ă cĂŽtĂ© semblait si calme!âŠ
LĂ©a qui avait lâhabitude de faire son jogging tous les matins de trĂšs bonne heure demanda Ă son amie oĂč elle pouvait courir. « Nâimporte oĂč, tu ne risques rien Ă Beyrouth. LĂ©a un peu sceptique dĂ©cida malgrĂ© tout dâĂ©couter son amie et le lendemain matin Ă 6h, elle courait prĂšs de lâhĂŽtel. Effectivement, tout semblait paisible, et personne ne sembla faire attention Ă elle. Elle en fut un peu Ă©tonnĂ©e mais satisfaite.La seule chose qui lui sembla un peu pĂ©nible ce furent les voitures qui dĂ©bouchaient de partout avec les pots dâĂ©chappement qui lui causĂšrent un petit dĂ©sagrĂ©ment au niveau de la gorgeâŠ
Les deux amies avaient rĂ©servĂ© un sĂ©jour de 9 jours et en profitĂšrent largement, chaque jour Ă©tant lâoccasion dâune visite dans un endroit diffĂ©rent avec les commentaires avisĂ©s dâArmelle trĂšs cultivĂ©e cĂŽtĂ© architecture et religion. Et sans ressentir le poids des Ă©vĂ©nements politiques.
Tout dâabord la ville de SaĂŻda ville emblĂ©matique de lâancienne PhĂ©nicie, avec son chĂąteau sur la mer et son splendide caravansĂ©rail ottoman. OĂč furent prĂ©sents au XVIIĂš siĂšcle des commerçants français accompagnĂ©s de leurs caravanes. Puis la ville trĂšs animĂ©e de Tripoli deuxiĂšme ville du Liban,avec le chĂąteau St Gilles, son souk, ses mosquĂ©es, ses hamamms, -et la meilleure pĂątisserie du Liban avec ses fameux biscuits . La forĂȘt de cĂšdres enthousiasma LĂ©a et la frustra en mĂȘme temps. Etant venue en taxi avec son amie un des modes de transport du pays avec les bus, , elle ne put beaucoup en profIter de peur que le chauffeur ne demande un supplĂ©ment⊠Mais le peu quâelle se promena lui donna lâimpression de faIre corps avec cette belle nature et ces cĂšdres dâun vert envoĂ»tant et inspirant la paix. Le palais, rĂ©sidence dâĂ©tĂ© du prĂ©sident du Liban la fascina par sa majestĂ© et sa beautĂ© architecturale. Battroun, son point de vue sur la mer, ses petites ruelles pittoresques lui procurĂšrent des pensĂ©es romantiques et des envies de longues balades.
Tout cet ensemble lâenchanta mais ce fut la belle vIlle de Byblos qui la sĂ©duisit le plus. Quel charme, quelle sĂ©rĂ©nitĂ© dĂ©gageait cette ville avec son site antique romain donnant sur une dĂ©licieuse place, son port, ses charmantes maisons et sa belle Ă©glise. Et quand elle pĂ©nĂ©tra dans le cafĂ© PĂ©pĂ© ou de nombreuses personnalitĂ©s firent halte, elle fut saisie dâune hallucination. Au milieu de divers tableaux, elle eut la vision dâune magnifique oeuvre peinte par Gustav Klimt : une Ă©lĂ©gante joueuse de tennis avec une raquette dorĂ©e au milieu du site antique romain local dĂ©couvert par Ernest Renan qui avait vĂ©cu quelques temps par lĂ . Elle fut alors plongĂ©e dans un phĂ©nomĂšne paranormal, se retrouva Ă lâĂ©poque dâErnest Renan et fit sa connaissance. Elle apprit lâhistoire de Byblos fondĂ©e vers 5000 av. JC, une des plus vieilles du monde si ce nâest la plus vieille Ă avoir Ă©tĂ© continuellement habitĂ©e. DĂ©couvrit les secrets du site excavĂ© par lâarchĂ©ologue français Maurice Dunand de 1924 Ă 1975, tomba amoureuse dâErnest Renan Ă©crivain et philologue français, eut une liaison avec lui. Il se trouve quâil jouait au tennis de temps Ă autre comme LĂ©a passionnĂ©e par ce sport et tous deux visitĂšrent tout le Liban, raquette de tennis sous le bras. Ils firent des parties acharnĂ©es sans filet partout oĂč ils pouvaient et montĂšrent mĂȘme un magasin dâarticles de tennis Ă Tripoli dans un dĂ©cor byzantin. Des dĂ©corations inspirĂ©es de la collection de mosaĂŻques appartenant Ă la banque Audi furent brodĂ©es sur les jupes et robes de tennis. Sur les raquettes, apparurent des citations dâErnest Renan. Leur marque intitulĂ©e « Libtennis » devint la premiĂšre reprĂ©sentĂ©e dans les tournois du Grand Chelem et le tennis fut consacrĂ© premier sport du Liban. Une expĂ©rience tellement incroyable, quâen rentrant en France LĂ©a dĂ©cida de se pencher sur la biographie dâErnest Renan et de lire ses livres. Puis elle dĂ©cida de faire une thĂšse sur cet Ă©crivain et le texte remarquĂ© par la presse fit naĂźtre le prix Ernest Renan. Celui-ci consacra les Ă©crivains libanais les plus prestigieux et permit de propager la littĂ©rature libanaise en France. Depuis ce temps, LĂ©a fut considĂ©rĂ©e comme une bienfaitrice au Liban et fit disparaĂźtre petit Ă petit, toutes les fausses idĂ©es circulant sur ce paysâŠ
Agnes Figueras-Lenattier
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