Pour rĂ©pondre Ă la question de Eric concernant la façon dont les juifs sont arrivĂ©s en Palestine en achetant les terres des Palestiniens, jâai cherchĂ© ce qui aurait pu exister comme tĂ©moignages directs concernant les faits ; et jâai dĂ©couvert un tĂ©moignage incroyable grĂące Ă un film documentaire de Michal Weitz ,lâarriĂšre petite fille de Joseph Weitz , le pĂšre des forĂȘts dâIsraĂ«l qui a participĂ© Ă la fondation de lâĂtat et surnommĂ© âlâarchitecte du transfert âdes Arabes hors de la Palestine.
Ce film étant introuvable apparemment en France, il a été relaté et commenté dans un blog indépendant sur Médiapart par Hejer Charf dont je vous donne des extraits tout en vous incitant à aller le lire au complet (voir référence au lien à la fin du texte).
Extraits du Blog :
Le titre du film BLUE BOX fait rĂ©fĂ©rence aux fameuses boĂźtes en mĂ©tal bleues, créées en 1901 par le Fonds national juif. Elles servaient Ă collecter des dons auprĂšs des communautĂ©s juives du monde entier pour financer lâachat des terres en Palestine.
Pendant quatorze ans, Michal Weits sâest plongĂ©e dans les 5 000 pages des journaux intimes de son arriĂšre-grand-pĂšre, oĂč il a consignĂ© avec une franchise glaçante et sans dĂ©tour, ses actions contre la population arabeâŠ
« Depuis deux jours, je mets tout en Ćuvre pour Ă©vincer les Arabes et libĂ©rer nos terres. Jâen ai la nausĂ©e. Suis-je vraiment en train de dĂ©possĂ©der ces gens des terres quâils cultivent depuis des annĂ©es ? Je fais taire cette voix pour me dire que les choses ne peuvent pas ĂȘtre autrement. Mon peuple passe avant tout. »
Joseph Weitz est nĂ© dans lâEmpire russe. En 1908, Ă 18 ans, animĂ© par lâidĂ©ologie sioniste, il Ă©migre en Palestine, oĂč il dĂ©couvre une terre dĂ©jĂ habitĂ©e et cultivĂ©e par une population arabe.
En 1933, il a Ă©crit, « Ce matin nous avons visitĂ© Ramallah, ce que nous y avons vu nous a impressionnĂ©s, les paysans dĂ©frichaient les terres de roche Ă la main pour les labourer et semer. Les maisons se dressaient fiĂšrement entre les pierres comme si elles avaient poussĂ© Ă mĂȘme le roc. Leur victoire sur ces terres arides et dĂ©sertiques nous rend tristes et nous laisse le cĆur lourd. Tous ces champs impropres Ă la culture sont devenus des vergers et des vignobles luxuriants. Ă force de travail, les Arabes ont reverdi les montagnes et couvert le pays dâune nature verdoyante. Je les enviais au point dâen avoir mal. Toutes ces terres cultivĂ©es regorgeaient de vie. Mais quâen Ă©tait-il de nous ? OĂč est notre terre ? Il faut acheter plus de terrains. Nous devons marchander pour acquĂ©rir ces terres oĂč vivent les Arabes.â
(ce qui en passant fait sâĂ©crouler cette accusation de terres nĂ©gligĂ©es par les PalestiniensâŠ)
En 1910, la Palestine comptait 80 000 Juifs et 650 000 Arabes. En 1933, on y recensait 175 000 Juifs et 800 000 Arabes. Joseph Weitz, pilier de la politique fonciĂšre sioniste, poursuivait un objectif clair : inverser cette rĂ©alitĂ© dĂ©mographique. Il nâachetait pas les terres pour coexister avec les Arabes, mais pour les dĂ©possĂ©der mĂ©thodiquement : les arracher Ă leurs terresâŠ
âChaque parcelle de terre reprĂ©sentait une terre de plus dans la crĂ©ation dâun Ătat juif. », dit son arriĂšre-petite-fille.
En 1936 Ă©clate la grande rĂ©volte arabe en Palestine, rĂ©clamant la fin du mandat britannique, lâarrĂȘt de la vente des terres aux Juifs et l'arrĂȘt de lâimmigration juive.
Michal Weits dit, « Dans ses journaux, grand-papa Joseph dĂ©crit la violente rĂ©sistance arabe. Les Britanniques essaient de rĂ©tablir le calme, sans succĂšs. Ils nomment une commission royale qui conclut que le pays doit ĂȘtre divisĂ© en deux Ătats : un arabe et un juif. Câest alors que grand-papa comprend que pour dĂ©finir les frontiĂšres du futur Ătat juif, il doit Ă©tablir des faits sur le terrain.
Ainsi, il a commencé à implanter de nouvelles colonies juives dans tout le pays. »
En 1940, Joseph Weitz a Ă©crit, « Nous avons fait le tour des villages arabes ce matin, jâai pensĂ© Ă la question juive qui nous dicte de reprendre ce territoire pour y vivre. Entre nous, il faut que ça soit clair, il nây a pas de place pour deux peuples dans ce pays. Si les Arabes partent, la terre sera vaste et spacieuse. Sâils restent, le pays entier va sâappauvrir et sera surpeuplĂ©. La seule solution, câest la terre dâIsraĂ«l sans Arabes. Il nây a aucune place au compromis. Nous devons tous les expulser. Aucun village, ni aucun peuplement ne doivent rester. Le transfert des populations arabes est la seule façon dâassurer notre salut. »
Le 14 mai 1948, Ă la suite du plan de partage de la Palestine dĂ©cidĂ© par lâONU, David Ben Gourion proclame l'Ă©tablissement de l'Ătat d'IsraĂ«l.
Le lendemain, le 15 mai, des armĂ©es arabes envahissent le nouvel Ătat.
Joseph Weitz : « Jâaurais dĂ» prĂ©voir que ces affrontements nâĂ©taient que question de temps. Nos forces armĂ©es ont reconquis les villages arabes lâun Ă la suite de lâautre et les habitants terrifiĂ©s ont fui comme des rats. Comment dĂ©crire ce qui sâest passĂ© dans ces villages arabes. Il nâa fallu que quelques tirs de mortiers au-dessus de leurs tĂȘtes pour quâils prennent leurs jambes Ă leurs cous. Les villages sont dĂ©sertĂ©s de leurs habitants. Si ça continue et bien sĂ»r, nous ne manquerons pas de poursuivre, des dizaines de villages seront bientĂŽt totalement Ă©vacuĂ©s. Cette fois, ceux qui nâont jamais craint pour leur vie, dĂ©couvriront ce que signifie ĂȘtre rĂ©fugiĂ©. Peut-ĂȘtre, ils nous comprendront mieux. »
En 1948, lâĂtat dâIsraĂ«l comptait 650 000 Juifs et 156 000 Arabes.
750 000 Palestiniens furent expulsés de leurs terres, entassés dans 52 camps de réfugiés aux frontiÚres de leur pays.
«âŻJâai visitĂ© les villages conquis et je peux tĂ©moigner de leur abandon. De Tel-Aviv Ă Hadera, il nây a plus un seul Arabe. Aucun. Jâai passĂ© la matinĂ©e dans les bureaux de Tel-Aviv Ă dresser la liste des villages abandonnĂ©s. Qui aurait pu espĂ©rer un tel miracle ? Il est hors de question de les laisser revenir. Mais nous achĂšterons leurs propriĂ©tĂ©s et nous les aiderons Ă se rĂ©installer dans un pays voisin oĂč ils seront plus heureux. »
ImmĂ©diatement aprĂšs, Joseph Weitz fonde le comitĂ© de transfert des Palestiniens, qui ordonne la destruction de leurs villages et lĂ©galise leur exode permanent pour empĂȘcher leur retour.
En dĂ©cembre 1948, lâAssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies adopte la rĂ©solution 194, autorisant le retour des rĂ©fugiĂ©s palestiniens dans leurs pays. Le premier ministre David Ben Gourion sabote aussitĂŽt cette dĂ©cision. Il vend 250 000 acres de terres appartenant Ă des propriĂ©taires dĂ©clarĂ©s absents au Fonds national juif. Par ce biais, le gouvernement israĂ©lien transfĂšre ces terres Ă un organisme national qui Ă©chappe au contrĂŽle du droit international. Ce transfert devient la plus grande transaction immobiliĂšre de lâhistoire dâIsraĂ«l.
En 1950, IsraĂ«l adopte la loi sur la propriĂ©tĂ© des absents qui lĂ©galise l'expropriation des Palestiniens et autorise lâĂtat Ă saisir leurs biens.
David Ben Gourion confie Ă Joseph Weitz le grand projet de planter 80 millions dâarbres. La plantation des forĂȘts ne visait pas Ă verdir le paysage mais Ă recouvrir les villages arabes dĂ©truits, pour quâils ne puissent jamais ĂȘtre reconstruits. David Ben Gourion a dĂ©clarĂ© : « Planter des arbres est devenu notre sport national. »
Michal Weits filme les paysages boisĂ©s dâIsraĂ«l : Elle montre ce quâil reste des Palestiniens. Elle dit,
« En 1948, du jour au lendemain, des centaines de maisons en briques et en torchis sont dĂ©molies et des terrains rasĂ©s dans nombreux villages du sud et du centre du pays. Câest en fouillant cette histoire que jâai commencĂ© Ă dĂ©crypter le dĂ©cor qui mâentoure. Jâai appris quâun bosquet de cactus est le signe de la prĂ©sence dâun ancien village arabe, que les maisons de pierre en ruines au bord du chemin nâĂ©taient pas les vestiges dâune Ă©poque lointaine. Les gens qui ont vĂ©cu ici, ont laissĂ© de nombreuses traces. Mais dâici quelques annĂ©es, elles seront ensevelies. Ces vestiges, nous choisissons de ne pas les voir. Symbole de vie, lâarbre verdoyant monte dĂ©sormais la garde, tel un soldat. Les villages sont enterrĂ©s sous les pins et leurs histoires sont balayĂ©es sous un tapis dâaiguilles et de mousse. On nous raconte lâhistoire des hĂ©ros qui ont fait fleurir le dĂ©sert. Et Ă moi, on me parle de mon ancĂȘtre qui a plantĂ© une forĂȘt. »
Son indiffĂ©rence au peuple palestinien pourrait expliquer la franchise frappante de ses journaux intimes, rĂ©digĂ©s sans filtre, avec lâassurance tranquille dâun homme convaincu de la lĂ©gitimitĂ© de la domination de son peuple et de la normalitĂ© de ses actes.
Son tĂ©moignage constitue un contre-rĂ©cit soigneusement enseveli et banni par son Ătat. Ses mĂ©moires contredisent lâHistoire officielle dâIsraĂ«l, victime innocente. Son archive sâoppose Ă celle enseignĂ©e et racontĂ©e Ă travers le monde.
Michal Weits dit dans une interview : « On nous a dit que les Arabes ont attaquĂ© IsraĂ«l, et que les Palestiniens sont partis. Quâil nây a pas eu de villages dĂ©truits, ni dâexpulsions. En IsraĂ«l, la Nakba et 1948 sont des sujets tabous. On nâen parle pas, on ne les enseigne pas. Nous devons demander pardon aux Palestiniens. Si nous voulons envisager un avenir meilleur pour la prochaine gĂ©nĂ©ration, il faut aller Ă la racine du conflit. Ce nâest pas 1967, ni mĂȘme 1948, mĂȘme si cette date est un tournant majeur. Le conflit commence plus tĂŽt, dans les annĂ©es 1920-1930, lorsque le peuple juif a commencĂ© Ă acheter des terres Ă la population arabe. Câest lĂ que tout commence. je ne pense pas que reconnaĂźtre lâhistoire des Palestiniens nuirait Ă lâĂtat dâIsraĂ«l ; au contraire, cela nous apporterait plus dâavantages que de torts. La nouvelle gĂ©nĂ©ration nâa pas peur dâen parler. »
Briser le silence. DĂ©manteler le tabou de cet hĂ©ritage chargĂ© de violence, pour quâil ne demeure pas entre les seules mains des guerriers messianiques.
Michal Weits raconte calmement les actes de son grand-papa Joseph (comme elle l'appelle et dont elle avait été fiÚre avant de trouver ses écrits), lit posément ses carnets terrifiants
Elle donne une contextualisation historique Ă travers des dates, des cartes, des films, des photos, des images animĂ©es, des documents Ă©crits. Un important travail dâarchives retrace les actions de Joseph Weitz et restitue la vie quotidienne des Palestiniens, leur travail de la terre, leur existenceâŠ
Michal Weits lance une bouteille à la mer dans cette immense machine qui, pendant des décennies, a manipulé l'Histoire, broyé les plus vulnérables et étouffé la parole des justes .
Jâai une profonde admiration pour le courage de cette Israelienne qui a acceptĂ© de confronter sa propre histoire familiale face Ă la Grande Histoire dâIsrael ,ce qui a Ă©tĂ© difficile et Ă©prouvant mais admirable.
Il semble que la jeune gĂ©nĂ©ration soit consciente de ce devoir ce qui peut ĂȘtre un espoir pour les deux partiesâŠ
https://blogs.mediapart.fr/hejer-charf/blog/…
La boßte bleue (Blue Box), écrit et réalisé par Michal Weits, coproduction : Israël, Canada, Belgique, 2021, 82 minutes
Disponible sur les plateformes canadiennes : ICI TOU.TV (version française, 53 minutes), et Knowledge Network (version anglaise, intégrale)
Ce film étant introuvable apparemment en France, il a été relaté et commenté dans un blog indépendant sur Médiapart par Hejer Charf dont je vous donne des extraits tout en vous incitant à aller le lire au complet (voir référence au lien à la fin du texte).
Extraits du Blog :
Le titre du film BLUE BOX fait rĂ©fĂ©rence aux fameuses boĂźtes en mĂ©tal bleues, créées en 1901 par le Fonds national juif. Elles servaient Ă collecter des dons auprĂšs des communautĂ©s juives du monde entier pour financer lâachat des terres en Palestine.
Pendant quatorze ans, Michal Weits sâest plongĂ©e dans les 5 000 pages des journaux intimes de son arriĂšre-grand-pĂšre, oĂč il a consignĂ© avec une franchise glaçante et sans dĂ©tour, ses actions contre la population arabeâŠ
« Depuis deux jours, je mets tout en Ćuvre pour Ă©vincer les Arabes et libĂ©rer nos terres. Jâen ai la nausĂ©e. Suis-je vraiment en train de dĂ©possĂ©der ces gens des terres quâils cultivent depuis des annĂ©es ? Je fais taire cette voix pour me dire que les choses ne peuvent pas ĂȘtre autrement. Mon peuple passe avant tout. »
Joseph Weitz est nĂ© dans lâEmpire russe. En 1908, Ă 18 ans, animĂ© par lâidĂ©ologie sioniste, il Ă©migre en Palestine, oĂč il dĂ©couvre une terre dĂ©jĂ habitĂ©e et cultivĂ©e par une population arabe.
En 1933, il a Ă©crit, « Ce matin nous avons visitĂ© Ramallah, ce que nous y avons vu nous a impressionnĂ©s, les paysans dĂ©frichaient les terres de roche Ă la main pour les labourer et semer. Les maisons se dressaient fiĂšrement entre les pierres comme si elles avaient poussĂ© Ă mĂȘme le roc. Leur victoire sur ces terres arides et dĂ©sertiques nous rend tristes et nous laisse le cĆur lourd. Tous ces champs impropres Ă la culture sont devenus des vergers et des vignobles luxuriants. Ă force de travail, les Arabes ont reverdi les montagnes et couvert le pays dâune nature verdoyante. Je les enviais au point dâen avoir mal. Toutes ces terres cultivĂ©es regorgeaient de vie. Mais quâen Ă©tait-il de nous ? OĂč est notre terre ? Il faut acheter plus de terrains. Nous devons marchander pour acquĂ©rir ces terres oĂč vivent les Arabes.â
(ce qui en passant fait sâĂ©crouler cette accusation de terres nĂ©gligĂ©es par les PalestiniensâŠ)
En 1910, la Palestine comptait 80 000 Juifs et 650 000 Arabes. En 1933, on y recensait 175 000 Juifs et 800 000 Arabes. Joseph Weitz, pilier de la politique fonciĂšre sioniste, poursuivait un objectif clair : inverser cette rĂ©alitĂ© dĂ©mographique. Il nâachetait pas les terres pour coexister avec les Arabes, mais pour les dĂ©possĂ©der mĂ©thodiquement : les arracher Ă leurs terresâŠ
âChaque parcelle de terre reprĂ©sentait une terre de plus dans la crĂ©ation dâun Ătat juif. », dit son arriĂšre-petite-fille.
En 1936 Ă©clate la grande rĂ©volte arabe en Palestine, rĂ©clamant la fin du mandat britannique, lâarrĂȘt de la vente des terres aux Juifs et l'arrĂȘt de lâimmigration juive.
Michal Weits dit, « Dans ses journaux, grand-papa Joseph dĂ©crit la violente rĂ©sistance arabe. Les Britanniques essaient de rĂ©tablir le calme, sans succĂšs. Ils nomment une commission royale qui conclut que le pays doit ĂȘtre divisĂ© en deux Ătats : un arabe et un juif. Câest alors que grand-papa comprend que pour dĂ©finir les frontiĂšres du futur Ătat juif, il doit Ă©tablir des faits sur le terrain.
Ainsi, il a commencé à implanter de nouvelles colonies juives dans tout le pays. »
En 1940, Joseph Weitz a Ă©crit, « Nous avons fait le tour des villages arabes ce matin, jâai pensĂ© Ă la question juive qui nous dicte de reprendre ce territoire pour y vivre. Entre nous, il faut que ça soit clair, il nây a pas de place pour deux peuples dans ce pays. Si les Arabes partent, la terre sera vaste et spacieuse. Sâils restent, le pays entier va sâappauvrir et sera surpeuplĂ©. La seule solution, câest la terre dâIsraĂ«l sans Arabes. Il nây a aucune place au compromis. Nous devons tous les expulser. Aucun village, ni aucun peuplement ne doivent rester. Le transfert des populations arabes est la seule façon dâassurer notre salut. »
Le 14 mai 1948, Ă la suite du plan de partage de la Palestine dĂ©cidĂ© par lâONU, David Ben Gourion proclame l'Ă©tablissement de l'Ătat d'IsraĂ«l.
Le lendemain, le 15 mai, des armĂ©es arabes envahissent le nouvel Ătat.
Joseph Weitz : « Jâaurais dĂ» prĂ©voir que ces affrontements nâĂ©taient que question de temps. Nos forces armĂ©es ont reconquis les villages arabes lâun Ă la suite de lâautre et les habitants terrifiĂ©s ont fui comme des rats. Comment dĂ©crire ce qui sâest passĂ© dans ces villages arabes. Il nâa fallu que quelques tirs de mortiers au-dessus de leurs tĂȘtes pour quâils prennent leurs jambes Ă leurs cous. Les villages sont dĂ©sertĂ©s de leurs habitants. Si ça continue et bien sĂ»r, nous ne manquerons pas de poursuivre, des dizaines de villages seront bientĂŽt totalement Ă©vacuĂ©s. Cette fois, ceux qui nâont jamais craint pour leur vie, dĂ©couvriront ce que signifie ĂȘtre rĂ©fugiĂ©. Peut-ĂȘtre, ils nous comprendront mieux. »
En 1948, lâĂtat dâIsraĂ«l comptait 650 000 Juifs et 156 000 Arabes.
750 000 Palestiniens furent expulsés de leurs terres, entassés dans 52 camps de réfugiés aux frontiÚres de leur pays.
«âŻJâai visitĂ© les villages conquis et je peux tĂ©moigner de leur abandon. De Tel-Aviv Ă Hadera, il nây a plus un seul Arabe. Aucun. Jâai passĂ© la matinĂ©e dans les bureaux de Tel-Aviv Ă dresser la liste des villages abandonnĂ©s. Qui aurait pu espĂ©rer un tel miracle ? Il est hors de question de les laisser revenir. Mais nous achĂšterons leurs propriĂ©tĂ©s et nous les aiderons Ă se rĂ©installer dans un pays voisin oĂč ils seront plus heureux. »
ImmĂ©diatement aprĂšs, Joseph Weitz fonde le comitĂ© de transfert des Palestiniens, qui ordonne la destruction de leurs villages et lĂ©galise leur exode permanent pour empĂȘcher leur retour.
En dĂ©cembre 1948, lâAssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies adopte la rĂ©solution 194, autorisant le retour des rĂ©fugiĂ©s palestiniens dans leurs pays. Le premier ministre David Ben Gourion sabote aussitĂŽt cette dĂ©cision. Il vend 250 000 acres de terres appartenant Ă des propriĂ©taires dĂ©clarĂ©s absents au Fonds national juif. Par ce biais, le gouvernement israĂ©lien transfĂšre ces terres Ă un organisme national qui Ă©chappe au contrĂŽle du droit international. Ce transfert devient la plus grande transaction immobiliĂšre de lâhistoire dâIsraĂ«l.
En 1950, IsraĂ«l adopte la loi sur la propriĂ©tĂ© des absents qui lĂ©galise l'expropriation des Palestiniens et autorise lâĂtat Ă saisir leurs biens.
David Ben Gourion confie Ă Joseph Weitz le grand projet de planter 80 millions dâarbres. La plantation des forĂȘts ne visait pas Ă verdir le paysage mais Ă recouvrir les villages arabes dĂ©truits, pour quâils ne puissent jamais ĂȘtre reconstruits. David Ben Gourion a dĂ©clarĂ© : « Planter des arbres est devenu notre sport national. »
Michal Weits filme les paysages boisĂ©s dâIsraĂ«l : Elle montre ce quâil reste des Palestiniens. Elle dit,
« En 1948, du jour au lendemain, des centaines de maisons en briques et en torchis sont dĂ©molies et des terrains rasĂ©s dans nombreux villages du sud et du centre du pays. Câest en fouillant cette histoire que jâai commencĂ© Ă dĂ©crypter le dĂ©cor qui mâentoure. Jâai appris quâun bosquet de cactus est le signe de la prĂ©sence dâun ancien village arabe, que les maisons de pierre en ruines au bord du chemin nâĂ©taient pas les vestiges dâune Ă©poque lointaine. Les gens qui ont vĂ©cu ici, ont laissĂ© de nombreuses traces. Mais dâici quelques annĂ©es, elles seront ensevelies. Ces vestiges, nous choisissons de ne pas les voir. Symbole de vie, lâarbre verdoyant monte dĂ©sormais la garde, tel un soldat. Les villages sont enterrĂ©s sous les pins et leurs histoires sont balayĂ©es sous un tapis dâaiguilles et de mousse. On nous raconte lâhistoire des hĂ©ros qui ont fait fleurir le dĂ©sert. Et Ă moi, on me parle de mon ancĂȘtre qui a plantĂ© une forĂȘt. »
Son indiffĂ©rence au peuple palestinien pourrait expliquer la franchise frappante de ses journaux intimes, rĂ©digĂ©s sans filtre, avec lâassurance tranquille dâun homme convaincu de la lĂ©gitimitĂ© de la domination de son peuple et de la normalitĂ© de ses actes.
Son tĂ©moignage constitue un contre-rĂ©cit soigneusement enseveli et banni par son Ătat. Ses mĂ©moires contredisent lâHistoire officielle dâIsraĂ«l, victime innocente. Son archive sâoppose Ă celle enseignĂ©e et racontĂ©e Ă travers le monde.
Michal Weits dit dans une interview : « On nous a dit que les Arabes ont attaquĂ© IsraĂ«l, et que les Palestiniens sont partis. Quâil nây a pas eu de villages dĂ©truits, ni dâexpulsions. En IsraĂ«l, la Nakba et 1948 sont des sujets tabous. On nâen parle pas, on ne les enseigne pas. Nous devons demander pardon aux Palestiniens. Si nous voulons envisager un avenir meilleur pour la prochaine gĂ©nĂ©ration, il faut aller Ă la racine du conflit. Ce nâest pas 1967, ni mĂȘme 1948, mĂȘme si cette date est un tournant majeur. Le conflit commence plus tĂŽt, dans les annĂ©es 1920-1930, lorsque le peuple juif a commencĂ© Ă acheter des terres Ă la population arabe. Câest lĂ que tout commence. je ne pense pas que reconnaĂźtre lâhistoire des Palestiniens nuirait Ă lâĂtat dâIsraĂ«l ; au contraire, cela nous apporterait plus dâavantages que de torts. La nouvelle gĂ©nĂ©ration nâa pas peur dâen parler. »
Briser le silence. DĂ©manteler le tabou de cet hĂ©ritage chargĂ© de violence, pour quâil ne demeure pas entre les seules mains des guerriers messianiques.
Michal Weits raconte calmement les actes de son grand-papa Joseph (comme elle l'appelle et dont elle avait été fiÚre avant de trouver ses écrits), lit posément ses carnets terrifiants
Elle donne une contextualisation historique Ă travers des dates, des cartes, des films, des photos, des images animĂ©es, des documents Ă©crits. Un important travail dâarchives retrace les actions de Joseph Weitz et restitue la vie quotidienne des Palestiniens, leur travail de la terre, leur existenceâŠ
Michal Weits lance une bouteille à la mer dans cette immense machine qui, pendant des décennies, a manipulé l'Histoire, broyé les plus vulnérables et étouffé la parole des justes .
Jâai une profonde admiration pour le courage de cette Israelienne qui a acceptĂ© de confronter sa propre histoire familiale face Ă la Grande Histoire dâIsrael ,ce qui a Ă©tĂ© difficile et Ă©prouvant mais admirable.
Il semble que la jeune gĂ©nĂ©ration soit consciente de ce devoir ce qui peut ĂȘtre un espoir pour les deux partiesâŠ
https://blogs.mediapart.fr/hejer-charf/blog/…
La boßte bleue (Blue Box), écrit et réalisé par Michal Weits, coproduction : Israël, Canada, Belgique, 2021, 82 minutes
Disponible sur les plateformes canadiennes : ICI TOU.TV (version française, 53 minutes), et Knowledge Network (version anglaise, intégrale)
Un éclairage fascinant sur des faits complÚtement occultés (je découvre). Merci Piero.
Merci Myrco tu me fais un immense plaisir !
Avec ma fille on essaie de joindre la réalisatrice pour savoir pourquoi on ne peut se procurer ce film ou simplement le voir à la télé ,en salle ou sur des plates-formes....
Avec ma fille on essaie de joindre la réalisatrice pour savoir pourquoi on ne peut se procurer ce film ou simplement le voir à la télé ,en salle ou sur des plates-formes....
TrÚs beau développement explicatif, Pieronnelle ...
Un trĂšs intĂ©ressant tĂ©moignage, merci Pieronnelle, ça sert bien lâHistoire. Mais maintenant ce qui est fait est fait, on ne peut pas faire marche arriĂšre, il est plus que temps de dĂ©poser les armes et de vivre en paix !
Un trĂšs intĂ©ressant tĂ©moignage, merci Pieronnelle, ça sert bien lâHistoire. Mais maintenant ce qui est fait est fait, on ne peut pas faire marche arriĂšre, il est plus que temps de dĂ©poser les armes et de vivre en paix !
Vivre oĂč et comment pour les Gazaouis ? Dans les ruines et sans bouffer ?
Un trĂšs intĂ©ressant tĂ©moignage, merci Pieronnelle, ça sert bien lâHistoire. Mais maintenant ce qui est fait est fait, on ne peut pas faire marche arriĂšre, il est plus que temps de dĂ©poser les armes et de vivre en paix !
Ce qui est fait et mal fait doit ĂȘtre dit. Il n'est pas normal qu'on ait menti aux IsraĂ©liens sur la façon dont Ă Ă©tĂ© construit IsraĂ«l et ceux qui dĂ©couvrent enfin comprennent mieux pourquoi ce conflit n'a jamais pu ĂȘtre rĂ©glĂ©. IsraĂ«l existe et doit continuer Ă exister mais il n'est pas normal que les nouvelles gĂ©nĂ©rations n'aient pas pu connaĂźtre leur Histoire. Heureusement il existe des historiens, des rĂ©alisateurs, des artistes,, et bien d'autres IsraĂ©liens qui ont le courage de le faire. Non pour punir mais comprendre enfin cette spoliation qualifiĂ©e de Nettoyage ethnique avec toutes les preuves et archives. Et enfin comprendre pourquoi il y a eu une rĂ©sistance palestinienne avec toutes les violences associĂ©es Ă des violences subies...
Avec ma fille on a réussi à joindre cette réalisatrice et elle nous a envoyé un lien pour voir son film en entier. Malheureusement il est sous-titré en anglais. Mais pour ceux qui sont interessés je peux leur faire parvenir car c'est le désir de la réalisatrice :
"Dâordinaire, je nâenvoie pas le lien du film, mais je pense quâaujourdâhui nous vivons une Ă©poque folle, et je souhaite que les gens puissent voir et comprendre notre terrible conflit, en priant pour que cette horrible guerre se termine bientĂŽt.
Puissions-nous connaĂźtre la paix de notre vivant.Bien Ă toi,
Michal""
Alors tu vois SJB on ne peut pas balayer de la main ce qui est fait" !
Quand on voit la douleur des Israéliens suite à l'attaque du 7 octobre, notre devoir est bien de penser à celle des Palestiniens et ce qu'ils ont vécu depuis la creation d'Israël, et surtout condamner le gouvernement actuel qui n'a rien a envier à celui de 1948 !!
Maintenant, aprÚs ce massacre à Gaza et l'impossibilité de vraiment créer un Etat Palestinien vu ce qu'il en reste...il va falloir de sacrées bonnes volontés!
Et le plan Trump ressemble vraiment à une autre méthode de colonisation...
Va-t-on enfin réagir à cette immense injustice !!!
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