Il est trois heures du matin. Comme dâhabitude, Sybille mange ses trois oeufs durs adorĂ©s et boit son nectar de ricorĂ©e. VĂ©gĂ©tarienne et fiĂšre de lâĂȘtre, elle ne cessait dâenjoliver son amour des oeufs, et sans eux la vie lui aurait semblĂ© fade. Elle aimait les dĂ©guster en lisant, en Ă©crivant des Ă©glogues ou des romans se rapportant au sport. Les oeufs la stimulaient Ă©galement pour tout et lui donnaient de la force pour ses joggings quotidiens. Elle les encensait littĂ©ralement et ne cessait de sâextasier intĂ©rieurement sur leur goĂ»t suave et savamment onctueux.
Danser sur la valse « IndiffĂ©rence » de Tony Murena tout en savourant des oeufs mollets lui procurait un bien-ĂȘtre inextinguible. Elle sâĂ©gaillait dans autre monde, et se mit Ă rĂȘver quâelle faisait le tour du monde, et les goĂ»tait selon les recettes de chaque pays quâelle traversait. Dans son appartement, les mĂ©thodes culinaires se reflĂ©taient sur les murs et dans les glaces quâelle avait installĂ©es pour lâoccasion. Elles sâimaginait dialoguer avec ces oeufs magiques , quâils lui rĂ©vĂ©laient quels profils de poules ils prĂ©fĂ©raient, fines, potelĂ©es, la nourriture quâils aimaient absorber. Et comment ils prĂ©fĂ©raient ĂȘtre ingurgitĂ©s. Sâils aimaient ĂȘtre mangĂ©s durs, mollets, brouillĂ©s en omelette ou simplement gobĂ©s. Avec sel ou sans. Ses sensations se mĂȘlaient Ă celles des oeufs et une synesthĂ©sie mirifique laissait fleurir les Ă©motions Ă leur apogĂ©e. CâĂ©tait si bon de se dĂ©lecter du jaune sous toutes ses formes, de croquer le blanc doucement, sensuellement. Inventer des recettes , en faire un volume joliment reliĂ©, les vendre sur le marchĂ© au rayon fromage, ou les exposer dans le club des amateurs dâoeufs. Se rĂ©unir avec eux, discuter sans vergogne poĂ©sie, littĂ©rature, peinture tout en mĂąchant amoureusement de la poudre dâoeufs broyĂ©s. Lâimagination de Sybille Ă©tait Ă son comble, et elle tournait sur elle mĂȘme comme une toupie joyeuse et irradiĂ©e dans son dĂ©lire.
Un jour, lâenvie lui prit de se documenter sur les oeufs, notamment sur leur reprĂ©sentation dans les oeuvres picturales. Elle apprit notamment que les protĂ©ines de lâoeuf permettraient une meilleure conservation dâune oeuvre : limiter le jaunissement, repousser lâoxydation, Ă©viter le plissement des peintures. De nombreux peintres auraient utilisĂ© cette technique comme par exemple LĂ©onard de Vinci, Rembrandt, Botticelli, Vermeer, DĂŒrer. Puis elle se mit Ă contempler sur Internet les diffĂ©rentes peintures et trouva particuliĂšrement joli le dessin de François Boucher « La marchande dâoeufs ». âŠ
Sentir les impressionnistes, les nabis, les fauves peindre Ă ses cĂŽtĂ©s avec du jaune dâoeuf ne cessait de tourner dans sa tĂȘte. Comme elle avait envie que Dali lui raconte sa maniĂšre de procĂ©der pour peindre ses « oeufs au plat ». De mĂȘme pour « les oeufs » de Juan Gris ou Suzanne Valadon pour son « panier aux oeufs ».
Ce rĂȘve lui donna envie dâorganiser le concours de la plus belle oeuvre sur les oeufs, avec Ă la clĂ© une belle coupe et pour le gagnant (te) un voyage en compagnie dâune personnalitĂ© de son choix Ă qui il ou elle enseignerait la peinture et de qui il apprendrait un autre art selon ses goĂ»ts en matiĂšre artistique. Ce concours aboutirait Ă la crĂ©ation dâun musĂ©e Ă Leningrad entiĂšrement dĂ©diĂ© aux oeufs. Et rempli de nombreuses citations dâĂ©crivains. . Par exemple celle de Paul Eluard : « Le passĂ© est un oeuf cassĂ©, lâavenir est un oeuf couvé . »Ou celle de Carlos Fuentes « Le sexe sans pĂ©chĂ© câest comme un oeuf sans sel. »
Vive les oeufs et leur belle incitation Ă la crĂ©ation pensa Sybille qui cette nuit lĂ fit un beau voyage inĂ©dit qui marqua Ă jamais son cerveau en goguetteâŠ.
Agnes Figueras-Lenattier
Danser sur la valse « IndiffĂ©rence » de Tony Murena tout en savourant des oeufs mollets lui procurait un bien-ĂȘtre inextinguible. Elle sâĂ©gaillait dans autre monde, et se mit Ă rĂȘver quâelle faisait le tour du monde, et les goĂ»tait selon les recettes de chaque pays quâelle traversait. Dans son appartement, les mĂ©thodes culinaires se reflĂ©taient sur les murs et dans les glaces quâelle avait installĂ©es pour lâoccasion. Elles sâimaginait dialoguer avec ces oeufs magiques , quâils lui rĂ©vĂ©laient quels profils de poules ils prĂ©fĂ©raient, fines, potelĂ©es, la nourriture quâils aimaient absorber. Et comment ils prĂ©fĂ©raient ĂȘtre ingurgitĂ©s. Sâils aimaient ĂȘtre mangĂ©s durs, mollets, brouillĂ©s en omelette ou simplement gobĂ©s. Avec sel ou sans. Ses sensations se mĂȘlaient Ă celles des oeufs et une synesthĂ©sie mirifique laissait fleurir les Ă©motions Ă leur apogĂ©e. CâĂ©tait si bon de se dĂ©lecter du jaune sous toutes ses formes, de croquer le blanc doucement, sensuellement. Inventer des recettes , en faire un volume joliment reliĂ©, les vendre sur le marchĂ© au rayon fromage, ou les exposer dans le club des amateurs dâoeufs. Se rĂ©unir avec eux, discuter sans vergogne poĂ©sie, littĂ©rature, peinture tout en mĂąchant amoureusement de la poudre dâoeufs broyĂ©s. Lâimagination de Sybille Ă©tait Ă son comble, et elle tournait sur elle mĂȘme comme une toupie joyeuse et irradiĂ©e dans son dĂ©lire.
Un jour, lâenvie lui prit de se documenter sur les oeufs, notamment sur leur reprĂ©sentation dans les oeuvres picturales. Elle apprit notamment que les protĂ©ines de lâoeuf permettraient une meilleure conservation dâune oeuvre : limiter le jaunissement, repousser lâoxydation, Ă©viter le plissement des peintures. De nombreux peintres auraient utilisĂ© cette technique comme par exemple LĂ©onard de Vinci, Rembrandt, Botticelli, Vermeer, DĂŒrer. Puis elle se mit Ă contempler sur Internet les diffĂ©rentes peintures et trouva particuliĂšrement joli le dessin de François Boucher « La marchande dâoeufs ». âŠ
Sentir les impressionnistes, les nabis, les fauves peindre Ă ses cĂŽtĂ©s avec du jaune dâoeuf ne cessait de tourner dans sa tĂȘte. Comme elle avait envie que Dali lui raconte sa maniĂšre de procĂ©der pour peindre ses « oeufs au plat ». De mĂȘme pour « les oeufs » de Juan Gris ou Suzanne Valadon pour son « panier aux oeufs ».
Ce rĂȘve lui donna envie dâorganiser le concours de la plus belle oeuvre sur les oeufs, avec Ă la clĂ© une belle coupe et pour le gagnant (te) un voyage en compagnie dâune personnalitĂ© de son choix Ă qui il ou elle enseignerait la peinture et de qui il apprendrait un autre art selon ses goĂ»ts en matiĂšre artistique. Ce concours aboutirait Ă la crĂ©ation dâun musĂ©e Ă Leningrad entiĂšrement dĂ©diĂ© aux oeufs. Et rempli de nombreuses citations dâĂ©crivains. . Par exemple celle de Paul Eluard : « Le passĂ© est un oeuf cassĂ©, lâavenir est un oeuf couvé . »Ou celle de Carlos Fuentes « Le sexe sans pĂ©chĂ© câest comme un oeuf sans sel. »
Vive les oeufs et leur belle incitation Ă la crĂ©ation pensa Sybille qui cette nuit lĂ fit un beau voyage inĂ©dit qui marqua Ă jamais son cerveau en goguetteâŠ.
Agnes Figueras-Lenattier
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