Isabelle Girard par Sirocco, le 2 octobre 2007

Née à Paris en 1954, Isabelle Girard habite en Charente depuis une vingtaine d'années et enseigne l'anglais à l'IUT d'Angoulême. Elle signe ici son premier roman inspiré d'une histoire véritable. <D> « Depuis cette toute première nuit où je suis devenue une enfant des rues, j'ai peur du noir et ne peux dormir sans lumière... <D> ... J'ai une mère, j'ai un père. Mais c'est comme si j'en avais pas ! Morts tous les deux, ce serait pareil. Je n'existe plus pour eux. Et moi, j'oublie petit à petit leur visage. Je me demande s'ils ont existé, même. » <D> Comment survivre quand on est une toute petite fille abandonnée sur un trottoir de Rio ? Il faut beaucoup de courage et de présence d'esprit pour transformer chaque obstacle en une chance à saisir. C'est ce que fait notre héroïne dont nous suivons le récit naïf et spontané jusqu'à l'âge adulte. <D> C'est à Bruxelles que j'ai rencontré Isabelle Girad et Dalila. La rencontre formidable entre ces deux femmes donne ce livre plein d'espoir. Dalila, plus que de raconter sa vie, accompagne Isabelle Girad dans la promotion de son livre pour militer en faveur des enfants de la rue.

La première question qui me vient à l'esprit, c'est de vous demander si cette rencontre était voulue ou était un hasard de la vie?

IG: C'est un rencontre de la vie. Il y a beaucoup de rencontres qui changent beaucoup de choses. En fait, je suis allée au Brésil deux fois pour adopter un enfant. Et pour faire une action pour ceux qui restent, j'ai eu l'occasion de rencontrer Dalila qui à l'époque dirigeait un orphelinat, « Favos de mel » dont je parle à la fin du livre.

Et comment l'idée de faire un livre est-elle née?

IG: On se connait depuis une douzaine d'années. On a appris à se connaitre, car Dalila vient souvent en Belgique; elle a une petite soeur qui vit ici. Il s'agit du bébé dont je parle au début du livre, et il y a également une organisation belge qui s'occupe beaucoup de son institution. J'enseigne l'anglais à des étudiants à Angoulème et chaque année, ils cherchent des projets humanitaires. Je les ai branchés là-dessus et ils ont travaillé pour elle. Et quand elle m'a raconté sa vie plus en détails, je me suis vraiment dit que c'était le sujet d'un roman; c'est vraiment une vie qui sort de l'ordinaire.

Comment ça s'est passé au niveau de l'écriture? Avez-vous écrit ensemble? Les souvenirs étaient-ils intacts?

IG: Non. Dalila m'a raconté sa vie avec beaucoup de détails et elle m'a fait confiance. Ce qui a pris beaucoup de temps. C'était assez laborieux quand -même. Je lui ai soumis le premier manuscrit, elle a beaucoup pleuré en le lisant car ça lui a fait revivre des choses très douloureuses. Ensuite, les souvenirs en ont rappelé d'autres et on a pu étoffer.

Dalila, le fait de raconter votre vie a-t-il été un soulagement pour vous, vous êtes vous sentie libérée de quelque-chose?

D: J'ai mis quelques années à prendre la décision. Ensuite on a enregistré trois cassettes et le fait de rester seule face à moi-même, à parler, ça été très difficile pour moi. Maintenant que le livre est là je suis contente.

Avez-vous l'impression d'avoir commencé une nouvelle vie?

D: Non, chaque fois que je le lis, ça reste une souffrance, mais par contre il aide d'autres personnes. Je pense qu'il peut donner beaucoup d'espoir.

Ce qui m'a interpellée tout au long du livre, ce sont ces instincts de survie, ces réflexes, cette rapidité de réflexion que vous aviez si petite. On imagine difficilement qu'une enfant de 5 ans puisse survivre dans la rue en ne comptant que sur elle-même?

D: Pourtant, il ne s'agit que de coincidences, de hasard et de rencontres de tous les jours. Je n'ai pas la sensation d'avoir réagi de façon volontaire. Les choses sont venues naturellement.

Isabelle Girard, il s'agit de votre premier roman, avez -vous déjà d'autres projets d'écriture?

IG: Oui. Et pourquoi pas avec Dalila. Il y a tant d'histoires à raconter dans son orphelinat...

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