Page d'accueil | Forums | A propos | Blog | Aide | Pour un petit clic...
Membres :  S'identifier |

Recherche par

Nos rubriques

Discussions

Lettre d'information

Conseiller à un ami

medium
Pourfendeur de nuages de Russell Banks

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

critiqué par Jules, le 21 janvier 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 66 ans)

La note: 9 etoiles
Moyenne des notes : 8 etoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 etoiles (6 141ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 1 251  (depuis Novembre 2007)

Un grand souffle épique, un grand livre

Owen Brown est déjà très vieux quand il accepte de raconter l'histoire de sa famille et de son père.
Et il y en a des choses à raconter !
John Brown, son père, est un homme autoritaire, qui ne vit que par la Bible, n’agit qu’en fonction d’elle et ne pense que par elle. Au nom de la Bible, il entraîne toute sa famille dans son combat : la lutte contre l’esclavage. Nous sommes avant la guerre de Sécession.
Il s'installe au Nord, tout près de la frontière canadienne. Là, il crée toute une filière de caches entre le Sud et le Canada, par laquelle les Noirs évadés de leurs plantations pourront transiter pour arriver chez lui. Le Canada et la liberté sont à côté. Pour cela, il passe des mois hors de sa famille, envoie ses fils partout pour l’aider. Il sera aidé par les Mormons, également opposés à l'esclavage pour des raisons religieuses, et même par d'autres blancs.
Cependant, les autorités américaines, encore dominées par l'influence sudiste, voteront une loi par laquelle celui qui aide un Noir devient aussi coupable que lui et risque la confiscation de ses biens. Dès ce moment, tout devient plus difficile et risqué. John Brown n'en a cure et continue de plus belle. Il se sert de ses fils et de sa famille, sans l’ombre d’un scrupule. C'est un autre aspect de sa personnalité : il représente Dieu, et s'opposer à lui, c’est s’opposer à Dieu lui-même !…
Ses fils sont en quelque sorte ses prisonniers !. John Brown, conscient que sa lutte devient quasiment désespérée, se dit que le seul moyen à sa disposition est d'entraîner les .tats du Nord dans une vraie guerre contre le Sud. Pour cela, il mettra toutes ses forces dans la lutte que mène le Kansas pour sa liberté. Il détournera cette lutte en une lutte pour ou contre l'esclavage. Son fils, Owen Brown, commence à douter, car il voit les Blancs s’entretuant, des femmes et des enfants abattus, des récoltes en feu, des territoires entiers ravagés par les flammes et la guerre, et tout cela pour obtenir la liberté de quelques Noirs !. Il a cette pensée : " Car même si nous ne pouvons pas connaître les conséquences ultimes de nos actions et de nos inactions, nous devons néanmoins nous conduire comme si elles avaient des conséquences ultimes.
Des batailles feront rage entre esclavagistes et antiesclavagistes du Kansas et le gouvernement devra finir par s'en mêler… Quant à John Brown et sa famille, il vous reste à découvrir comment elle sortira de cette aventure.
Ce roman est superbe ! Russell Banks nous montre bien la folle opiniâtreté et l’orgueil de cet homme rigide, qui se croit investi d’une mission divine. Pour sa cause, il est prêt à tout sacrifier !… Une sorte de terroriste, intégriste, de son époque ?… Pourquoi pas ? La question mérite d'être posée… Quant au narrateur, Owen Brown, il est bien plus prêt des réalités et, s’il subit l'influence du père, il n'en réfléchit pas moins pour autant. Un grand roman, une grande cause, mais aussi une grande étude psychologique de personnages hors du commun.

   Version imprimable   Partager sur Twitter  Partager sur Facebook

Les éditions
   Volume  Editeur/Collection  Pages  ISBN/ASIN  Parution  Amazon
Pourfendeur de nuages Actes Sud
772 2742718745 1998-01-01  go
Livres liés

Pas de série ou de livres liés.  Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série

Les critiques éclairs (2)

Enregistrez-vous pour publier une critique éclair! »

Un combat pour une vie digne 7 etoiles

En retraçant l'existence de John Brown, un homme déterminé a terrassé l'un des maux les plus abjects de l'histoire de l'(in)humanité, Russell Banks nous livre un récit absolument édifiant.

Confession tardive d'un vieil homme écrasé par le souvenir d'un père trop grand pour les membres de sa famille, pour une jeune démocratie qui a prématurément rompue avec ses valeurs de liberté et d'égalité et pour ses semblables en retard d'une cause juste à défendre. Ce récit devient tour à tour une chronique familiale, un ouvrage d'histoire, une réflexion sur le sens de la vie et l'enseignement religieux, l'étude psychologique d'un personnage hors du commun, luttant pour façonner son existence à l'aune de ses convictions, un examen attentif des rapports difficiles et douloureux qu'entretiennent des individus que tout sépare.

Banks est indéniablement un auteur très doué, passé maître dans la manière d'insuffler à ses personnages force et vitalité. Doté d'une capacité de perception exceptionnelle, il analyse avec minutie le moindre des phénomènes, de son origine jusqu'à ses effets. Sur son métier à tisser des histoires, il développe avec une intelligence rare et beaucoup de talent des thèmes universels.

Au fil de ce récit, les différents thèmes abordés composent un vaste tableau qui nous permet de suivre pas à pas le parcours de John Brown et de sa famille. L'auteur s'est attaché à introduire beaucoup d'informations – familiale, sociale, politique, philosophique, culturelle, religieux, etc. – dans le but évident de nous aider à mieux appréhender le contexte de l'époque, ainsi que les motivations et les méthodes parfois divergentes des abolitionnistes, mais tout cela abouti malheureusement à rendre son œuvre trop pesante et parfois confuse. Car si tout est bien dit, bien écrit, il n'en demeure pas moins que le thème principal du roman s'en trouve brouillé à plusieurs reprises, au point qu'il m'est arrivé parfois de perdre le fil du récit. En développant trop longuement les divers aspects et péripéties de la vie de la famille Brown, l'auteur a généré une complexité quelque peu inextricable.

Cet ouvrage, qui demeure d'un intérêt évident, malgré la pesanteur du style narratif employé, est à la fois un virulent réquisitoire contre l'esclavage et un plaidoyer en faveur du genre humain, en ce qu'il a de plus magnifique, aussi longtemps qu'il y aura en son sein des représentants digne d'elle.

Heyrike (Eure, Inscrit le 19 septembre 2002, 42 ans) - 30 mai 2006


Pourfendre les nuages, traverser les apparences 9 etoiles

"Ce livre est une oeuvre d'imagination. Même si quelques-uns des personnages et des incidents décrits ici peuvent se trouver dans des ouvrages qui traitent de la vie et de l'époque du célèbre abolitionniste John Brown, ils ont été modifiés et retravaillés par l'auteur pour les seuls besoins du développement narratif. Ces personnages et ces incidents ont beau ressembler à des personnes réelles et à des événements connus, ils restent produits par l'imagination de l'auteur. Par conséquent, ce livre devrait être lu uniquement comme une oeuvre de fiction et non comme une version ou une interprétation de l'histoire."

Certes, il est de bon ton que l'auteur d'un roman inspiré d'un personnage historique place dans son livre un avertissement signalant au lecteur son caractère fictif. Mais il est inhabituel de trouver cet avertissement bien en évidence au début du livre et de le voir formulé dans des termes aussi catégoriques... Il est donc manifeste que Russell Banks n'a pas voulu écrire une biographie de John Brown, personnage mythique de l'histoire américaine, militant abolitionniste célèbre pour son recours à l'action violente qui lui valut de finir pendu au bout d'une corde, peu avant le début de la guerre de Sécession. Il est bon de garder cela à l'esprit au cours de la lecture et de ne pas chercher dans ce livre une exactitude factuelle à laquelle son auteur ne prétend pas. Mais ceci dit, ce "Pourfendeur de nuages" me paraît profondément juste et vrai, sur le plan humain et psychologique, si ce n'est d'un point de vue historique.

Russell Banks a choisi ici de donner la parole au troisième fils de John Brown, Owen, qui fut le compagnon et en quelque sorte le lieutenant de son père tout au long de ses années de lutte contre l'esclavage. Le "Pourfendeur de nuages" se présente donc comme un témoignage de première main, rédigé par Owen Brown quarante ans après la mort de son père à la demande d'un historien qui avait entrepris d'écrire sa biographie: un portrait intime d'un homme qui s'est engagé pour une cause juste... Jusqu'à tuer pour elle. Jusqu'à mourir pour elle. Etait-il un idéaliste, dépassé par les événements? Un fanatique? Un fou? Telles sont les questions que Russell Banks pose dans son livre avec une acuité particulière. Le récit d'Owen nous donne en effet l'occasion de percevoir de l'intérieur les mécanismes de pensée d'un tel homme, et les mécanismes de son ascendant sur ses compagnons. Récit souvent paradoxal qui nous dépeint John Brown comme un fermier et homme d'affaire avisé et profondément honnête pour nous le présenter l'instant d'après comme un spéculateur malheureux, qui s'obstine à prendre ses rêves pour des réalités, contre le plus élémentaire bon sens, ou encore un père tendre et attentif qui n'hésite pas à fouetter impitoyablement ses enfants pris en faute, traitant un cheval rétif avec infiniment plus de douceur... Si bien qu'il semble que le récit d'Owen Brown nous décrit John Brown tel qu'il voulait être, tel qu'il voulait être perçu par sa famille et ses proches, et par la bande, qu'il nous le montre aussi tel qu'il était: un homme prisonnier de ses fantasmes et de ses grandes théories, autoritaire et beau parleur, voire manipulateur... Peu importe que cet homme ne soit pas le vrai John Brown, le personnage historique, et que le narrateur ne soit pas lui non plus le véritable Owen Brown. Seule compte la réflexion que Russell Banks parvient ainsi à susciter sur l'engagement politique, social, religieux (John Brown était un Presbytérien fervent, de ceux qui prennent à la lettre l'observance du repos du Seigneur et le commandement "Croissez et multipliez") d'une part, le fanatisme et le terrorisme d'autre part, ainsi que sur la frontière apparemment ténue qui les sépare.

Le "Pourfendeur de nuages" est un roman dense et touffu, aussi monumental que la montagne qui lui prête son nom - le Mont Tahawus -, et il est impossible d'en donner ici un aperçu complet. Il faudrait pour cela évoquer aussi la question raciale, une question cruciale pour la société américaine et dont Russell Banks parvient à restituer ici toute la complexité, toutes les ambiguïtés, comme peu d'autres auteurs américains sont parvenus à le faire. Et il faudrait aussi insister sur son extraordinaire talent à disparaître derrière ses personnages et les narrateurs de ses romans, un don de caméléon qui lui fait retrouver ici le ton et la langue d'un puritain du début du XIXème siècle, à des lieues des petits délinquants contemporains de "Sous le règne de Bone". Je me contenterai de conclure en vous disant que ce roman, que je viens de relire et qui m'avait déjà beaucoup impressionnée lors de ma première lecture en 1998, vient de me révéler de nouvelles richesses. Comme s'il avait "grandi" en même temps que moi. Ce qui, je crois, est le propre des grandes oeuvres. Et des grands auteurs.


P.S. Une toute petite rectification à la critique de Jules: Ce sont surtout les quakers, anti-esclavagistes et pacifistes convaincus, qui sont venus en aide à John Brown, notamment par leur participation active au "Underground Railway", réseau de caches et de chemins peu fréquentés élaboré pour permettre aux esclaves fugitifs de gagner le Canada...

Fee carabine (, Inscrite le 5 juin 2004, 36 ans) - 12 janvier 2006


Forums: Pourfendeur de nuages
Sujets Messages Utilisateur Dernier message
  Etonnant... 3 Jules 10 décembre 2004 @ 16:56

Autres discussion autour de Pourfendeur de nuages »

Ajouter une critique éclair

Enregistrez-vous pour publier une critique éclair! »

haut de page

Commander chez un de nos partenaires
Amazon.fr
Amazon.ca
Alapage.com
Chapitre.com
Fnac.com
proxis.be
Abebooks.fr - Livres neufs, anciens, rares et d'occasion.
 
S'identifier | Page d'accueil | RSS2 | Forums | A propos | Blog | Pour un petit clic | ©2000-2010 critiqueslibres.com ASBL®. Tous droits réservés.