Mr. Potter
de Jamaica Kincaid

critiqué par Sahkti, le 12 octobre 2005
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Parler de son père
Jamaïca Kincaid, de son vrai nom Elaine Potter Richardson, revient une fois de plus sur sa vie, sur ses racines.
Elle nous parle de Roderick Potter, né de père inconnu et d'une femme qui se suicidera quelques années plus tard. De quoi le barrer comme on dit, la fameuse ligne à côté du nom de son père sur son certificat de naissance. Et à Antigua, être barré ne signifie pas seulement être un enfant illégitime, ça apporte aussi la malédiction sur soi. Ce Mr Potter, ainsi appelé tout au long du livre, qui ne savait ni lire ni écrire, c'était le père de Jamaïca Kincaid, un homme repoussé par sa femme avant même la naissance de sa fille. Ce qui explique en partie le changement de nom de l'auteur.
C'est le parcours romancé de ce Mr Potter, né en 1922 et décédé en 1992, qui est raconté ici par sa fille dans le rôle de la narratrice. Un récit par moments décousu, partant dans tous les sens, avec des rythmes inégaux, des passages entremêlés à d'autres. C'est que ça se bouscule dans la tête de l'auteur/narratrice, c'est tout une vie qui est passée au crible et pas n'importe laquelle, la sienne.
Derrière le chagrin, on ressent aussi de l'admiration et pas mal de regrets. Une certaine forme de fascination aussi pour le mystère. Celui des silences et des réponses qui n'arriveront jamais. Pas de règlement de compte, juste une quête. Intime, personnelle et douloureuse. L'écriture de Jamaïca Kincaid apporte une certaine musicalité à l'ensemble, qui le rend plus léger en ne lui faisant cependant rien perdre de sa gravité émotionnelle.