L'affaire Courilof de Irène Némirovsky

L'affaire Courilof de Irène Némirovsky

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Jules, le 5 septembre 2005 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (21 955ème position).
Visites : 3 577  (depuis Novembre 2007)

Deux mondes face à face

Léon M. perd ses parents tout jeune. Son père meurt dans les prisons du Tsar et sa mère rentrera de déportation mais ne survivra pas longtemps. Pour ne rien arranger, il est tuberculeux et sera soigné en Suisse par un médecin faisant partie du comité suisse des révolutionnaires bolcheviques. « Ainsi, j’appartenais au parti par ma naissance… »

Un jour, après des études de médecine, il est convoqué par le dit comité afin d’exécuter un haut responsable de l’administration tsariste. Il s’agit du ministre de l’instruction publique Courilof. Pour arriver à l’approcher, il se fera aider par un membre de la légation suisse, prendra le nom de Legrand et recevra de la dite légation un certificat par lequel le ministre de Suisse se porte garant de lui sur le plan politique.

Il se prépare donc à devenir un assassin et ce n’est pas sans quelques hésitations. Mais : « …la conviction que je risquais la mort autant que le ministre lui-même était la justification du meurtre et l’absolvait. »

Legrand prendra ses fonctions auprès du ministre alors que celui-ci est effondré de douleur sur son lit. Il a un cancer du foie, mais le mot n’a jamais été prononcé par personne, ni par son médecin officiel. Celui-ci craint par trop, pour lui-même, les suites d’un échec éventuel en cas d’opération. Il préfère ne pas aborder le sujet et se contente de lui donner des prescriptions qui ne peuvent en aucun cas arranger les choses.

De ce jour, Legrand ne quittera quasiment plus Curilof et sa femme, une ancienne actrice et chanteuse française. Il assistera et écoutera de nombreuses conversations entre eux, mais également des conversations tenues entre hommes politiques. Il découvrira à quel point tout ce petit monde est surtout occupé de lui-même, de ses petites coteries et ambitions personnelles. Le tsar Nicolas II est présenté comme un homme faible et hésitant. L’impératrice, elle, est considérée comme une femme terriblement rigide et aussi dominatrice. Le couple n’a pas encore de fils et nombreux sont ceux qui rêvent encore d’une arrivée possible au pouvoir du grand-duc Michel, bien plus proche de son père le tsar Alexandre III le réactionnaire.

Legrand va constater que « le cachalot », surnom de Curilof, est bien moins mauvais qu’il ne le pense. D’autre part, il est nettement moins évident d’assassiner quelqu’un qu’on connaît de très prêt qu’un homme qui n’est qu’un nom et un lointain visage.

Le monde étudiant s’agite, ainsi que le monde ouvrier, plusieurs grandes figures du pouvoir ont déjà été assassinées… Legrand va-t-il finir par tuer, ou non ?...

Ce livre pourrait s’approcher des « Justes » de Camus, mais, en réalité, il n’en est rien. Dans « Les Justes » Camus se pose surtout des questions d’intentions, de justifications politiques et humaines. Il y est aussi surtout question du parti et de l’obéissance qui lui est due par celui qui y a adhéré. Ici, Némirovski nous décrit surtout des êtres humains avec leurs hésitations, leurs ambitions, leurs faiblesses. Mais aussi une société en pleine déliquescence, qui ne semble pas vraiment réaliser l’ampleur du problème et qui rêve toujours de conserver l’ancienne Russie.
Ecoutez là : « Chaque petit insecte humain songeait à lui seul, à sa vie menacée d’insecte, haïssait et méprisait les autres, et c’était juste… »

Un peu plus loin, elle aborde un autre sujet, celui de la valeur des grandes causes. « Quel abattoir, une révolution ! Est-ce que cela vaut la peine ?... Rien ne vaut la peine de rien, il est vrai, et la vie non plus que le reste. » Déjà un peu avant, elle fait dire au prince Nelrode qu’il ne croit pas dans les « causes justes » ni plus dans « les idées »

Il est bien vrai que, dans l’histoire, elles ont souvent servi de justifications à des ambitions personnelles.

Une histoire parfaitement menée et défendue par une écriture très fine et précise.

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Face à face

8 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 54 ans) - 27 janvier 2006

Le narrateur est un révolutionnaire russe qui se voit confier la mission de tuer un ministre. Il s'introduit dans l'entourage de ce ministre afin de l'observer et sous le masque de l'homme public dur et craint il rencontre en fait un être faible et malheureux, qu'il viendra même à prendre en pitié.

Irène Némirovsky fait une critique désabusée du pouvoir établi en Russie avant la révolution mais aussi du monde des révolutionnaires. Pas de héros dans aucun des deux camps, mais des êtres faibles et médiocres, des gens bornés et aveuglés par leurs convictions. C'est un livre assez pessimiste, qui montre la vanité de l'homme et des luttes de pouvoir. Alors que dans le magistral "Suite Française" il y avait quelques éclairs de lumière qui le disputaient aux personnages égoïstes, dans celui-ci tout le monde est noir !

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