Les frères Y
de Marie-Ève Sténuit

critiqué par Tomtom, le 2 septembre 2005
( - 39 ans)


La note:  étoiles
Attention, chef d’œuvre !
Tout le monde n’a pas la chance de commencer sa carrière d’écrivain avec un roman pareil. « Les frère Y » est le genre de bouquin qu’on avale sans mâcher, fasciné par l’univers dès les premières lignes, amusé par le ton léger, l’écriture fluide et le sujet poignant. Nous sommes au milieu du dix-neuvième siècle, en Italie, une femmes donne naissance à un « monstre » un enfant à deux têtes, deux troncs, quatre bras mais un seul corps. Et trois fesses, pour compliquer les choses. Un Y, en résumé, pour les rendre simples et claires à tous.
Le livre ne nous racontera rien d’autre que la vie de ces frères siamois, le parcours extraordinaire qui les fera passer entre les mains des charlatans et des médecins, sur les chemins de l’Italie et dans les villes les plus prestigieuses de l’Amérique, pour revenir, comme Voltaire, cultiver leur jardin dans les environs de Venise.
Bien sûr, on nous parle d’une époque révolue, d’un monde de foires et d’expositions qui n’ont plus grand chose à voir avec les nôtres. Et pourtant, à travers le portrait de ces « aberrations de la nature », ce sont des préoccupations toutes contemporaines que l’auteur nous fourre dans la tête : le cabinet des horreurs du docteur Spitzner est-il vraiment différent du défilé de malades chroniques proposé par Jean-Luc Delarue dans ses émissions de télé-poubelle. La fascination du public pour les enfants-troncs, les femmes à barbe et les hommes-singes n’est elle pas la même que celle de l’audimat d’aujourd’hui pour les TOC, les abouliques, les névrosés de toutes sortes, repoussoirs et exutoires de notre normalité déprimante, de notre banalité épuisante ou de nos travers inquiétants ?
On ne peut que recommander la lecture de ce premier roman exceptionnel, particulièrement à ceux qui ont aimé « Freaks » ou « Elephant Man » au cinéma, à ceux qui traînent dans les musées de sciences naturelles à la recherche des bocaux de formol et des tables de dissection. Mais il ravira aussi tous ceux qui aiment que la lecture les plongent loin de leur quotidien, dans la campagne italienne du dix-neuvième, sur le pont des transatlantiques et les baraques de foire de l’Europe entière. Les personnages sont haut en couleur, les scènes visuelles, on s’amuse comme au cinéma, et on tourne les pages sans compter. Pour un premier essai dans l’écriture de fiction, Marie-Eve Stenuit réussit un chef d’œuvre !
Le plus gris coup de coeur 10 étoiles

J'ai littéralement dévoré ce livre!
C'est un livre que j'ai apprécié à sa juste valeur, en gros si c'était à refaire, je le referai souvent!
Je n'ai pas été déçue du tout, l'histoire en elle même m'a touchée, parce qu'on se rend compte ce qu'ils ont vécu, et on se dit qu'en fait, l'être humain est pire qu'un animal parfois...
Quand j'ai fait la lecture à ma grand mère, j'ai choisi ce livre parce que je pensais qu'elle aimerait également, elle n'a rien trouvé de plus intelligent à dire "Des gens comme ça ne mérite pas d'être avec quelqu'un" Mais qui sommes nous pour en juger?

J'ai aimé ce livre, je l'aime encore... Et je compte bien le relire dans peu de temps, parce qu'il me plait, et que j'en parle souvent...

Sacrifice - - 28 ans - 24 août 2009


Femmes enceintes et superstitieuses : abstenez-vous ! 7 étoiles

Marie-Eve Sténuit m’a déçue, après tout le bien que j’avais entendu de son premier livre. Que fait-elle d’autre que reprendre des personnages et situations ayant existé ? Bien peu d’imagination, de création de sa part. Même sujet qu’ « Elephant man », mais traité de façon nettement moins géniale. Lecture facile, détendante. Comme point de départ, une naissance … atypique, dirons-nous. Le sobriquet dont sont affublés ces frères (Y) permet de visualiser leur apparence physique. Deux têtes, 4 bras, mais un seul ventre, un seul sexe et 2 jambes.

Le début est plutôt prometteur, là où l’horreur assiège les esprits des uns, où la curiosité rend les autres indiscrets, où le médecin et le curé essaient de rassurer les parents et où ces derniers, choqués, finissent par accepter, pour des raisons différentes, leurs fils monstrueux. Et puis, malheureusement, on tombe dans le factuel. Les exhibitions des frères Y sont racontées par le menu, de façon linéaire. Rien d’autre ne se passe. Jusqu’à la rencontre de deux demoiselles qu’ils convoitent pour épouses. Ce qui aurait pu être un bijou de sensibilité ne m’a pas émue le moins du monde (j’ai pourtant la larme facile). Ah, que M-E Sténuit n’a-t-elle pas davantage quitté le descriptif (qui plus est, je le rappelle, basé sur des faits réels, bien peu d’éléments viennent de l’auteur) pour entretenir cette étincelle de départ, que n’a-t-elle soufflé sur ce feu qui prenait, doucement certes, mais il aurait suffi de quelques brindilles introspectives, de quelques branches disposées là où l’émotion pointait, pour qu’une maigre flammèche génère un feu d’enfer… Hélas, trois fois hélas…

Saint-Germain-des-Prés - Liernu - 51 ans - 8 mars 2006