La trilogie martienne, tome 2: Mars la Verte
de Kim Stanley Robinson

critiqué par Khayman, le 27 août 2005
(Chicoutimi - 44 ans)


La note:  étoiles
La délectation continue...
Suite de Red Mars, ce livre s’ouvre sur la période suivant la révolution de 2061. La plupart des « cents premiers » vivent à Zygote, ville secrète située au pôle sud martien et fondée par Hiroko et ses suivants. La troisième génération martienne y est élevée et se diffusera par la suite dans l’ensemble des grands centres martiens. Plusieurs groupuscules d’insurgés se cachent dans des villes souterraines et/ou semi-souterraines. L’enlèvement et l’interrogatoire de Sax Russel mèneront à la destruction de Zygote et à l’expatriation de la plupart des « undergrounds ». Suite au sauvetage de Sax, plusieurs des cents premiers organiseront une rencontre des différents groupes rebelles à Dorsa Brevia afin de trouver le moyen d’effectuer des actions concertées. Nadia, Nirgal(2) et Arthur Randolph travailleront sans relâche à l’établissement des « work points for a Martian government » (lignes directrices pour un gouvernement martien). Sur Terre, les conflits entre les « metanationals », chacune appuyée par plusieurs pays, se durcissent. Il s’ensuit un climat instable. La fonte de la calotte glacière ouest du pôle sud terrestre, qui mènera à l’augmentation du niveau de la mer de quelques 6 mètres, sera la goutte (héhé !) qui fera déborder le vase social martien vers la révolution (ou le « changement de phase » comme le dit Art).

J’ai, encore une fois, bien aimé le style de Robinson. Son épopée martienne, relatée par plusieurs personnages différents, donne plusieurs visions distinctes mais complémentaires de la colonisation de Mars. Ainsi, le livre est divisé en 10 parties. On commence avec l’enfant Nirgal, fils d’Hiroko et de Coyote. À travers un regard contemplatif et émerveillé propre à son âge, on découvre Zygote et les refuges des insurgés alentours. Par la suite, on se retrouve sur Terre avec Arthur Randolph. Ce dernier est recruté par le dirigeant de la « metanational » Praxis, William Fort, afin d’établir un lien avec les « undergrounds ». S’ensuit le cheminement dépressif et suicidaire d’Ann qui la mènera à joindre les « reds ». Dans la quatrième partie, on voit les progrès de la terraformation avec Sax qui continue à y travailler. Il rencontrera Phyllis, qui ne le reconnaîtra pas suite à sa chirurgie plastique, et ils deviendront amants. Sax est finalement découvert, capturé, torturé et interrogé par l’UNTA (United Nations Transitional Autority) et ensuite, dans la cinquième partie, délivré par, entre autre, Michel, Nirgal, Art, Spencer, Coyote et Maya (cette dernière tuera Phyllis). Nirgal raconte ensuite le retour vers Gamete et l’organisation de la rencontre de la plupart des « undergrounds ». Nous vivons cette rencontre au travers le regard de Nadia dans la septième partie. Dans la huitième, Sax commence à prendre une part active aux sabotages des installations de l’UNTA avec les « reds ». Maya peine à retenir les différentes cellules révolutionnaires dans la neuvième partie dont certaines sont menées par Jackie Boone, fille de Kasei, fils de John Boone et d’Hiroko. Les deux femmes deviennent des ennemies. Cette partie s’achève sur la révolution et la dixième partie raconte, de nouveau avec Nadia, les premiers événements y aillant cours.

Les détails scientifiques donnés par l’auteur sont très intéressants et instructifs mais, petit bémol, certains sont d’une précision, d’une subtilité ridicule. Ainsi, à un certain moment, Ann se promène. Elle parle de ses sentiments et l’auteur précise que le potentiel gravitationnel à l’endroit où elle se trouve est de –0,65, ce qui fait de l’endroit le point le plus léger à la surface de Mars. La corrélation entre l’humeur d’Ann et cette quantité physique est loin d’être évidente et/ou pertinente de mention dans cet endroit.

Autrement, j’ai vraiment apprécié l’œuvre, surtout la fin. Les quelques 200 000 habitants de Burroughs sont évacués suite au sabotage d’une digue qui entraînera l’inondation de leur cité. Ils doivent parcourir à pied les 73 kilomètres séparants Burroughs de Libya Station en ayant que des masques à gaz comme équipement. La longue marche, effectuée également par une bonne partie des cents premiers, s’entame dans le froid et l’atmosphère martienne raréfiée. L’atmosphère de cette partie de l’œuvre est vraiment superbe, rappelant un Marche ou crève de Stephen King, mais qui aurait été positif (oxymore mental ici). Après cette épreuve, une bonne partie des cents premiers se retrouvent dans le dernier wagon de l’un des derniers trains procédant à l’évacuation de la population de feu Burroughs à partir de Libya Station et l’image soulevée par la description de Robinson est à couper le souffle. Ces personnages plus grands que natures, tous en conflits les uns les autres, sont, pendant un petit moment, réunis par la nécessité, l’instinct de survie, et bénéficient d’un fugace moment de sérénité. Nadia observe Maya et Michel appuyé l’un sur l’autre, Ann qui est assise à l’autre extrémité du wagon, Coyote qui fait face à la vitre, le regard au loin, et Sax, Marina, Ursula, Vlad, Spencer, chacun des personnages étant un monde en soi. Cela me fait penser aux rares moments où les immortels d’Anne Rice réussissent à se réunir, à transcender leur individualité pour être, de manière très éphémère, un tout.

(1)Voir la critique de Red Mars.

(2)Nirgal est le nom donné à Mars par les babylonien.

“As a general rule, Diana said, impactors were about one-tenth the size of the crater or basin they made (like historical figures, Maya thought)”

“Your ex-boss?” Maya said.
“ Sure,” Art said with an easy smile. “I’m my own boss now.”
“You could say you are our prisoner,” Maya pointed out sharply.
“When you’re the prisoner of anarchists it’s the same thing, right?”