Le secret de Tchekhov
de Wanda Bannour

critiqué par Ulrich, le 21 août 2005
(avignon - 49 ans)


La note:  étoiles
Roman bibliographique
Roman bibliographique en quelque sorte. On est averti dès la première page. Démêler la part de vrai, la part de romance. Les éléments ne sont pas, selon l’avertissement, affabulé. Les amoureux, les connaisseurs de Tchekhov trieront. A travers ce tri, ce non tri pour moi, le charme opère. La construction de ce livre est efficace. Elle nous emmène à 3 voix, à 3 récits. Le secret est révélé. Mais le lecteur est libre – libre de recouper, de reconstituer une part de la vie de Tchekhov. La plus grande qualité de ce livre est sans doute de donner envie. Une réelle incitation à lire, découvrir cet auteur. L’homme de Théâtre mais aussi et surtout à travers ce livre, Tchekhov le nouvelliste. Il y a une autre envie que ce livre m’a suscitée : découvrir les nihilistes russes. Wanda Bannur les a placé en filigrane de son livre, comme une borne de la société russe à la fin du 19ème siècle. Elle qui en est une spécialiste – philosophe, elle a fait sa thèse sur ce courant de pensées – suscite l’envie. Son écriture est quant à elle simple, sans autre ambition de servir l’histoire, la réalité, le roman. Le secret de Tchekhov, dans son genre, m’a rappelé la course à l’abîme de Dominique Fernandez. Là aussi, il s’agissait de reconstituer la vie d’un artiste, un peintre, Le Caravage. Est ce la naissance d’un genre littéraire ? Je n’ai pas assez de connaissances pour répondre à cette question ni même pour savoir si elle est correctement formulée. Mais la genèse de ce deux livres m’intrigue. Dans les deux cas, la passion de l’écrivain tant pour Tchekhov que pour Le Caravage semble certaine. Mais ces livres ont forcément nécessité de la part de ces deux écrivains une plongée dans la vie de ces artistes pour après mieux s’en affranchir, combler les vides ? Cette démarche est troublante et fascinante. Dans ces deux cas, l’histoire nous emmène. Pour le secret de Tchekhov avec plaisir. Enfin, ce livre est une plongée dans la Russie de la fin du 19ème siècle : son immensité, sa ruralité, Moscou et Petersbourg, sa création artistique et littéraire. C’est aussi une réflexion pleine d’ouverture sur le sentiment d’être russe, et ce à la veille de la révolution de 1917 qui transformera en profondeur ce pays.