Le cauchemar du monde post-communiste
de Joseph Brodsky, Václav Havel

critiqué par Shelton, le 4 août 2005
(Chalon-sur-Saône - 63 ans)


La note:  étoiles
Si nous ouvrions nos cœurs à l’Est ?
Oui, la chute du mur, le recul du communisme, le grand lendemain qui chante pour l’Occident capitalisme, tout cela est oublié au fond de nos mémoires et il n’est pas très sympathique d’en parler tant les lendemains ont ressemblé à de bonnes gueules de bois… Et pourtant, je voudrais que l’on revienne un peu en arrière, que l’on prenne le temps de lire ensemble un discours du président tchèque Vaclav Havel, puis la réponse que lui a envoyée Joseph Brodsky. Je pense que l’on trouve là de nombreuses explications à ce qui se passe, encore aujourd’hui, en Bulgarie, en Roumanie, en Ukraine, en Géorgie, en Pologne…
Le texte proposé est une conférence prononcée par Vaclav Havel le 22 avril 1993, à l’université George Washington. Le président tchèque en profite pour montrer l’écart existant entre la démocratie imaginée et portée par un auteur dramatique, un intellectuel, et celle qu’il faut vivre au quotidien et que l’on doit faire partager à un peuple assailli par tous les problèmes de la vie quotidienne…
Certes, il a envie de dire à ses compatriotes qu’ils exagèrent puisqu’il y a quelques années ils n’hésitaient pas à changer de trottoir en le croisant tant ils avaient peur de la police politique, police qu’il a fait disparaître…
Mais Vaclav Havel dépasse ses ressentiments pour comprendre ce qui s’est passé dans son pays et dans tous les pays dominés par le communisme d’état. Sous le communisme, le but ultime de chacun était de se fondre dans le paysage politico-social, d’être anonyme, sur le principe de pour vivre heureux vivons caché… Il dit : « D’abord, le communisme a été, me semble-t-il, bien davantage que la dictature d’une partie de la population sur l’autre. Il s’agissait en fait d’un système authentiquement totalitaire, qui imprégnait tous les aspects de l’existence et déformait tout ce qu’il touchait, y compris toutes les modalités de la vie commune que les gens avaient pu développer au cours du temps. Il affectait en profondeur toutes les conduites humaines. Pendant des années, on a instillé dans la conscience de la société un système spécifique de valeurs et de modèles de comportement. C’était un système pervers, qui contrariait toutes les tendances naturelles, et cependant la société l’avait intériorisé, ou plutôt avait été forcée de le faire. » Mais dans un tel régime, on n’éduque pas à la liberté et son usage civique, on ne forme pas d’élites, on s’expose aux plus grandes difficultés lorsque le régime disparaît… et c’est ce qui s’est passé depuis 1989…
Les peuples ont voulu affirmer leurs différences, clamer leurs spécificités, et on a vu ces pays plonger dans des conflits nationalistes extrêmes au lieu d’apprendre à vivre en démocratie… Vaclav Havel sait de quoi il parle car il a eu beaucoup de mal à éviter à son pays, non la sécession, car elle a eu bien lieu, mais au moins la guerre civile. D’autres pays, la Yougoslavie par exemple, n’ont pas eu la chance d’avoir un grand chef d’état à ce moment là…
Vaclav Havel termine son discours en se donnant, à lui et son peuple, un objectif : « construire un nouvel espace de démocratie, de liberté et de prospérité ». Mais, voilà, les années passent et rien ne semble changer dans le bon sens, probablement parce que les pays dits occidentaux ont voulu faire passer la prospérité avant la construction démocratique… Et prospérité signifie chez eux nouveaux marchés à conquérir et non peuples à aider…
Ce texte est important et en le relisant je pensais à tous mes amis bulgares, macédoniens, serbes, russes… et je me demandais si un jour nous arriverions à les aider, à les écouter, à les aimer…