La vie de Malvina Trifkovic
de Mirko Kovac

critiqué par Sahkti, le 31 juillet 2005
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Femme de mauvaise vie?
Malvina Trifkovic est une jeune serbe élevée dans un pensionnat rigide, qui ne tarde pas à s'enfuir après s'être donnée à un homme. Elle l'épouse, s'installe chez lui et entame une relation sensuelle avec la soeur de celui-ci, Katarina. Penchants sexuels que Malvina a épanouis dès son plus jeune âge avec une compagne de chambre lui offrant ce que "l'amour compte de divin".
L'ouvrage est découpé en quinze chapitres dits "Manuscrits A-B-C-D..." qui sont des scènes de vie de Malvina, racontées par elle ou par ses proches. Des pièces qu'un narrateur vindicatif a réunies dans le but de faire étalage de la mauvaise vie de cette femme, de ses penchants contre-nature et pour légitimer toute haine que quiconque éprouverait à l'égard de cette créature perdue.
Le procédé est intéressant car il apporte plusieurs points de vue et surtout, divers regards sur la société figée de l'époque (l'action se situe au début du XXe siècle), celle qui permettait tout secrètement en réprimandant chaque acte hors norme à haute voix. Malvina est serbe, elle a épousé un catholique croate, leur mariage se devait d'être annulé. C'est du moins ce que pense le frère du marié, qui arrivera à ses fins avec l'assentiment de toute la famille.
Au fil des pages, le personnage de Malvina dégage un air malsain et suscite l'agacement, voire le mépris. Cette femme aime le sexe féminin, c'est son droit le plus strict, mais elle ne craint pas d'entraîner avec elle d'autres personnes qui ne s'en relèveront pas. Elle affirme d'ailleurs haut et fort son mépris d'autrui, notamment de sa fille adoptive qu'elle n'hésitera pas à offrir à un homme plus âgé.
L'écriture de Mirko Kovac est dense et sombre, il sonde les âmes sans concessions et présente son héroïne comme un être sans scrupules. Ce roman tient de la tragédie, quasi lyrique, celle dans laquelle on meurt par amour ou par vengeance, tout étant question d'honneur.
On devine dans ce récit rédigé en 1968 (et seulement traduit en français en 1992)à toutes les atrocités futures que vivra l'ex-Yougoslavie sur fond d'incompréhension et de principes ethniques. Un récit dramatique et prophétique.