La détresse et l'enchantement
de Gabrielle Roy

critiqué par Cuné, le 10 juillet 2005
( - 52 ans)


La note:  étoiles
Comment se forge une personnalité
Début de l'autobiographie de Gabrielle Roy, c'est vraiment le coeur serré que l'on s'arrête à la dernière page, alors qu'on en est encore au tout début de sa vie, qu'on a l'impression que tout reste à venir.
Elle nous parle comme à des amis, mêlant de jolies expressions poétiques son récit, limpide, pur et charmant.
"Est-il donc possible qu'on ait en soi de quoi remplir des tonnes de papier si seulement on arrive à saisir le bon bout de l'écheveau ?" demande-t-elle. Dans son cas, à n'en pas douter.
J'ai beaucoup ri aussi au récit de son arrivée à Paris, ses mésaventures sur le quai de la gare, cette vision des français est toujours d'actualité !
Toujours, elle semble s'étonner de la sympathie et l'affection qu'elle suscite spontanément, si seulement elle pouvait savoir comme 21 ans après sa mort, c'est toujours le cas....
J'ai trouvé aussi qu'elle démontrait un énorme courage, de partir ainsi à l'aventure en Europe, seule, à l'époque...
Bref, j'aime beaucoup Gabrielle Roy, elle me fascine et m'est très proche tout à la fois. Je suis heureuse qu'il me reste encore d'autres livres d'elle à découvrir.
Mon amie, ma sœur… 10 étoiles

Humble et surtout honteuse, je l’avoue, La Détresse et l’Enchantement est ma première lecture de cette grande écrivaine. Pourtant, ce livre repose sur les rayons de ma bibliothèque depuis sa parution, en édition Boréal Compact, en 1996, presque vingt ans!
Il m’aura fallu une enième disette de lectures exaltantes pour que je cède à la recommandation passionnée d’un de ses innombrables admirateurs, ici, chez nous, et entame finalement la lecture de cette grande œuvre ultime.

Vibrant, lumineux et émouvant, le récit de sa vie porte l'empreinte de cette grande écrivaine à la personnalité forte, attachante, sensible, pleine de charme et de vitalité. L'auteure de Bonheur d'occasion, Prix Fémina 1947, et première Canadienne à recevoir ce prestigieux prix littéraire, Gabrielle Roy y retrace ce qu'on pourrait appeler ses années de formation: sa jeunesse dans la petite communauté francophone de Saint-Boniface au Manitoba, son métier d'institutrice, ses longs séjours en Europe, puis son établissement à Montréal.

Une dizaine d’années avant sa mort, à l’âge de soixante-quatorze ans, elle ressentit un besoin pressant de rédiger son autobiographie. La Détresse et l’Enchantement représente un voyage de retour aux origines, par le truchement de la mémoire. En se plongeant ainsi au plus profond d’elle-même pour ranimer ses souvenirs avant sa propre mort, l’auteure expérimente une sorte de «mort initiatique», et le fruit de cette remémoration, constitue une renaissance.

Tout au long de cette lecture j’ai ri, j’ai pleuré; j’ai plus que tout, comme tous ceux qui l’ont connue, succombé entièrement sous le charme de cette femme magnifique que j’aurais souhaitée comme amie, comme sœur…
Quelle lecture formidable et exaltante à souhait en ce début d’année, au cœur de notre froidure!
Et que dire de ma stupéfaction de n’être que la deuxième lectrice à souligner son appréciation sur cette œuvre majeure et ce, à huit ans d’intervalle!

FranBlan - Montréal, Québec - 77 ans - 10 février 2013