Platte river de Rick Bass

Platte river de Rick Bass
( Platte river)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Jules, le 5 juillet 2005 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (21 245ème position).
Visites : 3 140  (depuis Novembre 2007)

Quelle puissance, quelle écriture !

Je viens d’achever de livre et je me dis que je pense vraiment que c’est son meilleur bouquin, même si j’ai bien aimé certains autres. Il me semble qu’il y a ici une profondeur qui n’existait pas autant dans les précédents.

Ce livre consiste en trois nouvelles et comme Rick Bass avoue que c’est en lisant Jim Harrisson que l’envie d’écrire lui est venue, il fait ici honneur à son maître.

Dans « Mahatma Joe » l’auteur nous fait faire la connaissance d’un pasteur peu sympathique au départ. En effet, il est responsable de la disparition d’une coutume particulière à son village. En février, à l’apparition du premier « Chinook » (un vent chaud), les quelques habitants de ce minuscule village du Montana avaient pour habitude de sortir tout à fait nus pour fêter cet événement. Avec Mahatma, cette coutume a vite disparu !… Pour le reste, il passe aussi son temps à écrire aux journaux pour tenter d’obtenir de nouvelles restrictions qui rendraient la vie des gens plus conforme à la Bible…

Notre homme désespère d’avoir réussi aussi peu de choses dans sa vie de pasteur. Soudain, la lumière semble lui apparaître ! Il serait voué à cultiver des légumes sur un tout petit lopin de terre le long d’une rivière. Mais pour cela, il faudra porter le canoë sur le dos sur quelques kilomètres, car il n’arriverait pas à remonter le courant. Qu’à cela ne tienne, sa femme Inouite le fera pour lui… Il faudra aussi remonter la berge toutes les nuits les deux bras tirés vers le bas par le poids de deux seaux d’eau bien remplis… Sa femme le fera… Mais voilà qu’une nuit sa femme va tomber dans l’eau glacée et se noiera !… A peine s’il va le remarquer, tant il est obsédé par son projet. A peine s’il va se rendre compte qu’une autre jeune femme va la remplacer et y mettra autant d’acharnement sans rien demander… Et les légumes poussent… L’objectif ?… Les envoyer à des enfants affamés à l’autre bout du monde.

Un jour, les glaces de la rivière fondues, sauf sur les bords de berges, Mahatma Joe et sa nouvelle aide vont voir en transparence le corps de la première femme enfermé dans les glaces. A peine s’ils vont y faire attention !…

La seconde nouvelle s ‘intitule « Exploits sportifs »

Deux jeunes garçons, passionnés par le lancer du disque, voient un homme remonter le courant de la rivière à la nage en traînant un canoë lesté de pierres derrière lui. Ils font connaissance mais l’homme refuse de dire où il habite. C’est dans le Vermont, tout proche, mais il ne veut en dire plus. Ils sont sidérés par la force surhumaine que semble avoir A.C. Ils décident de descendre la rivière et de tenter de trouver sa maison. Quinze kilomètres plus bas, ils le voient dans une prairie avec une vache sur les épaules et il danse et sautille.
Ils obtiendront que le colosse tente avec eux un lancer de disque, bien qu’il n’ait aucune technique. Personne n’a jamais atteint les cent mètres et, à son premier essai, il va les dépasser. A.C. va alors s’installer chez eux, avec leurs deux sœurs, le père et la mère. La mère verra en cet homme la réincarnation d’un fils qu’elle a perdu. Lory, une des sœurs, est toute petite mais affublée d’une poitrine hors norme pour sa taille. Elle est assez malheureuse car elle donne cours dans une école éloignée et que les élèves, comme les professeurs, ne cessent de se moquer d’elle. A.C. aussi a un secret…
Cette nouvelle sera celle de la chaleur humaine, de la famille, mais aussi de la naissance d’un amour fou, total, entre deux êtres.

La dernière nouvelle est celle qui donne son titre au livre.

Harley et Shaw vivent dans une grande cabane dans le sud du Canada. Elle était mannequin et lui joueur de football américain professionnel. Suite à un accident il a dû abandonner sa carrière. Tous les mois Shaw part à pieds et quitte Harley. Il en a l’habitude, court derrière elle et la ramène. Mais cette fois–ci elle a vraiment l’intention de partir et Harley le sent. Quel est le sens de la vie sans elle ?… Pour tenter de se distraire, il accepte de donner une interview dans une université du Montana dans laquelle un ancien de ses amis footballeur donne quelques cours. Il se demande bien ce qu’il va raconter à ces gamins et gamines qu’il considère comme des « lopettes » sous prétexte qu’ils doivent suivre des cours d’histoire de l’art, de musique ou de peinture. Et Shaw qui doit être occupée à faire ses valises !… Il ne pense qu’à elle… Mais il va rencontrer des êtres assez particuliers parmi les amis de son copain Willis. Claudia, la femme de Willis, qui fait sa dépression habituelle de l’hiver mais tente de la cacher pour son mari et sa fille. Mais il y aura aussi deux poètes en la personne de Jack et de Nick, ainsi que la quatrième femme de ce dernier qui ne cesse de craindre que son mari ne fasse une nouvelle tentative de suicide. Les quatre hommes vont s’offrir une nuit de pêche au saumon…

La première et la dernière nouvelle sont essentiellement consacrées aux effets terribles de la solitude physique, mais surtout morale. L’auteur nous la décrit avec un énorme talent et sans excès de mots. Le seconde nous montre à quel point la famille et surtout l’amour peuvent nous rendre la vie belle, même si tout ne tourne pas rond.

Ce qui est frappant c’est à quel point l’auteur ne juge jamais. Il observe, raconte, écoute, mais ne juge pas. Serait-ce une caractéristique réelle de ces êtres confrontés à une nature des plus dures qui les force à lutter contre eux-mêmes et tous les démons ?… Et quelle écriture !…

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Rivières d'Eden et d'ailleurs

8 étoiles

Critique de Poignant (Poitiers, Inscrit le 2 août 2010, 52 ans) - 29 juillet 2012

Les deux premières nouvelles de ce livre vont vous surprendre : vous allez pénétrer dans un univers mythique où la nature est belle et grandiose, les hommes et femmes sont sportifs, sains, s'aiment et vivent en osmose dans une ambiance idyllique.
Au début, je suis resté perplexe. Suis-je face à de la littérature facile à deux balles ou en immersion dans des pages remplies de douce fantaisie et de bonne poésie ?
Deuxième réponse : ces contes philosophiques et écolos sont bien écrits, spontanés, apaisants, vraiment agréables à lire.
La troisième nouvelle, plus traditionnelle et plus grave, met en scène une partie de pêche sur fond de crise de la quarantaine.
Des deux facettes que nous montre Rick Bass dans ce recueil paru en 1993, la première est pour moi la plus convaincante, la seconde me laisse un goût d'inachevé.
Mais cela me donne envie d'en savoir plus sur cet auteur de l'école du Montana, capable de produire des pages si fraiches et originales.
S'il vous prend l'envie de plonger dans les rivières d'Eden pour une cure de jouvence...

Pas d'accord !

3 étoiles

Critique de Lejak (Metz, Inscrit le 24 septembre 2007, 44 ans) - 13 décembre 2011

J'ai lu et terriblement apprécié le livre de Rick Bass sur la quête quasi mystique des Grizzlis dans la chaîne de montagne les San Juan.

Je me suis donc jeté sur un autre de ses ouvrages, évitant Winter dans un 1er temps, car très facile à trouver en librairie, lui préférant Platte River, dernier et unique exemplaire dans les linéaires d'un grand vendeur de culture ...

Quelle ne fut pas ma déception de découvrir 3 nouvelles (j'aurais préféré un roman) qui m'ont fait halluciner par leur manque total d'intérêt.

Les personnages sont peu crédibles, ne sont absolument pas ancrés dans une quelconque réalité, et les histoires ne nous mènent nulle part. Il n'y a pas de fin, pas de chute.

Je n'y ai pris aucun plaisir. Tout ça pour moi n'a aucun sens !
J'ai l'impression de relire du Annie PROULX (voir mes critiques). La même !

Heureusement que j'ai lu les "Grizzlys" avant celui-ci, car je crois bien que je serais passé à côté, dans la cas contraire.

majestueux

10 étoiles

Critique de Fairouz (strasbourg, Inscrite le 22 novembre 2007, 47 ans) - 22 novembre 2007

merci beaucoup jules de m'avoir donné envie de découvrir rick bass, il fait désormais partie de mes auteurs préférés. l’écriture est admirable, les personnages sont tout à la fois profonds et si simples. à lire absolument.

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