Après quinze ans passés à écrire de la SF à tendance cérébrale (couronnés par les louanges des critiques plus que par un succès commercial probant) Robert Silverberg changeait temporairement son fusil d’épaule et signait pour un grand roman de science-fiction épique auquel il donna plusieurs suites.
Et nous voilà donc embarqués dans Le Château de Lord Valentin, un grand roman d’aventure où l’acteur principal est joué par Majipoor, immense planète peuplée par plusieurs dizaines de milliards d’individus, humains colonisateurs et détenteurs du pouvoir et autres races bigarrées (des colosses au poil long et dotés de quatre bras et bien d’autres toutes aussi exotiques). Bien que l’action prenne place dans un futur lointain, la technologie est peu présente pour cause de rareté du métal et perdition du savoir scientifique. En résulte un décor intéressant où la population a retrouvé un mode de vie quasi médiéval ponctué par l’utilisation d’engins futuristes mais rares (des engins de transport anti-gravité tirés par des lamas génétiquement modifiés). L’auteur glisse quelques éléments qui donnent une connotation surnaturelle à l’ensemble (sorciers, gouvernement gardant le contrôle du peuple via l’envoi de rêves) si bien que le résultat tire finalement plus du côté de la fantasy. On pense à Dune évidemment même si la comparaison s’arrête à ce subtil mélange de SF et de fantasy et que ce glorieux aîné est indubitablement classé en SF (parenthèse refermée).
Le Château de Lord Valentin tient aussi du roman initiatique. Valentin, dépossédé de son rôle de Coronal (le pouvoir exécutif sur Majipoor) par un usurpateur, se retrouve incarné dans le corps d’un jongleur et va progressivement s’atteler à la reconquête de son trône. Le personnage principal est donc un adulte à qui on met les comptes à zéro et qui s’interroge sur son identité et son destin. Ce filon est très bien exploité par l’auteur qui construit un personnage intéressant et crédible sans trop en faire.
S’il verse dans le psychologique, Le Château de Lord Valentin reste il faut bien l’avouer une fresque épique, du grand spectacle. C’est un road-trip futuriste dans une nature belle et dangereuse à qui l’auteur donne le rôle principal. Malgré ses trente ans d’âge et le déferlement de la fantasy épique que l’on a observé (subie diront certains), Valentin a gardé toute sa fraîcheur et mérite d’être redécouvert.
Belial (Anvers, Inscrit le 25 août 2005, 33 ans) - 31 août 2010 |