Les anges dînent au Ritz
de William Trevor

critiqué par Sahkti, le 5 mai 2005
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Se servir des autres
Les traductions françaises des livres de William Trevor sont parfois à la limite du médiocre. Heureusement Phébus a décidé de remédier à cela en confiant le travail de ce recueil à Katia Holmes qui s’en sort très bien.
D’autant plus que les nouvelles de Trevor sont beaucoup plus intéressantes que ses ouvrages romanesques (ceux-ci étant tout de même de bonne qualité, précision utile). Il est d’ailleurs dommage que les éditeurs aient préféré faire connaître au grand public francophone "Ma Maison en Ombrie" avant "Mauvaises nouvelles" et "Très mauvaises nouvelles", chef d’œuvre de cet écrivain irlandais installé en Grande-Bretagne.

"Les anges dînent au Ritz" est un recueil de nouvelles féroces sous des apparences d’eau dormante. C'est que chaque nouvelle est entamée dans un climat serein, une tasse de thé, un joli paysage, la vue d’un presbytère, des politesses d’usage… bref, cela fait immanquablement penser à la campagne anglaise et ses traditions figées de politiquement correct. En apparence toutefois, car dès que l’on se plonge dans le récit, on se rend compte que tout cela n’est que façade et tromperie. Chaque situation banale se transforme en cauchemar. De passage en passage, de silences de plus en plus assourdissants en non-dits révoltants, William Trevor nous conduit vers une chute inattendue et brutale. La fin n’a plus rien à voir avec la douceur du début ! Chaque détail de l’histoire (de ces histoires faudrait-il dire) révèle un mensonge, une horreur, une vilaine facette de l’âme et du monde. Ainsi le récit de cette petite fille adoptée par un couple de terroristes, ceux-là même qui sont responsables de la mort de ses parents, est terrifiant de perversité humaine. Certaines victimes sont capables de tout et d’autres n’hésitent pas à se mentir et inventer des histoires dans le seul but de se prouver qu’ils sont encore en vie.

L'âme humaine serait-elle noire ? Non, simplement manipulatrice !
Drames en toute simplicité 7 étoiles

Assez emballé par la première nouvelle "Histoire de pension", qui d'entrée de jeu nous annonce un accident de chasse, qui en vérité est un crime perpétré par le père d'un pensionnaire jugé bizarre...
Extrait: "...Moi, j'ai demandé à mon père : "Le coup est parti de son fusil par accident? Elle ne le portait pas correctement ou quoi?" Non, ce n'est pas ça du tout, il m'a expliqué : c'était son fusil à lui qui s'était déclenché accidentellement, et quelle horreur d'être ainsi l'instrument du massacre de sa propre épouse! Bon, moi j'ai vu le mensonge sur son visage, clair comme le nez au milieu de la figure, et je me suis dit : "Accident, mon oeil! Un meurtre plutôt!" ou quelque chose dans ce goût-là..."
Le reste va monter en puissance dans l'horrible...

La plupart des autres nouvelles m'ont un peu déçu par le sujet de la bourgeoisie et ses façades qui cachent toujours des côtés noirs. Bon, c'est vrai qu'à l'époque c'était moins flagrant qu'aujourd'hui. Mais le style de Trevor vaut le coup assurément.
Il fait souvent référence aux protestants et aux catholiques, en les opposants, sans jamais développer cet aspect..

Je vais poursuivre avec "Mauvaises nouvelles".

Henri Cachia - LILLE - 62 ans - 17 décembre 2016