Eitô : Lampe d'ombre
de Daniel De Bruycker

critiqué par FéeClo, le 4 avril 2005
(Brabant wallon - 48 ans)


La note:  étoiles
Hiroshima
"Le monde d'avant était peuplé d'une infinie variété d'hommes, selon leur âge, leur sexe, leur rang, leur nation, leur métier; leur caractère.
Dans le monde de demain, il n'y aura plus que deux sortes de gens: ceux qui - dans leur chair ou par ouï-dire - se souviendront que ceci fut possible, et ceux qui, par ignorance ou par indifférence, par lourdeur ou par legereté, vivront dans l'oubli du désastre.
Je ne sais si un monde ainsi partagé sera plus pacifique ou plus cruel que le monde d'avant ni s'il sera plus simple ou plus compliqué d'y vivre. Peut-être les deux, comme toujours."

Eitô (lampe d'ombre) est un survivant du 6 août 1945 à Hiroshima. Le dos brûlé, le corps blessé, l'âme sans souvenir, le coeur errant, il écrit des haïku et commente ce qu'il voit: les ruines, les ombres, les cadavres; et ceux qu'il rencontre: les rescapés, les militaires, les médecins, ...

C'est un récit poignant car il expose l'horreur qu'à laissé après elle la Bombe. Mais c'est aussi un récit de vie, cette vie qui semble prendre le dessus malgré tout.

"Avant, vivre était trop facile: un abancon douteux à la pente du temps, un vague automatissme, une fabilesse à rejeter. Mais maintenant, quand avoir survécu est un hasard heureux et survivre encore un élancement de chaque instant, c'est là désormais qu'est le mérite. La routine devient apostolat, chaque pas, même titubant, une conquête, la moindre parole, un mot de passe, chaque pensée une nouvelle révélation".

L'écriture est franche, Eitô n'a pa peur de dire ce qu'il voit, ce qu'il ressent. Le réalisme de ses mots est entrecoupé de poésie.

Personnellement, tout au long de ce livre, j'ai été prise entre deux sentiments contradictoires: une grande révolte, même peut-être une haine pour l'espère humaine, contre ce qui s'est passé à Hiroshima, un dégoût de mes semblables. Et d'un autre côté un grand optimisme pour la vie, une foi très forte, parce que tout semble encore possible même quand tout semble déjà mort.

La postface explique l'histoire du manuscrit: Le rouleau fut retrouvé mi-août 1945 à une douzaine de kilomètres à l'est de Hiroshima vers l'intérieur des terres.