Mongolie, plaine sale - L'Empire - Rue obscure
de Eugène Savitzkaya

critiqué par Sahkti, le 23 mars 2005
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Les tourments de Savitzkaya
Les adeptes de la douceur de "Marin mon coeur" ou "Exquise Louise" risquent de se sentir perdus en parcourant les pages tourmentées de ce livre, un recueil qui propose différents textes de Savitzkaya rédigés sur une période d'un an et demi. Et ce ne sont pas les quelques photos d'amis et d'amitiés en fin de volume qui vont arrondir les angles du dérangement ressenti.

Dans la première partie "Un Attila. Vomiques", Savitzkaya parle de Jeanne, des animaux, avec beaucoup de force, d'aigreur, de bestialité, c'est un amour charnel brutal assez destructeur.
Ton que l'on retrouve dans "Masculines", une poésie animale voire bestiale, dégageant une violente sensualité, alliance des corps et des âmes.
"L'Empire" poursuit dans la lignée des précédents avec cette fois une dimension symbolique supplémentaire qui déroute un peu. Le texte "Mongolie plaine sale" ressemble à de l'écriture automatique, les mots se mêlent, durs et entrelacés. Le récit prend forme, amer et lyrique, nous entrainant dans les pensées les plus obscures de Savitzkaya.
L'ouvrage est complété par des fragments poétiques et réflexifs à quatre mains, collaboration avec Jacques Izoard pour cette "Rue obscur" qui apporte un peu d'apaisement bienvenu à l'ensemble.

Savitzkaya semble s'être déchaîné dans ce recueil, mélange chaotique de pensées et de révoltes, de cris sourds et d'envies. Le style s'emballe, la langue s'enflamme, c'est dense, sombre et brutal, lyrique et symbolique, ça part dans tous les sens et il se dégage de ces lignes fortes l'impression que l'auteur cherche à exorciser quelque chose ou extraire une partie de lui-même pour l'exposer au grand jour.
Ce n'est pas ce que je préfère de lui, trop confus, trop chargé, ça ne laisse pas le temps de respirer et la violence est parfois difficile à partager. L'écriture, belle, est cependant toujours présente. C'est du Savitzkaya!